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Qui a empoisonné-noyé Ève Legall ?

Adam Legall Milton Fleet Damien Gillet

La piste Adam Legall

Adam Legall ne limitait pas son activité à l'entretien des jardins de la villa Gillet. Il obéissait aux injonctions d'Élise dans des séquences sado-masochistes. Élise a fait un usage malencontreux de la faucille qu'il réservait au jardinage.

Jules mène son enquête dans une réalité parallèle

Christine le précède dans l’escalier avec un mouvement de hanches manifestement travaillé. Jules est vivement impressionné, mais il reste concentré sur son enquête. À un moment, elle se retourne vers lui.

Christine: Le spectacle vous plaît?

La salle de bains familiale ressemble à une zone démilitarisée, une sorte de frontière absurde entre deux territoires ennemis.

Pour Christine, cette pièce est un laboratoire de séduction. Crèmes, parfums, poudres et élixirs lui servent à élaborer les pièges raffinés qu’elle destine à la gent masculine, tout cela dans l’espoir de gagner quelques points dans les classements invisibles établis par ses copines, classements dont sa sœur est exclue d’avance.

Pour Chloé, le problème est plus simple: parvenir à accéder à une pièce que sa sœur monopolise sans vergogne.

Une quantité extravagante de produits encombre les étagères du côté Christine tandis que l’espace de Chloé se limite strictement au nécessaire d’hygiène.

Dans la salle de bains, Jules ouvre plusieurs flacons et en renifle le contenu. Il prélève quelques échantillons dans les minuscules fioles qu’il transporte toujours sur lui.

Sur l’un des murs, les étagères débordent de produits cosmétiques. En face, une unique tablette contient quelques objets sobres et parfaitement rangés.

Christine: Là, c’est le coin de la sorcière.

Jules ne commente pas. Il continue d’examiner les flacons.

Christine: Alors? Vous avez trouvé? C’est elle, n’est-ce pas?

Jules: Non. Je ne vois rien ici qui me permette de progresser. Il faudrait m’en dire davantage.

Christine ouvre brusquement la porte de sa chambre. Jules a juste le temps d’apercevoir qu’un amas de vêtements, de chaussures et d’objets entassés sans logique apparente.

Christine: Ne faites pas attention au bordel!

Elle s'empresse d'ouvrir la chambre de sa sœur. Jules découvre une pièce parfaitement ordonnée. Une pile de dossiers impeccablement alignés repose sur un coin du bureau à côté d’un ordinateur portable.

Parmi les documents, Jules découvre des notices concernant des médicaments destinés au traitement de la dépression. Un autre dossier contient des travaux scolaires imprimés. Une page attire immédiatement son attention:

«Lorsque vous lirez cette lettre, j’aurai quitté ce monde. À vous ma famille, à vous mes filles, à toi mon mari, je demande pardon pour mon geste. Je ne sais pas si Dieu me pardonnera, mais je vous supplie de me comprendre. La dépression dont je souffre est devenue chaque jour plus insupportable. Je me sens prisonnière d’un corps qui m’écœure, inutile, sans avenir ni projet. Je vais quitter ce monde. Gardez de moi le souvenir de la femme que j’ai été autrefois.»

Il semble qu’Adam ait une inquiétante propension à noyer les membres de sa famille. Christine pourrait bien faire partie des victimes. En ce qui concerne Ève, tout indique une préparation minutieuse. Il lui aurait fourni les médicaments qui l’ont anesthésiée, mélangeant une forte dose de calmants à son repas avant de présenter la noyade comme un accident domestique. Cette lettre sur le bureau de Chloé pourrait bien être l'œuvre d'Adam.

Adam a imprimé une lettre supposée écrite par son épouse. Jules découvre que le fichier contenant ce texte a été créé après la mort d'Ève.

Ève Legall est noyée par Adam Legall

Je suis dans mon bain lorsque Christine entre sans frapper.

Christine: Tiens, t’es encore là? Tu ne devais pas sortir avec les copines cet après-midi?

Moi: Non, Véronique est malade. On a dû reporter.

Christine: C’est quoi votre délire à toutes les trois?

Moi: Tu le sais bien. Une réunion biblique.

Elle attrape un tabouret et s’installe devant ma baignoire. Elle trempe une main dans l’eau.

Christine: Tu sais si Papa sera là pour dîner?

Moi: Je pense qu’il sera à l’église. Aujourd’hui, c’est le groupe d’étude de l’Ancien Testament, comme tous les mercredis.

Christine: Ancien Testament, mon cul.

Moi: Christine, je t’interdis!

Christine: Tu m’interdis quoi? Tu n’as jamais eu de doutes sur la façon dont notre révérend passe ses soirées?

Moi: Christine ! C’est insensé!

Christine: Blonde ou brune?

Moi: Enfin voyons ! C’est très grave de dire ça.

Christine: Brune. Moi, je sais.

Ma fille prend un plaisir cruel à se moquer de moi. Je suis fatiguée. Pas seulement aujourd’hui. Pas seulement ce soir. Fatiguée depuis longtemps.

Et puis Adam rentre. Il parle, il explique, il justifie, il arrange la réalité comme on dispose des objets sur une étagère. Tout doit rester en place. Tout doit paraître normal.

Je le regarde. Je ne dis rien. Je sais. Christine n’a fait que confirmer ce que je ressentais déjà: les absences, les mensonges, les retours tardifs et les excuses trop précises.

Adam croit encore que je doute. Je n’ai plus la force de lutter. Alors je m’éloigne. Je prends ces comprimés qui étouffent un peu le bruit, qui atténuent les angles, qui rendent les choses moins tranchantes.

Moi: Je suis vraiment fatiguée.

Adam: Un peu de Temazepam te fera du bien.

Sa voix est douce. Trop douce. Il dresse la table et s’active dans la cuisine. Je mange. Je bois. Je sens déjà quelque chose se relâcher. Mon corps devient plus lourd. Mes pensées se diluent.

Je m’allonge dans le bain. L’eau est tiède. Elle m’entoure. C’est presque apaisant. Je ferme les yeux un instant. Juste un instant.

Le monde devient flou. Les sons arrivent de loin, comme étouffés. Je sens une présence. Une main se pose sur moi. Je voudrais bouger. Je crois que je bouge. Mais non. Mon corps ne répond plus vraiment. Il est encore là, mais il n’obéit plus.

Il appuie. Ce n’est pas brutal. C’est décidé. Je comprends. Pas d’un coup. Pas clairement. Mais suffisamment. Ce n’est pas un accident.

Je tente de respirer. L’eau entre. Tout se mélange: la fatigue, l’eau, le silence. Je pourrais me débattre. Peut-être. Mais je ne le fais pas. Je suis fatiguée. Très fatiguée. Et au fond, une pensée traverse encore ce qui reste de moi: il avait déjà décidé.

Adam Legal noie Ève Legall

Elle a osé traiter John Pyne de lapin. Elle me fait honte. Elle ne sait même pas pourquoi il ne faut jamais prononcer ce mot sur un bateau.

Ève sait que je la trompe. Christine a vendu la mèche. Encore une occasion pour elle de mépriser sa mère. De toute façon, ce n’était pas difficile à deviner. Je rentrais de plus en plus tard avec toujours les mêmes prétextes: réunion biblique, visite à un paroissien, entretien pastoral.

Ève est devenue encombrante. Il arrive parfois qu’une personne se noie dans sa baignoire. Je l’ai vérifié par requête auprès du GoodGold. En revanche, cela devient beaucoup plus difficile si la victime reste parfaitement consciente. J’ai donc effectué des recherches concernant les tranquillisants. Le Temazepam semble particulièrement adapté. J’en ai acheté plusieurs boîtes. Elle me hait profondément. J’en suis certain. Au point de prendre elle-même du Temazepam pour réussir à me supporter. Il m’arrive encore de tenter de lui faire l’amour, mais elle se fige brusquement, comme si la simple sensation de ma présence lui devenait insupportable.

— Désolée ... je suis désolée ...

Toujours la même phrase. Le plaisir physique lui inspire désormais une forme de peur. Tout lui paraît trop intense. Elle refuse de s’abandonner. Je viens à peine de quitter Élise lorsque je retrouve Ève dans la salle de bains. Elle gémit faiblement. Je veux éviter les questions inutiles et je sais qu’elle reste sensible aux récits bibliques. Le sacrifice d’Isaac me paraît parfaitement approprié.

Adam: J’arrive un peu tard, mais comme tu le sais, notre dévouement envers l’Église doit rester sans limites. Dieu demanda à Abraham de sacrifier son propre fils afin d’éprouver sa foi.

Ève: Je suis vraiment fatiguée ...

Adam: Un peu de Temazepam te fera du bien.

Elle somnole déjà dans son bain. Sa tête repose contre le rebord de la baignoire. Elle émet de petits ronflements irréguliers. Au déjeuner, j’ai discrètement versé une forte dose de Temazepam dans son assiette.

J’appuie sur sa tête. Elle résiste à peine. Je ne fais jamais les choses au hasard. J’agis avec méthode. Je sais exactement comment elle rejoindra ce paradis auquel elle prétend croire. Ce sera un accident.

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