
Jules s'était endormi, ses yeux étaient largement fermés, mais il a entendu des bruits bizarres. Il a supposé qu'un animal s'était introduit dans son bateau. Cela semblait provenir de la cabine arrière, celle que l'on qualifie de cabine du propriétaire. Jules préfère dormir au centre. Il n'a rien vu à l'arrière, mais il a cru voir du brouillard quand il a ouvert le panneau du cockpit. Le brouillard n'est pas très fréquent à Saint-Martin.
Le feu a pris naissance dans le container voisin qui contenait des bouteilles de gaz, de l'essence, des peintures et autres solvants. Il y avait là de quoi déclencher un beau feu d'artifice. Pour la fin de son navire, Jules avait imaginé mieux que cette flambée polluante. Remplacer des pièces n'aura pas suffi à assurer la survie du navire. Cette fois encore, Jules a pu le vérifier: l'océan préserve le marin des mauvaises rencontres dont la terre est prodigue. Avec cet épisode, Jules se voit forcé d'abandonner le navire. Il va devoir passer à autre chose...
Il leur tardait de lui donner de leurs nouvelles. En ce début janvier 2026, ces messieurs de Saint-Malo annoncent à nouveau à Jules qu'il est redevable d'une taxe.
Jules a effectué le dernier règlement de ladite taxe en 2025, soit pour la période du 1er janvier au 25 février 2024. Cela lui paraissait assez cher payé pour une période de stationnement au sec à l'issue de laquelle son voilier avait brûlé.

Jules fait une tentative d'exorcisation. Les faits sont anciens. Il retrouve enfin la date de l'incendie.

Jules reçoit enfin une réponse: "Ce message vous est envoyé par une application informatique et ne peut pas recevoir de réponse. Par conséquent, merci de ne pas utiliser la fonction répondre."
À une époque maintenant ancienne, ChronoEmpire invoquait une erreur de la machine pour justifier ses errances. Cet argument a fait long feu. ChronoEmpire prétend à présent qu'il est devenu sourd et muet. Il fournit cependant une adresse mail pourvue d'une fonction auditive. Jacques tente sa chance.

Jacques reçoit alors une réponse d'une délicieuse amabilité:
"Bonjour chère plaisancière, cher plaisancier,
Afin de vous répondre dans les meilleurs délais, pensez à nous indiquer, en retour de ce mail, l'objet du message: réclamation, renseignement ou assistance pour payer, le numéro d’enregistrement ou de matricule de l'engin, et/ou le numéro de la créance, ainsi que vos coordonnées pour vous contacter."
Les ChronoPhages de ChronoEmpire sont vraiment très forts. Il n'est pas possible de leur répondre, mais si toutefois on y parvient, ChronoEmpire répond alors qu'il ne vous connaît pas et qu'il faut lui rappeler l'objet qui a motivé l'envoi de son courrier. ChronoEmpire a mis au point une schizophrénie modulable: il sait tout, mais il prétend ne rien savoir.
Jules l'avait pourtant bien choyé, son Ylang Ylang. Il avait mis en œuvre toute une procédure pour lui insuffler les privilèges de l'éternité.
Après plusieurs mois passés dans les Caraïbes, Jules essaie de trouver quelques bonnes raisons de se réjouir de son retour en France.
Quand reverrai-je, hélas, de mon petit village
Fumer la cheminée, et en quelle saison
Reverrai-je le clos de ma pauvre maison,
Qui m’est une province, et beaucoup davantage?
En France il y a la fibre, il va pouvoir se connecter confortablement. Durant son séjour à Saint Martin il a parfois eu quelques difficultés à trouver une connexion Wifi. Après avoir établi son navire sur le sol du boatyard en prévision de la saison cyclonique, il a commencé à se préoccuper des aménagements nécessaires pour pouvoir naviguer à nouveau.
L’antenne Starlink s'est révélée extrêmement simple à installer. Il suffit de brancher le routeur sur le 12 volts et de relier l'antenne au routeur. Il faut poser l'antenne à un endroit où elle ne rencontrera pas d'obstacle. Pour traverser l'Atlantique, connaître la météo est un atout considérable. Lors d'une précédente traversée Jules avait fait l'acquisition d'un Iridium, un vieux modèle qui avait bien rempli son rôle. Le GPS a succédé au sextant et Starlink peut succèder au GPS. Un cap est franchi.
Ainsi Jules se réjouissait de voir bientôt fumer ma cheminée et de pouvoir disposer à nouveau de la fibre sans avoir à augmenter son taux d’alcoolémie en allant solliciter la WIFi dans différents estaminets.
Hélas: ni box ni téléphone fixe à son arrivée chez lui. Un opérateur a dégagé sa prise pour en brancher une autre. ChronoEmpire considère que ses clients vivent dans un état de dépendance si puissant au flot de bêtises qu'il déverse, qu'il doivent se montrer dociles envers les fournisseur d’accès. Donc Jules n'a pas non plus de téléphone fixe. Rétablir la connexion et présenter des excuses ne fait pas partie du logiciel des fournisseurs d’accès. Les magiciens capables de rebrancher une prise sont évidemment surchargés.
Jules n'est pas venu chez lui depuis fort longtemps. Le poteau électrique à côté de sa maison n'est plus là, et le travail qui a permis d'enterrer la ligne a été fort bien fait. Il a bien vu un bout de tuyau qui pouvait accueillir la fibre mais il n'y a pas cru. Il lui semblait impossible que son petit village puisse être cablé tant l'enjeu économique paraissait dêrisoire et pourtant un opérateur fait preuve d'une grande habileté manuelle pour connecter cette fibre malgré le froid qui règnait dehors.
Un jacuzzi sur les bords du Rio Dulce accompagné de rhums de différentes provenances, Jules et Guy étaient dopés avant le départ.

À bord d'Ylang Ylang Jules et Guy ont quitté le Guatemala en descendant le Rio Dulce. Le 1er avril 2022 la douane de Livingston a tamponné leurs passeports et ils ont remonté le lagon du Bélize jusqu'à San Pedro. Il leur a fallu attendre le moment favorable pour franchir la passe avec un tirant d'eau limité.
Au programme: Guatemala, Belize, Cuba, Haïti, Republique Dominicaine, Puerto Rico, Saint Martin, Guadeloupe, une route où il faut faire du près, mais Ylang Ylang est doté d'un moteur flambant neuf.

À San Pedro Jules a découvert Pedro Almodovar. Il était accessible sur Netflix ... Il lui est apparu évident que l'on pouvait béatifier ce Pedro pour la qualité de ses oeuvres. San Pedro est une localité tranquile où la principale obligation du marin consiste à s'informer de la météo tout en se désaltérant dans un établissement qui offre la Wifi.

L'établissement est sympathique avec ses palmiers en plastique:

Quelques jours au mouillage avant de repartir. Navigation sans escale jusqu'à Haïti.

Il faut utiliser le moteur pour remonter au large de la côte sud de Cuba face à un vent assez fort.

La principale difficulté ce sont les bancs de sargasses. Il faut trouver la trajectoire pour les éviter, sinon elles forment un paquet sur l'hélice et elles ralentissent le voilier.
Les pécheurs haïtiens sont audacieux. Ils viennet poser leurs filets et leurs casiers assez loin des cotes. Les bouteilles en plastique servent de flotteur. Jules joue la vigie à l'avant du voilier pour alerter le barreur sur la présence des petites bouteilles. Évidemment quand la nuit tombe il faut compter sur la chance. Ylang Ylang vient mouiller dans une petite anse de l'île à Vache. Il faut plonger pour couper un bout qui s'est enroulé autour de l'hélice.
Pour faire le plein de gas-oil Jules se rend sur Cayes. Une embarcation à moteur fait la liaison. On emporte les bidons vides et on s'assoit côte à côte. Une bache en plastique recouvre la tête des passagers. Il n'y a pas de ponton à l'arrivée. Des porteurs viennent prendre les passagers un par un sur leurs dos. La petite ville de Cayes a été dévastée par le dernier tremblement de terre avec des batiments éfondrês et des rues envahies par l'eau.
Faire le plein de gas-oil n'a rien d'évident. Il faut d'abord trouver une banque pour obtenir de l'argent car il n'y a pas d'ATM. Il faut ensuite attendre son tour pour parvenir au guichet et réaliser toute une procédure. Ensuite il faut trouver une station qui distribue du gas-oil pour y remplir les bidons. Le carburant le plus distribué c'est celui qui permet de faire rouler les deux roues il n'est pas évident de trouver une station qui distribue du gas-oil.
Ylang Ylang est reparti. Le temps n'était pas favorable. Selon une règle généralement admise un bateau peut rester au mouillage en respectant une règle selon laquelle personne ne descend à terre. Un petit drapeau jaune signale que les formalités de clearance d'entrée n'ont pas été faites. Ylang Ylang suit cette démarche et il vient mouiller en République Dominicaine.

Cette fois là aussi, la technologie a protègé Jules. Un fusil et un pistolet contre un téléphone. Quel rapport de force? Mon expérience peut être utile.
Jules n'est plus vraiment certain de la date à laquelle cet événement s'est produit, mais en France deux personnes ont reçu un appel téléphonique au moment où il se faisait braquer.
Pourquoi ces messieurs se sont-ils montrés si désagréables? Parce qu'ils savaient que Jules n'était pas à jour de mes clearances d'entrée et de sortie. Jules a pratiqué l'Arc Antillais dans le sens est-ouest en se soumettant à toutes les formailés depuis Saint Martin jusqu'au Guatemala, en passant par les Virgin, Puerto Rico, la République Dominicaine, Cuba et le Mexique. Dans le sens est-ouest il était seul à la barre, il a pris son temps et il s'est soumis à toutes les formalités.
Pour faire le trajet de retour il navique avec un équipier, la navigation est uniquement au près. Les provisions sont faites, Jules et Guy ont décidé de ne pas se retarder avec des formalités. Cela peut ne pas plaire ...
Est-ce qu'ils auraient tiré? La République Dominicaine est une magnifique destination touristique. Ylang Ylang y a séjourné deux ans dans l'abri de la baie de Luperon. Jules s'est offert de longues ballades en 4x4 tout autour de l'île. Un coup de feu malheureux cela gâcherait un peu la carte touristique. Pourtant ...
Ils se cachent le visage. Ils n'ont pas envie d’être vus sur la photo. Quand ils ont compris que Jules allait les prendre en photo, le militaire a dissimulé son fusil, le douanier a tourné la tête et il a baissé son pistolet. Cela fait deux jours qu’ils harcèlent l’équipage du voilier après avoir exigé des documents qu’ils ont photographiés avec leurs téléphones. Ces photos doivent les motiver car les trois ont passé la dernière nuit à proximité du mouillage du voilier. À trois dans cette petite barque, ils n’ont pas dû beaucoup dormir. Ce matin ils veulent empêcher le voilier de partir alors qu’auparavant ils voulaient le faire partir vers un autre port. Le douanier traite Jules de connard et de fils de pute avant de sortir son pistolet. Ensuite c’est le militaire qui le met en joue avec son fusil d’assaut après s’être masqué le visage. Ils font mine de vouloir tirer sur la coque avant de pointer leurs armes sur Jules.
Jules ne se précipite pas pour les photographier. Un fusil semble être une arme plus puissante qu’un téléphone. Jules possède suffisamment d’espagnol pour se faire entendre. Il montre son petit drapeau jaune en rappelant qu’il est dans son droit puisque personne n’est descendu à terre. Il prend un air indigné par les injures mais il attend pour sortir son téléphone. Il appelle des proches et il leur parle longuement.
Il attend le moment qui lui semble opportun avant de prendre sa photo. Est-ce qu’ils iraient jusqu’à tirer? Est-ce qu’il a peur de mourir? Jules se pose ces deux questions et il décide de ne pas obéir. Il a suffisament bien vécu. Il n'a pas peur de mourrir, mais il n'aimerait pas souffrir. S'il devait recevoir une balle, il préfèrerait que ce soit en pleine tête.
Jules poursuit sa route et ses poursuivants finissent par faire demi-tour. Pierre est resté à la barre et Jules se poste à l’avant du voilier pour signaler les bancs de sargasses et les petites bouteilles en plastique des filets de pêche. L’équipage n’a pas envie de s’attarder dans la zone.
À Saint Martin Ylang Ykang vient se mettre à quai dans la marina de Fort Saint Louis et Jules est heureux de remplir les formalitês d'entrée.

Aéroport Adolfo Suarez à Madrid. Mon premier voilier c’était il y a vingt ans. Le voilà réalisé enfin ce “Rêves d’Antilles”. Le sac du marin présente le grand avantage de pouvoir trouver aisément sa place dans l’espace limité d’un voilier, mais pour ce que j’ai à transporter j’ai investi dans une valise aux parois résistantes. Le problème c’est de faire rentrer la pompe d’alimentation en eau douce, le réservoir pressurisé, la pompe de cale, le chargeur de quai, 10 mètres de tuyau pour l’alimentation en eau douce, les câbles électriques, les connecteurs électriques, sans oublier les 2 câbles Morse et le câble d’arrêt du moteur. Pour les câbles je prends long.
Sur les voiliers construits en série on est capable de mesurer exactement la longueur du câble, celui qui part de la poignée jusqu’aux commandes d’inversion et de vitesse. Avant de passer commande j’ai déployé un câble dans le couloir de l’appartement et pour ce que je connais de l’emplacement de la colonne et de l’arrivée des câbles sur le nouveau moteur j’ai une idée assez précise de la longueur nécessaire. Malgré tout j’ai pris de la marge. Le problème pour l’artisan c’est qu’il travaille à l’unité. Une sous-estimation de quelques centimètres et c’est le drame. Je sais qu’il me faudra me lever de bonne heure si je sous-estime la longueur de mon câble. De toutes façons il me faudra trouver une solution pour l’échappement dont l’emplacement sera différent sur le nouveau moteur et l’empattement des supports du moteur ne sera pas le même. Sur le pèse-personne ma valise indique que je dépasse la limite de 25 kgs, alors que mon bagage à main est très confidentiel avec quelque tee-shirts et une brosse à dents. A part le matériel pour le bateau je n’ai vraiment pas grand chose.
Aéropuerto Adolfo-Suárez de Madrid-Barajas Partir à 6 heures et enchaîner avec le vol Madrid-Guatemala sur Ibéria était une option. En partant la veille Jules reste dans le rythme d’une journée ordinaire. Cela coûte un peu plus cher mais il quitte son appartement vers 15h40. et il sera au lit à une heure raisonnable. La chambre qu'il réservée lui coute 50 euros. À Madrid il a droit à une chambre extrêmement confortable. Le dîner sur place est bon marché. Pour rallier l’aéroport la bonne surprise c’est que le transport en mini-bus est gratuit. Café de Paris Le temps de trajet de Guatemala Ciudad jusqu'à Rio Dulce est d'environ 6 heures avec escale à mi-parcours. Six heures si tout va bien. Arrivé à Rio Dulce Jules retrouve le "Café de Paris". Ne pas dormir à bord la première nuit
Jules parvient à la marina Nanjuana en touk-touk. À l’entrée de ce domaine rigoureusement clôturé les entrées et les sorties sont réalisées avec un matériel hi-tech. Jules croise des camions de travailleurs stockés comme du bétail sur les bennes des camions. Une route défoncée passe à côté d'un carré impeccable de pelouse dédié à l’atterrissage des hélicoptères.
Pour Jules c’est toujours la même routine du retour sur la marina Nanajuana. Il suit un route défoncée qui passe à côté du carré de pelouse destiné à l’atterrissage des hélicoptères. Son voilier est bien calé au sol. Evidemment il faut batailler pour obtenir l'échelle qui permet de monter à bord. Finalement il a droit à une échelle bancale qui est un véritable piège. Il se glisse sans problème dans une routine ancienne.
Au restaurant de la marina l’alcool est toujours mesuré avec parcimonie. Les soirées sont peu animées.
La nuit est froide, ce qui est assez exceptionnel. Jules ne parvient pas à dormir. Au matin concentration et rien à écrire, Difficile de mettre en train la journée.
Au restaurant de la marina l’alcool est toujours mesuré avec parcimonie. Les soirées sont peu animées.
La nuit est froide, ce qui est assez exceptionnel. Jules ne parvient pas à dormir. Au matin concentration et rien à écrire, Difficile de mettre en train la journée.
A Rio Dulce la luvia fait partie du vocabulaire de base. A son arrivée à Livingston le paraguas a été le premier achat de Jules Valère. C'est un accessoire indispensable dans cette région du Guatemala où la pluie est particulièrement présente. La forêt tropicale est magnifique et elle a encore pris de la plus-value sur ce continent après les destructions opérées contre la forêt amazonienne.
Cette pluie n’a rien à voir avec les petits crachins bretons. Elle est puissante et elle dure parfois des journées entières. Elle peut entraîner des glissements de terrain et elle perturbe l’activité du pays. Fort heureusement il existe un remède à la hauteur du phénomène sous la forme d’une machine qui permet de produire un cafecito préparé avec l'excellent café local.
Après tout ce temps passé, Jules se glisse sans problème dans une nouvelle routine. Il doit tout de même acheter une nouvelle puce pour son téléphone chez Tigo, ensuite il retrouve les amis et quelques nouvelles têtes à la marina Hacha.

Nous quittons la Marina del Sol, à Isla Mujeres, à 14 heures. Le plan est de faire route directement vers Livingston, au Guatemala. Il existe une option passant par l'intérieur du lagon et traversant le Belize, mais nous voulons raccourcir le trajet autant que possible.
Nous faisons le plein de gazole et achetons de l'essence pour le groupe électrogène Honda flambant neuf. Lors du remplissage du réservoir de gazole, nous rencontrons un problème avec la mise à l'air libre et ouvrons la vanne de purge. J'avais pensé qu'une telle vanne pourrait être utile, bien que Jim n'ait pas été convaincu. Le souci, c'est qu'une fois ouverte, elle doit être refermée dès que le réservoir est plein.
Vingt minutes plus tard, le moteur s'arrête. Nous continuons à la voile pendant que Jim le redémarre. Je me demande s'il n'y a pas un autre souci. Nous faisons face à deux problèmes : d'abord, une fuite sur le réservoir de gazole bâbord ; ensuite, en ouvrant le panneau d'accès, je constate une entrée d'eau au niveau du presse-étoupe et la pompe de cale semble ne pas fonctionner. J'imagine déjà devoir jouer les pompes humaines avec la pompe manuelle, mais Jim est plus optimiste. Il tente d'abord de faire fonctionner le système via la sonde de niveau, mais comme ce dispositif électronique semble inutilisable, il branche la pompe en direct. Pour la démarrer ou l'arrêter, nous devons utiliser l'échelle pour passer du cockpit au tableau électrique. La fuite de gazole rend l'échelle glissante. Jim améliore considérablement ce contrôle manuel de la cale en installant un interrupteur qui nous permet de piloter la pompe depuis le cockpit. Si le panneau reste ouvert, je peux surveiller la cale.
Lors de mes précédentes expériences, j'avais rencontré des problèmes avec le moteur et le pilote automatique. Comme le moteur ne fonctionnait pas correctement, le pilote posait problème faute d'énergie suffisante fournie par l'alternateur. Cette fois, nous sommes confrontés à un problème différent.
Si nous utilisons les voiles, la fuite au niveau du presse-étoupe diminue, mais tant que nous avons le courant du Gulf Stream contre nous, nous aimerions aller plus vite.
Comme hier, nous avons un bon vent d'est. La situation ne semble pas si mauvaise. Malheureusement, en vérifiant l'eau dans les fonds, nous apercevons de l'eau sale au milieu du bateau. On dirait que cette eau ne s'écoule pas vers l'arrière et stagne au centre. J'ai une pompe de cale à bâbord, sous le plancher de la cuisine, mais avec ce vent d'est, le bateau gîte sur tribord. Nous virons de bord, mais cela ne suffit pas et nous devons continuer notre route. Il est tôt le matin et Jim travaille déjà d'arrache-pied. Il fait tout son possible pour évacuer cette eau accumulée au milieu du bateau. L'endroit est glissant et il se cogne la tête. Cette pompe de cale située dans la cuisine est un petit modèle, pas conçu pour un usage intensif. Elle finit par casser. Il semble que ce problème restera sans solution. Je suis les conseils de Jim et je vérifie tous les niveaux. J'utilise 2 litres de mon huile cubaine bon marché. Le niveau de la transmission est correct.

Comme nous avons une fuite de gazole, nous devons économiser notre carburant. Nous utilisons donc les voiles. Le groupe électrogène que je viens d'acheter s'avère utile, car la charge fournie par les panneaux solaires et l'éolienne ne suffit pas. Vitesse moyenne. La nuit, nous apercevons devant nous la côte du Honduras, illuminée par des éclairs estivaux.

Tôt le matin, nous affrontons un vent de 60 nœuds, de la pluie et des éclairs pendant deux ou trois heures. Toutes les voiles sont affalées, sauf l'artimon. Nous continuons à avancer face au vent et à la houle, en manquant de carburant et en essayant de maîtriser la fuite. Lorsque le vent faiblit, la houle reste forte, faisant bondir le bateau et plonger son étrave. Je constate que j'ai correctement arrimé tous les objets sur le pont. Quand le vent revient à la normale, il souffle toujours pile dans notre nez. La voile d'artimon est déchirée, je l'affale donc. Pour rejoindre Livingston, nous devons faire route plein ouest. Certains bords donnent de piètres résultats. Nous n'avons pas assez de carburant pour faire route directe. Ma solution : utiliser les voiles. Je peux encore utiliser une partie de l'artimon. Comme nous sommes dans le golfe du Honduras, l'espace est suffisant ; je pense tirer des bords toute la nuit pour arriver au matin. Alors que je louvoie, Jimmy a une meilleure idée. Il pense qu'il reste du carburant dans le réservoir tribord. Il utilise la sonde de la jauge pour récupérer les derniers 7 gallons ; nous pouvons désormais faire route directe vers Livingston. Même si la fuite au niveau de l'arbre d'hélice s'aggrave — perdant entre 80 et 100 gallons par heure —, nous n'aurons pas besoin de louvoyer toute la nuit. Nous arrivons de nuit ; on entend la musique d'une fête sur le rivage lorsque le moteur cesse de rugir... car nous sommes désormais ensablés. Il ne nous reste plus qu'à partager un excellent Merlot chilien.
Cela nous permet de dormir jusqu'à 3 heures du matin. Avec la marée, le bateau semble bouger un peu ; ne voulant pas nous retrouver dans une situation pire, nous essayons d'abord de nous déplacer au moteur, puis je mets l'annexe à l'eau et nous utilisons le guindeau pour rejoindre un endroit plus profond. Nous apercevons les bateaux à l'entrée du Rio Dulce. Une embarcation locale s'approche avec deux hommes à bord. Nous n'étions pourtant pas très loin ; ils se contentent de nous indiquer la direction. Il faudra payer pour ce service, mais rien ne presse : nous devons d'abord rejoindre le quai.

Nous avons passé plus de temps que prévu en ville et il y a beaucoup d'eau dans le bateau. Nous avions laissé la pompe débranchée et devons maintenant rejeter cette eau dans le Rio. Nous avançons doucement au moteur et arrivons le soir même au quai de Nanajuana.
Les visites de l’appartement commenceront dans la journée. Jules a ses habitudes de départ. Il sait quel est le temps nécessaire pour enchaîner ses trajets en métro en train et en avion. Fermer l’eau le gaz et l’électricité, fermer la porte à double tour, les rituels sont établis. Pourtant les contraintes sont différentes aujourd’hui. Après un patient travail l’appartement affiche sa virginité. Jules installe des draps qui sortent de l’armoire, il époussette les meubles, demain son lit recevra un autre corps que le sien.
20 septembre 2023Cette fois-ci les circonstances sont différentes. Le plan initial était de déposer l'ordinateur et les dossiers dans la voiture. À cause de l'accident j'ai dû descendre ces objets dans la cave. J'ai profité de mon séjour pour soigner un mal de dents redoutable. À Lyon il na qu’à traverser la rue pour voir le dentiste. C'est un jeune prodige qui utilise du matériel high-tech pour exercer son art. Demain je reviens dans un désert médical.
J'aurais aimé passer davantage de temps dans cette ville que j'aime. Le 20 septembre à 6h40 je prends un train à Lyon Part Dieu, arrivée au Mans à 9h40. Le coût est de 45€. Je me suis levé de bonne heure. J'étais préoccupé de laisser l’appartement en état d’être visité. Un fois dans le train j'ai constaté que j'avais oublié mes lunettes ainsi que le roman acheté la veille, « L’autre fille » d'Annie Ernaux. Avec les contraintes du moment, ne sachant pas quand j'allais pouvoir revenir à Lyon, j'ai cru bon de me charger d’une serviette bourrée de dossiers mais le livre et les lunettes sont restées sur la table du salon.
Le nombre de mes années de retraite commence à atteindre un niveau respectable. Un temps plutôt agréable, un temps globalement positif si je l’inscris dans un parcours dont les événements essentiels appartiennent maintenant au passé. Je vois bien par contre que la félicité que j’exprime sonne de façon discordante dans le concert plaintif des personnes de mon âge. Je sais qu’un minimum de décence devrait m’obliger à me pourvoir de quelque maladie et que je devraisrejoindre la cohorte qui réclame du pain. Les besoins sont infinis par rapport au montant limité des ressources, je l’ai suffisamment répété en introduction aux cours d’économie de ma vie active. Je devrais donc exprimer mon insatisfaction dans le chorus plaintif qui fait consensus aujourd’hui. Mon contentement du temps qui passe fait mauvais genre. Ne vous en déplaise, mes convictions s’opposent à une expression qui serait vertueuse parce que misérable.
Aujourd’hui, si je mets en regard le nombre de mes années d’activité et le nombre de mes années de retraite, le rapport a évolué sans que j’en ai pris vraiment conscience. Deux années sabbatiques échappent à ce ratio, au moins pour celles-la je n’ai de compte à rendre à personne. Je me rends bien compte que je coûte. Ce n’est pas une pensée qui me tourmente, une pensée qui me vient chaque matin quand je me rase mais je comprends bien que mes contemporains vont commencer à m’en vouloir. Il y a un discours qui peut servir d’ échappatoire:
- La retraite? Vous savez ce n’est pas une période très agréable. Avec mes rhumatismes, tous ces escaliers ... Moi qui ai passé toute ma vie à me dévouer pour les autres, aujourd’hui j’ai à peine de quoi vivre ... Et puis à mon âge vous savez, on a plus tellement d’envies. Avant on avait Jacques Martin, maintenant qu’est-ce qui nous reste? Michel Drucker?
Je veux faire mieux de ce temps qui m’est offert. Ne plus avoir à me lever chaque jour avec la perspective des cours à donner, des copies à corriger, des réunions et autres pensums c’est un vrai bonheur. D’autant qu’il m’est fréquemment arrivé de penser que ce métier aurait été bien plus agréable si la jeunesse qui m’était confiée avait été correctement éduquée. Plus qu’une liberté de ne rien faire, c’est une liberté de choisir que j’apprécie. Il me reste tout de même beaucoup de ma vie professionnelle. Elle n'a pas disparu dès le premier jour de la retraite. J'ai toujours le goût d'enseigner, mais surtout le goût d’apprendre: si le nombre des années ne m’était pas compté, je parlerais bientôt parfaitement espagnol au lieu de le baragouiner ...
La retraite, et après? Installé dans mon nid douillet lyonnais, j'avais le bruit des camions de livraison au petit matin comme seule perturbation matinale. Je recevais les vœux de bonne journée de la boulangère lorsque je traversais la rue pour acheter mes croissants. Les restaurants du quartier s’activaient pour varier mes menus. Je traversais des rues animées par des commerçants attentifs à tous mes désirs. Des femmes de tous âges déployaient leur expertise dans la séduction. Entouré d’une population forte de ses grandes certitudes, je me sentais parfois gagné par cette somnolence qui éclôt dans les ambiances confortables.
Je vais maintenant retrouver un état de grande solitude.
Deux années de liberté. Mise en disponibilité. Deux années sabattiques. Le sabbat est le Dernier jour de la semaine, consacré à la prière, chez les juifs et les chrétiens sabbataires. Cela a été pour moi une échapée de la secte. La certitude de retrouver mon travail. Retrouver un lieu abrité.
Je suis resté au mouillage devant le port de plaisance de Cairns, puis mon voilier a été remorqué jusqu'au boatyard ...
Une interrogation m’est venue à la veille du siècle 21 alors même que mon âge avait atteint un demi-siècle. Aujourd’hui, si je fais une comparaison avec les préoccupations de mes contemporains, je suis surpris de voir que le thème de la retraite ait pris un caractère obsessionnel. Je n’étais aucunement préoccupé par la question de ma future survie matérielle, une seule question m’importait: l’herbe est-elle plus verte ailleurs?
Australie les aborigenes sont des singes selon les Belges du voilier voisin. Ils font leur biere. Bouquins sur les Caraibes. Le pere a fait un avc. Prend son annexe pour aller boire en ville. Les filles qui se dessapent pour vendre leurs billets de tombola. Des tablees pour boire à la marina.
J'avais perdu l'helice Remise en place. Un passionne de voitures. Le Mans et Renault.
Sille lycee college taille humaine effectifs modérés.
Je partirai le 1er mai 2005. Une fois de plus je me dis que j'aurai dû choisir mon bateau pour ses qualités objectives et non sur un coup de tête. Donc j’en reviens à cette idée que même si l’on considère que les choses matérielles n’ont pas une grande importance, il est absolument indispensable de rechercher les qualités réelles du matériel choisi dans la mesure où l’on sera ensuite dépendant de ce matériel.
J’ai fait un rêve dans lequel je suis dans une piscine sur un plot de départ. J’ai pensé à mon père qui me conseillait sur la manière de faire un départ de course en natation. Je vois bien le style du mec que les copains observent du coin de l’œil et qui va partir dans un grand splash chez les pocains et les cacanes. A 9h26 Départ sous grand voile, moteur nickel tout baigne ! Je peux voir Nouméa au loin. En observant les petits îlots que je vais dépasser, je pense à l’arrivée. Après des journées à contempler la mer, la vision de la terre que l’on a à l’arrivée est vraiment unique après tout un temps passé à contempler l’horizon. J’avance tranquillement à cinq nœuds. Si cela pouvait durer ainsi ce serait vraiment parfait. Je n’ai pas emmené la charmante créature qui m’a déclaré vouloir partir avec moi. Elle a semblé considérer que mon accord allait de soi. Elle était vraiment bien mignonne mais quand j’ai décidé de partir seul, je ne l’ai pas consultée.
9h Je suis parti depuis 24 heures. Tout baigne, surtout qu’il a plu toute la nuit. Je me suis fait saucer et j’ai pas dormi. Tout va bien mis à part les allumettes que je mets à sécher car le bateau est tellement humide que pour faire chauffer mes nouilles instantanées je dois m’y reprendre à plusieurs fois.
Une nuit mouvementée. Pour avancer malgré l’absence de vent j’ai mis le moteur et j’ai constaté que je n’avance pas. Le moteur tourne à vide. C’est soit mon arbre qui est cassé soit mon hélice qui s’est fait la paire.
Avec ça j’ai eu droit à un bordel pas possible. Un bateau qui n’avance pas avec des voiles qui battent dans tous les sens. Il y avait tout de même de la houle. J’ai rentré le génois et j’ai laissé la grand voile pendouiller. Je m'attache un bout au poigner et je plonge: plus d'hélice. Au matin le vent est revenu et je suis reparti avec un petit 4 nœuds. Je me suis demandé un moment si je ne devais pas faire demi-tour et puis j’ai décidé de continuer.
J’ai l’impression de naviguer sur un lac. Le vent était au Nord Ouest et il semble enfin tourner. Jusqu’à présent j’ai tiré des bords et je peux enfin partir plein Ouest. J’ai envisagé de couper plus court mais la voie a l’air un peu trop pavée. Les orages pétaradent dans le lointain.
11h 45 Une nuit sans un brin de vent. Dans la soirée des éclairs de chaleur derrière moi. J’ai pensé qu’il me fallait distancer les orages et ils ne m’ont pas rattrapé. Par contre le vent est tombé et j’ai passé la nuit à l’arrêt. J’ai eu cette impression bizarre d’être sur une mer calme mais avec des mouvements de houle qui déportent le bateau dans un mouvement régulier. Le matin le vent s’est levé progressivement et je vais dans la bonne direction. Je suis tribord amure alors que je m’attendais à toujours avoir des vents de sud sud est. Très beau soleil.
Comme le temps passe. Je suis vent arrière. Le vent vient plein est. J’avance voiles croisées ce qui me fait bien plaisir. J’ai bien dormi sur le pont. Hier mer d’huile et ce matin c’est tout plat. J’ai réfléchi à la nature de mes écrits. Il me semble que je pourrais écrire sur des écrivains qui vivent dans une société dominée par un culte de l’image et dans laquelle il n’y a plus de véritable pensée mais où subsistent quelques bouffons sympathiques surtout doués pour réaliser cette prouesse qui consiste à montrer son cul. Et c’est sans doute une obligation dans un contexte où les médias abreuvent le peuple de shows merdeux. La songerie me rend plutôt morose.
Il y des jours comme ça où tout casse. C’est le cas aujourd’hui. C’est la journée « tout pète ». Le 9 mai est un Lundi. Maman a du appeler aujourd’hui. Elle doit se demander où est passé ce petit salopard. Dans une semaine je devrais être en Australie. Hier soir ça à commencé avec une prise de ris merdique. Je n’ai pas réussi à engager l’œillet dans le croc de prise de ris pour prendre un deuxième ris. J’ai donc ferlé la grand voile et navigué sous génois. Au matin j’ai renvoyé ma grand voile avec un ris et là nouveau problème la bosse de ris a cassé. J’ai utilisé le bout destiné à mon deuxième ris. J’avais donc une version minimaliste, une grand voile avec un seul ris. Etant sous génois et grand voile, je me suis avisé de larguer mon ris et là surprise, le boulon qui maintient le vit de mulet s’est fait la paire. La bôme reposait sur le roof. Il m’a fallu trouver une vis et un boulon de remplacement. J’ai du faire une estrope pour fixer la grand voile et refaire la fixation de quelques coulisseaux. Tout cela ça occupe mais ça agace, surtout quand, cerise sur le gâteau, je vois ma drisse de grand voile partir dans les hauteurs. Je n’ai pas poussé le cri de Tarzan, cela aurait pris trop de temps, j’ai bondi dans la mature pour aller rattraper ma drisse tant qu’elle n’était pas rendue trop haut. Je me suis tout de même retrouvé suspendu par les bras les pieds dans le vide et je me suis dit que je n’allais pas abuser de ce genre d’exercice.
Le matin inspection du pont. Il y a parfois des petits poissons volants qui viennent agrémenter mon petit déjeuner. Avec un peu d’ail et d’oignons c’est délicieux. Hier c’était un albatros qui est venu se poser. Il y a des tribus d’oiseaux qui viennent s’installer sur le balcon avant et des sparrows qui n’hésitent pas à venir s’installer à l’intérieur. Durant la nuit j’ai galéré avec un vent qui venait de tous les côtés. J’ai tiré des bords dans tous les sens. Le GPS a reçu une vague qui lui a pas plu. Le MLR est naze. Il me reste le Magelan. J’avais rentré les points. Par contre je me demande un moment comment avoir l’heure. Je n’arrive pas à remonter. Le pilot chart indique que je devrais avoir du sud est.
Vent changeant dans la nuit. Ce matin j’avance au près. Salon bricolage, une pièce du chariot de mon rail d’écoute de grand voile a cassé et j’ai du bricoler quelque chose pour éviter de me retrouver sans écoute de grand voile.
11h23 Le groupe électrogène ronronne. Du vent y en a pas beaucoup. Toute la matinée pétole. Navigation au 300 dans la journée et au 270 la nuit. Je passe à l’est de la route que j’avais prévue Je contourne Sand Cay à l’est. Grand soleil. Ce matin pas de dauphins. Hier une tribu. Le GPS ne fonctionne plus mais je peux évaluer ma vitesse en retranchant un nœud du Navman qui donne des vitesses flatteuses. 14h40 Petite navigation tranquille cette après midi, sauf une petite erreur. Je n’ai pas bien reporté ma position et je me suis retrouvé sur un haut fonds qui était sur le trajet. A un moment j’ai voulu voir ma vitesse. C’était une bonne idée car cela active le loch et j’ai fait apparaître un fonds qui était à 6 mètres. J’ai cru à une erreur de l’appareil et puis j’ai commencé à réaliser mon erreur. Quel connard ! J’allais droit sur un récif qui émergeait à peine. Je m’en suis aperçu quand je l’ai vu et je l’avais déjà dépassé. Je suis parti plein est en faisant des allers et retours sur le pont pour essayer de voir ce qui se présentait à l’avant du bateau. Le sondeur oscillait entre 5 et 12 mètres. Je voyais des fonds magnifiques mais je suis resté fébrile alors que le sondeur continuait à indiquer une profondeur de 40 mètres pendant un temps qui m’a paru fort long.
Toute la nuit pénible avec un gréement qui grince. Mais ce matin il y a un petit peu de vent. Si je passe la nuit devant j’arrive au petit matin. 9h On dirait bien qu’on avance pas. Et si on regarde le loch ça se confirme. C’est là que l’on regrette de ne pas avoir une compagne. Lecture petit café. Ca va peut être se lever. Il y a du soleil.
10h Je suis en panne de vent et je n’ai pas avancé d’un poil depuis 4h ce matin. Petit matin. Je pensais arriver sur la passe Grafton, mais je suis trop descendu. Pour le contrôle de mon trajet je dois allumer le GPS et comme les piles s’épuisent très vite je m’en tiens à mon cap. Non seulement je n’avance pas mais parfois je recule. Il n’y a toujours pas de vent. Reculer avec la perspective d’aller se coller sur la barrière. Parfois quand on va pisser on se dit qu’on n’est pas très loin du bord. Il suffirait d’une petite enjambée. Même si l’on a pas envie de se foutre en l’air on se dit tiens comme ce serait facile. Il y a comme une petite tentation, quelque chose d’un peu ambigu, comme cette envie de balancer par dessus bord le GPS. Vu qu’il y en a un qui est déjà mort, on balancerait bien celui là à la flotte. Ras le bol de ces conneries. Et puis non finalement on le garde.
05h On dit beaucoup trop de mal des galères. Au moins avec une galère je pourrais avancer. Comme j’en avais assez d’attendre le vent, j’ai mis un kayak à l’eau et j’ai tiré le bateau. C’est pas facile. Ca avance pas. C’est vraiment le dernier recours pour dégager d’un récif. Sinon c’est pas la peine. Ah ce serait bien une galère !
Je vois la côte australienne défiler. Dure journée hier. Le Grafton passage était trop loin. J’ai pris la solution qui se présentait puisque le courant me poussait vers Flora passage. J’ai eu un vent suffisant pour rentrer dans la passe et j’ai assez bien avancé, mais le vent est tombé alors que je me trouvais encore au milieu des récifs. Toute la nuit, j’ai essayé de profiter du moindre souffle de vent pour m’éloigner de la zone avec des courants dont je ne savais pas trop où ils allaient me mener. Comme le vent ne venait toujours pas j’ai balancé mon ancre à jas avec cinquante mètres de corde. Cela m’a permis d’aller me coucher et de dormir une petite heure. Quand je me suis réveillé le vent s’était levé et j’ai pu remonter mon ancre grâce à mon guindeau électrique en relevant mètre par mètre. Vu la force du vent le guindeau a failli caler mais j’ai tout de même tout remonté. Au moins quand il y a du vent on sait à quoi s’en tenir, mais dans le courant de la nuit j’avais eu droit à cette séquence de voiles de cordes et de quincaillerie qui battent dans tous les sens. Enrouler le Génois, c’est l’évidence. Par contre, il faut garder la grand voile prête pour être prêt à utiliser le moindre souffle de vent qui voudrait bien se manifester. Ce serait bien de faire des bateaux avec des choses qui restent en place quand il n’y a pas de vent.
J’ai dormi comme un loir. La soirée de la veille était très sympathique. J’étais au mouillage sur Fitzroy Island en compagnie d’un Monsieur originaire d’Afrique du sud qui travaille à New York et de son amie. Un repas extraordinaire. Des renseignement sur l’atterrissage. Je vais gonfler le dinghy pour préparer l’arrivée sur Cairns.
"Rien ne sert de courir..." Il n'est pourtant pas possible de partir tant que le bateau n'est pas prêt. Je suis très en retard sur mon programme. J'aurai dû partir en mai vers les Fidji. J'avais prévu une semaine de carénage et je suis resté trois semaines à soigner mes œuvres vives à Raiatea. J’avais prévu une semaine à Papeete et je suis resté deux mois.
Il est vrai que j’ai retrouvé tous les amis et j’ai pu utiliser la machine à laver toute neuve de notre communauté.
Si j’ai tout de même bien travaillé, il y avait encore beaucoup à faire pour l’esthétique de mon bateau. Partant du principe qu’un bateau n’est jamais parfaitement prêt, le mieux c’est sans doute de décider qu’il l’est. J’aurai sans doute retardé encore mon départ d’une ou deux semaines supplémentaires si je n’avais pas rencontré mon équipier. Pour trouver un équipier il faut au moins abandonner les pinceaux et prendre le temps de dire bonjour aux amis. J’ai d’abord profité de l’opération de l'AVP (Association des Voiliers de Polynésie) pour faire l’acquisition d’une magnifique veste de quart. Et puis j’ai aperçu le bateau d’Éric qui m’a invité à prendre un petit café. Le temps de raconter nos petites histoires, d’autres amis sont montés à bord. C'est toujours « en toute simplicité », mais avec toutes les petites choses à grignoter préparées par Florence, on passe allègrement le cap de l’apéro, puis l’on poursuit avec quelques verres de vin pour finalement rentrer à la nuit tombée. Je n’ai donc pas cherché un équipier. Dans la matinée un jeune barbu nous avait hélé du quai:
- Vous n’auriez pas besoin d’un équipier?
- J’ai un bateau sans confort. Il n’est pas encore tout à fait prêt. Commence par voir si tu peux embarquer sur un yacht et si tu ne trouves rien, tu peux me contacter dans quinze jours.
J’ai laissé mon numéro de Vini et quinze jours plus tard, j’ai été surpris de recevoir un appel depuis les Tuamotu. Le bateau n’était toujours pas prêt mais Patrick proposait son aide pour terminer les préparatifs.
Nous sommes au mouillage au nord de Moturoa à Vaiaau. Il s’est passé bien des choses dans les dernières vingt quatre heures. Nous sommes partis de Papeete le Mercredi 28 juillet vers 14 heures en direction des Samoa. Nous avons eu droit à une forte houle durant la nuit et il était difficile de suivre le cap prévu. Ambiance pénible. Le taquet de la bôme qui sert à la prise de ris a cassé et l’ourlet du génois s’est décousu. Nous décidons finalement de faire un arrêt sur Raiatea. Cette première période de navigation a été éprouvante et le moins que l’on puisse dire c’est que le climat à bord est tendu. Cela donne des résultats bizarres et inavouables. J’avoue tout de même: le 29 juillet au soir, je suis tellement convaincu d’arriver sur la passe Rautoanui que je m’étonne de ne pas reconnaître les lieux en rentrant dans la passe Punaeroa. Evidemment que je n’ai pas retrouvé l’'alignement: il n’y en a pas!
La passe Punaeroa j’aurai tout de même dû la reconnaître ! Je l’ai déjà prise plusieurs fois. Il est vrai que je l’ai souvent contemplée depuis la terre lorsque je venais dans la maison de mon amie. Si elle a aperçu mon bateau, elle a dû se demander ce que je fabriquais!
Evidemment c’est juste lorsque nous arrivons au niveau de la passe que le moteur cale. La prise d’air sur le bac décanteur se signale une fois de plus. Je commence à avoir l’habitude de ce genre de plaisanterie et tant que l’on a une voile et un peu de vent ça passe ! Dans ce genre de situation j’ai l’impression de bien me défendre. Je reste imperturbable. Si je m’occupais tout de même de ce bac décanteur? Nous avons donc confondu les passes. La question que nous nous posons quand nous réalisons notre erreur: comment en sommes nous arrivés là? Sans doute que l’un et l’autre nous avons notre interprétation des événements et nous aurions tendance à rejeter la responsabilité sur l’autre. Sans rentrer dans les détails, disons que nous n’étions pas sur la même longueur d’onde, disons simplement que les questions psychologiques ne sont pas étrangères à la bonne conduite d’un bateau. La voile enseigne qu’il faut rester cool.
Il faut un temps pour préparer chaque chose. La vitesse est un titre de noblesse pour accélérer les cadences. J’ai été éduqué dans cette idée qu’il fallait toujours faire vite et que faire bien était plutôt accessoire. Pour la croisière il faut apprécier chacun des objets que l’on va utiliser pour les bienfaits qu’il présente mais aussi pour un ensemble de méfaits. Il faut dépasser le discours marketing qui présente un objet comme une promesse, le dentifrice qui n’est plus un produit sanitaire mais la promesse d’un sourire qui séduira. Un réservoir d’eau sur un bateau n’est plus une promesse, c’est un nombre de litres qui s’évalue en jours de vie.Prenons donc le temps de vivre puisque nous sommes arrivés là et puis il faut recoudre le génois.
Nous rejoignons le port d’Uturoa. Le Samedi 31 juillet nous sommes amarrés au quai à Uturoa. Il y a des voiliers de toutes nationalités dont deux « Super Maraamu » pilotés par des américains. Je passe la journée à bricoler sur le bateau et je perds mon temps. Je ne suis vraiment pas bon dans les travaux de plomberie. La nuit est agitée car la houle nous fait cogner contre le quai. Je retrouve Manu toujours égal à lui même. Le « Banana Split » du chanteur Antoine est à quai.
Vendredi dernier il était trop tard pour donner le génois à la voilerie. Le lundi 2 Aout nous sommes au mouillage devant la marina Apooti. Nous avons pris une bouée devant la marina et le responsable de la marina nous réclame déjà 3 400 CFP. Le génois a été descendu le matin et je l’ai récupéré dans l’après midi. Nous décidons d’aller faire un tour à Bora car il serait dommage pour Patrick de quitter la Polynésie sans s’y arrêter.
Le 3 août à 8h 30 nous étions sur Tahaa en route vers la passe Papai. Excellente navigation jusqu’à Bora où nous sommes arrivés en début d’après midi. Nous mouillons à droite de l’alignement (en regardant vers le large) devant une maison dont le propriétaire nous demande de dégager. Il prétend que nous sommes indiscrets alors que nous sommes à bonne distance. Nous avons déménagé 100 mètres plus loin …Pour la suite je réalise différents tableaux pour gérer les temps de quart. J'imagine des solutions compliquées dans lesquelles le pilote joue le rôle d'équipier. Pour finir, nous décidons d'une solution simple en découpant la journée en tranches de trois heures. Il est convenu que dans la journée cette répartition ne s'impose plus. Je prends la colonne de gauche.
Dans le lagon de Maupiti face au quai. Départ vers Suvarov dans la matinée. Nous étions partis pour plusieurs jours et puis le vent est tombé quand nous sommes arrivés devant Maupiti. Plutôt que de passer la nuit à nous traîner nous avons décidé de passer une nuit tranquille. Nous sommes rentrés dans la passe juste avant la nuit.
Nous venons de quitter la passe et on distingue un Aremiti qui s’est planté en entrant. Nous sommes passés juste après lui la veille et nous avons vainement essayé de comprendre ce qui avait bien pu lui arriver.
Direction Suvarov au 286. Patrick réalise à trente cinq ans un rêve que je réalise à cinquante cinq ans. Je me souviens d’un globe terrestre en métal qui faisait partie des objets de ma chambre d’écolier. Dans le bleu du Pacifique il y avait une quantité de petites tâches jaunes figurant des îles du Pacifique. Je me souviens que cette partie du globe m’apparaissait alors comme une promesse d’aventures. La journée du 5 août n’était pas bon marché. C’est d’abord 100 mètres de ligne qui sont partis à la dérive. Ensuite la flèche du fusil sous marin qui a cassé quand Patrick a voulu remonter un premier mahi mahi.
Le deuxième était le bon (et qui plus est bien bon !) Et puis c’est une lampe frontale que la bôme envoie par dessus bord (la tête de mon équipier quand à elle n’a pas été touchée, ce dont je ne peux que me réjouir malgré le coût élevé des lampes frontales !)
7 août 2004 15° 22’ 883 S 155° 54’ 737 W J’ai bien dormi au cours de la nuit dernière. Nous avons suivi un cap plus nord et repris ensuite notre route au 294. Beau soleil. Pilote.
Vitesse 6 nœuds. Il faut peu de choses pour avoir le moral et nous nous sentons plutôt bien. Nous constatons que nous nous sommes accoutumés au mouvement. Nous n’avons croisé aucun bateau et nous verrons seulement un voilier à l’approche de Suvarov.
10 août 2004 13° 55’ S 160° 42’ W Moins on en fait et moins on a envie d’en faire. C’est le pilote qui fait le travail. Du soleil, quelques rares nuages. Le génois bat par moments. On refait le monde et puis chacun revient à ses occupations: rêverie et lecture. Vu que l’on se traîne la plupart du temps on a l’impression d’avoir devant nous un temps considérable. Je passe de la lecture de revues techniques à la comptabilité anglo-saxonne puis à la lecture de romans en français ou en anglais. J’ai entrepris la lecture de l’odyssée du capitaine Bligh et j’imagine ce que ces hommes ont du endurer ! 11 août 2004 Il faudrait tout de même un peu plus de vent ! On avance vent arrière. Comme nous avons constaté que cela n’allait pas moins vite, nous avons affalé la grand voile. Malgré cela le génois bat quand même et pour éviter qu’il ne vienne raguer sur les haubans, il faut encore le réduire. Par contre ceux qui aiment les fêtes foraines et les tours de manège devraient venir chez nous. Maraamu reçoit une grande poussée qui lui soulève le cul et on surfe jusqu’à la vague suivante. C’est le pied tant que la houle vient de la bonne direction, car parfois le vent est si faible que c’est la houle qui nous permet d’avancer.A 7h28 le GPS indique: DIST = 20,2 millesCAP = 281RTE = 276 XTE = 1,69VIT = 4,7 NdVTD = 4,7 NdHEA = 11h 59
Sûr que si je n'avais pas ce petit appareil la vie serait plus difficile. Encore une pensée émue pour ce cher capitaine Bligh.
Depuis notre mouillage nous appercevons la maison du gardien de l'ile, un neo-zealndais tres aimable.
Tout est calme. Nous sommes arrivés hier sur Suwarow. Pour toutes nos arrivées nous avons eu de la chance en ce qui concerne les heures d'arrivée puisque nous avons toujours réalisé nos arrivées de jour. Pour ma part j'ai généralement eu du mal à arriver aux heures que j'avais prévues et lorsque j'ai du faire des arrivées de nuit cela m'a toujours inquiété: de nuit, le bruit de la houle qui vient briser sur le récif n'est pas rassurant même si les conditions climatiques sont favorables. Il est clair également que j'arrivais toujours sur des destinations comportant une rouge, une verte et un alignement. Les gens qui viennent sur Suwarrow sont censés savoir naviguer et aucun dispositif de ce genre n'est prévu. Nous arrivons donc de jour mais nous avons les plus grandes difficultés à trouver l'entrée de l'atoll. Lorsque nous confrontons nos impressions sur cette arrivée le lendemain matin, nous tentons de tirer quelques leçons de l'expérience. Il semble qu’il faille éviter une affirmation péremptoire sur le thème: "le GPS on s’en fout" (sous entendu: je sais suffisamment bien lire une carte et reconnaître le paysage) aussi bien que toute certitude sur la direction à suivre, un Waypoint pouvant mener tout droit sur un récif. Il est en général nécessaire de prévoir plusieurs Waypoints. Cette arrivée difficile m’ aura au moins incité à à utiliser le menu Routes du GPS. Jusqu'à présent j'avais pour habitude de prévoir tous mes Waypoints avant le départ sans pour autant les faire figurer dans une Route. Cette nécessité est apparue d’autant plus évidente que revenir sur son chemin lorsqu’on a dépassé un objectif n’est pas évident. Le peu de chemin que nous avons dû faire d’ouest en est était suffisant pour nous démontrer qu’en cette latitude il n’y a qu’un seul sens pour avancer!
13 Août 2004 J’ai encore réparé le génois debout sur le balcon avant, du moins jusqu’à ce que mon aiguille casse. Le génois n’est pas en cause, mais il est soumis à rude épreuve lorsqu’il bat en l’absence de vent. Il y a bien une dizaine de voiliers qui ont fait escale. et hier soir c’était la soirée barbecue offerte par les gardiens des lieux. Crabes, poissons, fruits locaux et gâteaux préparés par nos voisins, ça nous change des nouilles chinoises.
A 9h départ de Suvarov. Le moteur cale dans la passe. Apparemment le problème du bac décanteur n'est pas résolu. J'ai pourtant vérifié les tuyaux et j'étais persuadé d'avoir solutionné le problème. Pourtant dès que l'on a besoin de puissance le moteur cale. C'est vraiment stupide car le moteur est neuf et il cale chaque fois que de la puissance est sollicitée. La prise d'air à l'arrivée de gas oil est têtue. On a bordé la grand voile et c'est passé. Il y a des appareils tous neufs sur lesquels j'aimerais bien pouvoir compter. C'est aussi le cas de la pompe de cale. Une fois de plus elle ne fonctionne pas quand je la teste. Je suis têtu et je change une fois de plus les cosses. Elle repart ... jusqu'à la fois suivante. Finalement il faudra démonter le corps de pompe. Il s'avère que même une pompe neuve peut se griper si un dépot s'est formé. J'ai revu mes branchements électriques pour la nième fois ... et cela n'a pas suffi. C'est seulement à l'arrivée à Nouméa que le problème trouvera une solution. Il fallait démonter le corps de pompe, nettoyer le dépôt et graisser.
15 août 2004 / 8h / 13° 20' S / 164° 03' W Soleil. Pas de vent.16 août 2004 / 7h / 13° 26' S / 165° 09' W Soleil. Pas de vent.17 août 2004 / 7h 54 / 13° 39' S / 166° 28' W Soleil. Pas de vent.
18 août 2004 / 7h 41 / 13° 46' S / 167° 16' W Soleil. Pas de vent.
18 août 2004 / 7h 40 / 13° 46' S / 167° 16' W Soleil. Pas de vent.
19 août 2004 / 7h 41 / 13° 59' S / 168° 29' W Soleil. Ci dessous Ta’u Island. On approche de Tutuila!
Je met une obstination considérable pour essayer de trouver le bâtiment chargé des formalités d’entrée. Apparemment la question n’intéresse personne. Après avoir vainement cherché l’autorité responsable, je laisse tomber.21 août 2004 II était prévu de faire les courses. Je ne trouve peut être pas le bon endroit, mais il n’y a pas grand chose à se mettre sous la dent. Je dois encore me résoudre à investir dans lecornedbeef.Heureusment il y a des instantnoodles et je m’approvisionne largement ! L’après midi nous permet d’apprécier plusieurs matchs de rugby.
22 août 2004 Départ de Pago Pago
29 août 2004 Grand moment que celui où l’on passe la ligne de changement de date ! Nos points GPS sont maintenant des points Ouest ça c’est facile à saisir. Par contre j’ai toujours un peu de mal à saisir une avancée dans le temps. La logique est bien que la terre tournant dans le sens contraire des aiguilles d’une montre, on revient dans le temps d’ouest en est.
On nous avait dit que le mouillage de était nul. Nous vérifions par nous mêmes: c’est vraiment pas terrible ! Pour l’odeur il y a l’usine qui traite les poissons, pour le bruit ça doit être la production électrique qui provoque un grondement incessant. Sinon les voiliers au mouillage semblent réduits à l’état d’épaves pour la plupart.
Drapeau jaune.Quand je suis parvenu à Suva aux Fidji en 1973 j’étais accompagné de mon équipier Patrick Baudry. J’étais parfaitement convaincu de la nécessité de me signaler aux autorités pour les formalités d’entrée sur ce territoire. Depuis notre départ de Tahiti nous avions fait escale à Suvarov, un minuscule atoll où aucune formalité n’était exigé et à Pago Pago où personne n’avait répondu à mon annonce sur la vhf. Comme la question ne semblait intéresser personne on avait passé nos journées à suivre les matchs de rugby qui se succédaient sur les pelouses voisines.
À Suva je me réjouis de recevoir une réponse à mon annonce radio. Il m’est demandé d’aller accoster à un quai qui paraît destiné à des cargos. Plutôt que de nous lancer dans l’escalade, nous décidons d’aller mouiller devant la ville et d’utiliser notre petite annexe pour rejoindre les bâtiments de la douane. J’ai oublié mes chaussures, c’est fréquent.
Nous trouvons une place pour amarrer le dinghy et nous débarquons sur une place où se tient un marché. Nous ferons nos courses au retour.Un élément m’avait totalement échappé au départ de Tahiti. Mes seules préoccupations avaient concerné la préparation du voilier et je n’avais effectué aucune formalité avant de quitter Papeete. J’ai dû répondre à de nombreuses questions destinées à vérifier que je ne me livrais à aucun trafic mais ils n’ont pas été sévères à l’égard du plaisancier aux pieds nus.
Ils ont décidé d’inspecter mon navire mais leur bateau est en panne. Il m’est donc demandé d’emmener un douanier à mon bord en utilisant mon dinghy. C’est un monsieur de forte corpulence qui m’accompagne sur la place du marché. Il aperçoit mon annexe amarrée au pied du quai et il m’annonce immédiatement que finalement l’inspection de mon navire n’est pas vraiment indispensable.
Ils nous ont juste demandé de remplir quelques formulaires. Je ne garde pas un mauvais souvenir de cette première clearance.
Arrivée à Suva. Pour l'arrivée nous avons droit au vent et à la pluie. Cette fois ci pas de problème pour trouver les autorités responsables des formalités d’'entrée. Comme j'’ai omis de faire les formalités de clearance au départ de Papeete, les autorités locales ont décidé de s’occuper de moi. Nous devons remplir un nombre considérable de formulaires. Nous sommes longuement interrogés sur la taille du bateau, la couleur des cabines et autres détails. Notre bateau doit être fouillé, mais comme le seul moyen de s'y rendre est d'utiliser ma pettite annexe garée tout prochge du marché, l'équipe de la douane renonce fianalement à cette aventure. Tout fini par s’arranger mais ça prend du temps ! Nous allons nous installer devant le Royal Suva Yacht Club. Il me faut à nouveau assumer quelques dépenses: nouvelle réparation du génois, cartes de la Nouvelle Calédonie et nourriture. Une donnée de l'économie fidjienne: au litre l'eau en bouteilles coute plus cher que le gas oil. Par contre la bière du Yacht Club est bonne, et les membres viennent vérifier la qualité avec une grande régularité. Les taxis sont très nombreux et très bon marché. Suva est une ville dynamique où la population est en majorité indienne. Il faudrait du temps pour visiter ce pays. Les filles sont vraiment belles. Nous n'en avons pas croisé beaucoup depuis le départ de Papeete (tout ce qu'on a croisé c'est deux bateaux en tout et pour tout) et on serait pas contre si ...Tout cela fait que j'aimerais bien visiter davantage les Fidji. Il y a un chapelet d'îles, en particulier dans toute la zone ouest, qui mériterait d'être explorée mais il faudrait que cela soit en bonne compagnie et pour l'heure je souhaite surtout arriver à destination. Il y a deux aspirations que j'ai envie de satisfaire de façon durable: ne pas être constamment secoué et dormir des nuits entières. Mais quand les terriennes sont belles, je veux bien me faire secouer encore un peu.
Départ de Suva. Les Waypoints sont rentrés dans les deux GPS, le MLR et le Magelan. Grosse frayeur devant Beqa peu après la sortie du port de Suva. Je finis par crier qu'il faut affaler la grand voile. Par contre sur les manœuvres qui ont précédé et les commentaires qui ont suivi, je m'en tiendrai au silence. La sobriété dans les discours étant l'apanage des grands marins, je peux au moins me prévaloir de mon silence s'il est clair qu'en ce qui concerne les manoeuvres, j'ai été particulièrement mauvais. Lorsque les écoutes du génois commencent à battre furieusement dans tous les sens et que la gîte augmente il n'est plus besoin de me dire que j'aurai dû abandonner mon journal. Il est évident que c'est déjà trop tard. On avait quitté Suva au moteur, le vent est monté progressivement et le grain est tombé brutalement. Cela a été très brutal mais cela n'a pas duré longtemps, suffisamment pour que je me promette de ne plus me laisser surprendre. La voile a au moins ce mérite de jouer un rôle de révélateur et par la suite j'ai observé chaque nuage avec suspicion. Ensuite il n’y a pas eu d’obstacles jusqu’'à l’arrivée sur le canal de la Havannah. Je n’ai plus du tout envie de traîner. En conséquence lorsque le vent faiblit vraiment on affale et on met le moteur. Ca améliore la moyenne quotidienne. Dans l’ensemble ça avance mieux sur cette partie du Ylang Ylang. On a eu plus de vent et sur toute la partie précédente on a surtout fait du vent arrière avec parfois des empannages intempestifs lorsque la houle n'était pas coopérative. Cela avait tendance à mettre les nerfs à vif. A présent on avance avec un vent de travers et à plus de 7 noeuds sur près de 48 heures!
Pour préparer l’entrée dans le canal de la Havannah, j’avais été consulter les horaires de marée et en arrivant on a demandé les horaires sur le canal 27. Avons nous mal calculé le décalage horaire? En tout cas on a eu droit à un fort courant contraire qui m’a bien désorienté. Après on a pu apprécier: ce lagon est vraiment une splendeur. Plutôt qu’une entrée de nuit sur Nouméa on a fait un arrêt dans la baie Uié pour la nuit.
Ce lagon est une merveille.
Arrivée sur Nouméa. Le bateau devant c’est aussi un Rêve d’Antilles. Sûr qu’on va le gratter ! Mais après je vais aller planter ma pioche dans une gentille petite baie et suivre le conseil des amis: "carpe diem!
Les îles Marquises se situent à environ 1 500 km (environ 900-950 milles nautiques) au nord-est de Tahiti. Ce voyage représente une distance importante, prenant environ 3h20-3h40 en avion depuis Papeete avec Air Tahiti ou Air Moana, ou plusieurs jours en bateau.
Maraamu: un principe de construction simple: j'ai commencé par casser le végrage à la hache.
A genoux, prosterné aux pieds de ma couchette, ma main effleure la paroi, les cinq millimètres de peinture et d’acier qui évitent de se mouiller les doigts. Ma main apprécie la surface impeccable, le contact dur et lisse, peau contre peau, cette rigidité qui réconforte. Ah le gentil bateau que voilà ! Et puis en longeant une lisse mes doigts se heurtent à une petite bosse qui a gonflé sous la peinture. L’abomination est là !
On ne soupçonne pas la perfidie de la petite bosse. La journée débute bien et l’on a la tête remplie de grandes entreprises. Il faut tout de même penser à s’occuper de ce petit problème aussi, mais la situation n’est pas désespérée. Si on le considère selon sa taille, le danger semble surtout d’oublier son existence. L’esprit rationalise. Commencer par le plus important. Avant de songer à l’état du bateau il faut donc veiller à l’état du bonhomme. Petit déjeuner copieux suivi d’une course à un rythme soutenu jusqu’au bout de la jetée. Juste un coup d’œil aux balises de l’entrée du port. Sur des planches de surf ou de body la jeunesse locale s’adonne déjà aux joies de la glisse. Tout au long de la course du retour, et sans doute parce que le ciel est sans nuages, la petite bosse qui était restée tapie dans un coin de mon cerveau ne cesse de grossir et de me rappeler son existence incongrue. Cette aspérité n’est pas sa place et elle vient gêner les grandes résolutions.
Sachez tout d’abord qu’il vaut mieux choisir d’agir le matin de bonne heure lorsque l’on a décidé d’éradiquer la petite bosse. J’empoigne le premier outil à portée de main. Un coup de tournevis sur la petite bosse et c'est un mince jet d'eau qui surgit. Bleu et brillant il porte en lui la lumière qui irradie le lagon.
J'observe cette petite fontaine et je m'efforce de me persuader que je vais garder mon calme et trouver une solution.
L’espace d’un instant il reste posé sur le sable, figé dans son immobilité, lorsqu’une urgence le saisit. Il file au milieu des algues pour disparaître parmi les coraux, car jamais il ne reste en repos. Ses déplacements ne s’interrompent jamais et quand il dort il progresse encore d’un léger battement de ses nageoires. Bercé par la houle ou entraîné par le courant, il est toujours animé d’un mouvement qui lui est propre. Lorsqu’il part dans une direction, il fait volte face avec l’adresse d’un danseur.
A l’évidence cette agitation n’a pas de sens. Elle a du moins sa raison d’être, car elle est une expression de la vie. Quand la terre porte les marques du passage de ses habitants, les poissons ne laissent aucune trace. Ils offrent à de rares observateurs le spectacle de volutes légères et innombrables. Ils dansent pour rendre grâce à l’éphémère, pour charmer les sirènes par la grâce de leurs évolutions.
Généralement les sirènes sont blondes, mais il en est des brunes et des rousses. Portés par l’eau leurs longs cheveux ondulent. Elles ont cette chevelure des anges qui viennent visiter nos rêves. Elles ont une poitrine ronde et ferme, fantasme de tous les garçons grands et petits. Les nuages de poissons ondulent et s’ils sont capables de danser aussi bien c’est qu’ils sont guidés par un chant qu’ils sont seuls à entendre.
Les humains construisent des édifices et des cercueils qu’ils enfouissent au plus profond dans la terre. Ils se prosternent et courbent le front pour obtenir leur pitance. Travail, abnégation, souffrance contre marchandise. Tout s’échange et tout est à vendre, rêves éclatés en petits morceaux: un peu de la fraîcheur des sommets de l’Himalaya dans le dentifrice, un peu de l’odeur des îles du Pacifique dans le savon de la douche.
Le poisson avance vers sa sirène, avec un léger dandinement. Il ondule autour d’elle. Elle lisse ses écailles et il se cambre un instant sous ses caresses. Lorsque sa sirène l’enlace, il part avec elle pour une descente au plus profond de l’océan, pour réapparaître peu après, toujours virevoltant, dansant son mouvement perpétuel, enchaînant les volutes de ses doutes et de ses hésitations. Ni autorité ni contrainte dans la vie sociale des poissons.
Il y a des matins où la solitude perd de sa pesanteur. Elle se déguste avec volupté. Les arômes d’un café allié aux effluves de la mousse à raser, quelques pétarades en moto, et je viens commander un petit déjeuner américain au Royal Tahitien. L’hôtel fait face à la passe de Taunoa. Au loin on distingue Moorea, l’île sœur. Je puis alors combiner des activités diverses qui vont de la contemplation du ciel à l’observation sans concession de mes voisins agrémentée de quelques griffonnages portant sur l’un ou l’autre de ces éléments.
Dans un an environ, je serai à peu près au même endroit. Incertitude sur le temps, certitude quand à l’espace: on peut passer au ras des bouées, mais je sais que je passerai très exactement dans l’alignement de la passe. Tant d’efforts de préparatifs pour aller jeter mon bateau sur le récif, ce serait tout de même un peu con!
Il est encore tôt. Le ciel est gris et nuageux, mais ici il peut changer en un instant. Au bord d’un autre océan et à des milliers de kilomètres un autre restaurant surplombe la mer. Elle et moi nous allions nous baigner à la nuit tombée. En plein été l’eau était encore glacée, prélude au carnage qui suivait lorsque le plateau de fruits de mer était posé sur notre table.
Ce "Rêve d'Antilles" nommé "Viva le vida" entretenait une relation intime avec la rouille quand je l'ai acheté. J'ai jugé que l'importance des travaux en faisait un nouveau bateau et que je ne courais aucun risque suplémentaire en lui donnant le nom d'un vent qui souffle sur la Polynésie: Maraamu. J'étais dans l'ignorance de ce produit des chantiers Amel et je lui ai donné le nom vraiment authentique avec trois fois la lettrea, une marque de mon insouciance par rapport au coût de la peinture pour une lettre suplémentaire.
"Viva la vida" sauvé des eaux lorsque j'ai commencé à le vider de sa rouille et de toutes sortes d'objets inutiles. Quand je l'ai mis au sec il a révélé sa véritable nature. Les fonds étaient recouverts d'une espèce de magma noir.
Quand j'ai frappé un peu fort, mon marteau a traversé la paroi et j'ai pu apercevoir la terre. Pour les soudeurs de Motu Uta ce voilier a été une bénédiction et grâce à eux Maraamu naviguera. Tout cela était il vraiment raisonnable? Je l'ai rebaptisé "Maraamu" sans m'inquiéter des superstitions maritimes mais les copains lui avaient déja donné un nom: "Cauchemar de chantier" Vu de l'intérieur cela fait un peu désordre mais sur le pont on sent que de grandes choses se préparent. Les tauds vont constituer la dernière dépense somptuaire mais indispensable sous le soleil tahitien.
Est-il raisonnable de changer le nom d'un voilier? Ce "Rêve d'Antilles" renommé "Viva le vida" entretenait une relation intime avec la rouille. J'ai jugé que l'importance des travaux en avait fait un nouveau bateau et que je ne courait aucun risque supplémentaire en lui donnant le nom d'un vent qui souffle sur la Polynésie: Maraamu. J'ignorais qu'en France les chantiers Amel avaient donné ce nom à un de leurs produits. Le nom de mon voilier est vraiment authentique avec trois fois la lettre a, une marque de mon insouciance par rapport au coût de la peinture pour une lettre supplémentaire. J'ai sauvé "Viva la vida" des eaux et je l'ai vidé de sa rouille et de toutes sortes d'objets inutiles. Quand j'ai mis au sec son navire a révélé sa véritable nature. Les fonds étaient recouverts d'une espèce de magma noir. Quand j'ai frappé un peu fort, mon marteau a traversé la paroi et j'ai pu apercevoir l'herbe verte de Motu Uta. Ensuite il a fallu souder de larges plaques de métal avant que le voilier ne retourne sur l'eau. Tout cela était-il vraiment raisonnable? J'ai rebaptisé mon chef d’œuvre "Maraamu" sans m'inquiéter des superstitions maritimes mais avec les copains on lui avait déjà donné un autre nom: "Cauchemar de chantier".
Lorsque l'heure sera venue, je n'en mènerai pas large devant mon créateur, je le sais bien. "J'ai fait des trucs pas bien, M'sieur, c'est vrai, mais un jour au moins j'ai fait un truc bien." Voilà il faudra que je pense à lui dire ça, sinon c'est sûr que je risque d'avoir des problèmes. Alors voilà: je suis dans mon bateau à Tahiti, à la marina de Fare Ute précisément. Ne cherchez pas sur les cartes ou sur Google Earth: elle a disparu. Je suis dans mon bateau, affalé sur ma couchette à cause de la chaleur ou occupé à quelque obscure besogne lorsque j'entends un plouf. Quelque chose est tombée dans l'eau. Si c'était la nuit cela pourrait être un gros poisson qui fait des galipettes mais le bruit est inhabituel en ce début d'après-midi. Je sors donc sur mon pont et je jette un œil. Il n'y a pas longtemps qu'il sait marcher le papouse et en ce moment il commence à descendre le petit con. En ce début d'après-midi un bon bain c'est une bénédiction et je l'ai à peine hissé sur le ponton que le petit paquet montre sa bonne santé en braillant. Là j'ai été bien non? Je ne suis pas dupe et même dans l'instant je ne l'étais pas: pas une once, pas un gramme d'héroïsme. Il n'y avait pas la moindre vague, pas le moindre requin à l'horizon. Ce n'était pas "Alerte à Malibu", juste une oreille habituée aux bruits du ponton, au clapot, aux grincements, aux claquements des drisses contre les mats, et puis aux cris des enfants. Ils étaient toujours quelques uns à mettre de l'animation sur les pontons. Celui là s'est aventuré sur une passerelle et il est tombé. Il n'y a jamais eu de drame. De temps à autre un peu de remue ménage, un enfant ou un chat tombé à l'eau, les chats peut être plus souvent que les enfants.
Peut être que certains les poussaient un peu, ces animaux ayant pour habitude de faire leurs besoins sur le pont du voisin. Fare Ute, mon dernier village d'indiens, Atlantide engloutie par des technocrates imbéciles, communauté où j'ai été accueilli, accepté comme membre de la tribu, initié aux rituels et aux fêtes. Dans la marina où je me trouve à présent, on ne croise pas beaucoup d'enfants.
Les voileux sont éparpillés parmi les bateaux à moteur, ces objets que l'on prend le Dimanche comme on prend sa voiture. On se salue et l'on discute un peu, mais ici les bateaux sont plus classes et les propriétaires ont cette bouteille qui va bien avec leurs yachts. Evidemment la tendance pour moi serait de faire partie du lot, mais j'aimais mieux le village où je pouvais jouer le rôle du papy, plutôt que ce genre de club troisième âge. Et sur la photo, l'échelle avec des roues,c'est pour monter à mon bord. Les roues en nylon ont été réalisées par un atelier voisin. Vraiment génial? Faut voir ...
Il y a dans nos marinas ces alignements de bacs en plastique, qui succèdent aux alignements de caravanes et de camping-cars. Les voiliers ont pourtant cette particularité de refléter la personnalité de leurs propriétaires. L’allure de l’objet reflète une histoire, ce qui explique que le prix d’un voilier peut varier selon l’endroit où il se situe. À Tahiti les voilier ont pour caractéristique commune d’avoir traversé au moins la moitié du Pacifique. Si les municipalités ont une prédilection pour l’affichage des yachts de milliardaires, le port de Papeete présentait une mixité sociale quand j’y suis arrivé. Voiliers d’aventuriers, de sportifs ou de milliardaires, chacune de ces unités, était l’expression d’un statut, elle racontait une histoire.
- Bientôt ils vont nous lancer des cacahuètes.
Le temps où j’arpentais le front de mer est maintenant lointain. Pour ce que je peux en voir sur internet cela ne s’est pas amélioré. Le lieu a perdu de son authenticité et il ne reste rien de Fare Ute depuis que les voiliers ont été déménagés sur Faa.
Touche pas à mon petit binet ! Grand émoi dans la marina, on a touché au petit robinet du gnome et il nous a déversé son caca nerveux. Vaguement accrochés à un ponton instable, promis au prochain raz de marée provoqué par le réchauffement de la planète, nous les boat people de Fare Ute, nous les prochaines victimes offertes en sacrifice à El Ninio, nous interrogions le ciel et nous cherchions en vain une nouvelle raison d’espérer.Nous nous désolions d’un ciel désespérément bleu, d’un horizon d’où toute grande cause semblait avoir été bannie lorsque la lumière vint et nous aspergea de ses rayons aveuglants. Le monde cessait d’être une énigme, la vérité nous était révélée et nous étions touchés par la grâce du Gros Binet.Aujourd’hui notre vie a trouvé un sens et nous reconnaissons sa toute puissance à travers la grande diversité des moyens par lesquels Il se manifeste. Quelle est donc l’origine de l’émeute que cet ostrogoth provoque dans la marina?
Il s’agit d’un tuyau que je suis venu raccorder pour alimenter la machine à laver que quelques voisins de ponton viennent utiliser à tour de rôle. J’ai utilisé la partie libre de la dérivation vissée sur le robinet dont l’autre extrémité est utilisée par le petit benêt.
Le seul énoncé de l’évènement comparé à la réaction hystérique qu’il a provoqué touche à la métaphysique. Il m’a pompé une heure de mon temps, une heure à écouter ses obsessions nauséabondes et ses plans crapoteux. En comparaison, ramper sous le ponton pour déplacer le tuyau en barbotant dans l’eau sale, c’était presque une partie de plaisir.Et on peut dire qu’il a de la suite dans les idées, car pour être sûr qu’on n’allait pas toucher à son petit tuyau il nous l’a carrément ficelé, l’immonde!
Certaines traversées qui se présentent sous les meilleures auspices, se transforment en petites tragédies. J’avais passé de très agréables journées à nager et à pécher dans différents mouillages des îles sous le vent. J’avais suivi la course de Vaha qui va de Huahine à Raiatea, puis de Tahaa à Bora Bora. J'avais retrouvé les amis, Manu, Sylvie ... et puis à la fin des vacances, il me fallait rejoindre Tahiti.
Le temps était couvert et un vent assez fort soufflait du sud est. Lorsque j’ai fait le plein de gas-oil à Vaitape, il m’a bien semblé que la jauge du réservoir ne fonctionnait pas correctement. Le vent semblait forcir et je me suis hâté de prendre la passe Teavanui, la seule passe qui existe sur Bora. Lorsque je me suis présenté dans la passe j’ai vu une baleine juste devant mon bateau. Je l’ai vu sonder et j’ai pensé immédiatement que c’était là un signe heureux, un bon présage pour mon Ylang Ylang de retour. J’avais à peine franchi la passe, que le vent a commencé à forcir. Je suis d’abord parti au nord est pour contourner la pointe nord de l’île, et puis je me suis retrouvé à devoir remonter au vent sous la pluie et dans une forte houle.
J’avançais difficilement et j’ai eu le plus grand mal à doubler la passe Vaitoto. Comme j’avançais difficilement, j’ai mis le moteur. Je commençais à avoir des doutes sur la tranquillité de mon Ylang Ylang. J’avais l’intuition que quelque chose n’allait pas. Il me semblait percevoir une odeur de gas-oil. Quand j’ai jeté un coup d’œil à l’intérieur du bateau, j'ai constaté avec effroi que la fixation du presse étoupe avait lâché. L’eau rentrait à présent à grand débit en aspergeant le moteur. J’ai coupé le moteur et avec une petite masse, j’ai renvoyé le presse étoupe dans son logement. Le moteur était devenu inutilisable. Lorsque j’ai voulu revenir à la barre, je suis tombé car le sol du carré était devenu glissant. La houle brassait un mélange d’eau et de gas-oil à l’intérieur du bateau. La pompe de cale ne s’était pas déclenchée. Les malheurs s’enchaînaient et transformaient ma traversée en cauchemar. L’eau avait inondé les fonds et avec la gîte toutes mes affaires étaient souillées par le gas-oil. L’explication n’était que trop évidente. Je stocke du gas-oil dans la quille du voilier. L’étanchéité du réservoir n’était sans doute pas bonne et le gas-oil avait débordé lorsque j’avais fait le plein à Bora Bora. Je ne parvenais pas à remonter au vent. Le vent était trop fort et j’étais déporté vers l’ouest. Lorsque la nuit est tombée je n’avais pas beaucoup progressé. J’étais passé au sud-ouest de Raiatea. Je ne pouvais plus faire un pas à l’intérieur du bateau sans risquer de tomber et l’odeur de gas-oil me soulevait le cœur. A l’époque je n’avais pas de régulateur d’allure, seulement un petit pilote électronique. La houle et le vent étaient trop forts, il me fallait rester à la barre. J’ai commencé à comprendre les dangers qu’entraîne la préparation insuffisante d’un bateau, tandis que je voyais la durée de ma traversée s’allonger, car j’avançais assez vite, mais dans la mauvaise direction.
La houle restait assez forte. J’avais stocké cinq mètres de chaîne dans une bassine attachée au pied du mat. A un moment la bassine a rebondi sur le pont. Elle a éclaté et la chaîne a filé par dessus bord avec un cliquetis sourd sur le métal du pont. Une poignée de bassine en plastique au bout d’une ficelle: encore une dépense inutile. Et puis des coups sourds ont résonné sur la coque. Je n’avais pas attaché mon ancre. Je m’étais contenté de la tension du guindeau. La chaîne s’était dévidée puis elle s’était coincée. La longueur était suffisante pour que l’ancre vienne battre contre la coque avec un grondement sourd.Je me suis assis à l’avant du bateau, éclairé par un feu rouge et un feu vert. Je rebondissais et je m’accrochais du mieux que je pouvais. J’étais trempé par les vagues mais je tirais comme une bête sur ma chaîne en gueulant comme un fou. La mer offre cette opportunité de se donner en spectacle sans témoins. Finalement à cœur vaillant rien d’impossible et j’ai fini par remonter mon ancre. Lorsqu’on se retrouve dans le bouillon, il est trop tard pour faire acte de contrition. Il n’y a plus qu’à assumer le manque de préparation.
J’ai passé quatre jours sans pouvoir rentrer dans mon cockpit sauf pour prendre de quoi manger avant d’atteindre Tahiti. Lorsque le temps est mauvais on a l’impression que cela ne finira jamais. Et puis la houle se calme, et l’on avance dans une gentille petite brise. J'ai pu écoper l’eau à l’intérieur. J’avais été déporté à l’ouest de Maiao et il m’a fallu encore tirer des bords avant de voir apparaître les côtes de Tahiti. Quand je suis arrivé j’étais cuit par le soleil, j’avais les mains abîmées, les fesses endolories, des bleus un peu partout, et un grand besoin de sommeil. Lorsque j’ai pu rentrer dans le port de Papeete dans la soirée, j’ai jeté l’ancre devant le temple protestant. J’ai déployé mon taud et j’ai dormi jusqu’au lendemain matin. Des mois plus tard, et malgré tous mes efforts, il arrivait que mon entourage se plaigne de l’odeur dégagée par mes vêtements et mon droit d'utiliser la machine à laver commune avait soulevé quelques contestations.Ce Ylang Ylang mouvementé a été très instructif sur la nécessité de bien préparer un bateau. Le temps est beau et porte à l’insouciance. On ne s’intéresse qu’à des détails futiles lorsque les problèmes surviennent. Pourtant je ne garde pas un mauvais souvenir de cet épisode. Il en est même résulté une certaine dose d’optimisme, car il m’a semblé que je pouvais difficilement rencontrer pire, bien qu’à la réflexion il m’a semblé depuis que la nature pouvait être encore moins clémente et que les difficultés rencontrées tenaient surtout à l'imprévoyance. L’avenir nous tend ses joues roses. Il semble que la traversée sera joyeuse avant que l’orage ne se déchaîne. De même certaines femmes se présentent sous une apparence tranquille avant de se révéler: de véritables monstres. Les plus grands dangers ne sont pas sur la mer.
Jules ressent de la curiosité plutôt que de l'envie dans le domaine de la jouissance physique. Avec l'âge son épanouissement s’est déplacé du côté cérébral. Il conserve les meilleurs parmi les souvenirs de ses relations passées. Il garde une mémoire assez précise de ses relations avec les femmes. Son bilan comporte de longues périodes de solitudes, elles tendent à s'éterniser. Il est parvenu à un stade où ses histoires amoureuses sont essentiellement celles du passé. Elles sont quelques unes à avoir eu de l'importance et à être toujours présentes dans son quotidien. La perspective de vieillir seul ne lui parait pas enthousisamante. C'est un peu comme une croyance en dieu, il aimerait croire qu'une magnifique créature sera demain à ses côtés, mais cela ne recèle aucun caractère d'urgence.
Certains historiques sont de magnifiques monolithes, le sien est plutôt composite. L'attirance physique a toujours tenu la première place. Au nom d'une spontanéité dans la rencontre il a toujours ignoré les conventions sociales. Il a souvent ignoré le niveau culturel dans les débuts d'une relation pour trouver ensuite certaines ignorances insupportables. Dans ses démarches il n'a jamais avancé en conquérant, il a toujoujours douté de pouvoir être accepté.
La relation amoureuse connaît une évolution dont les premières étapes sont marquées par un profond idéalisme. Elle est également le fruit d'une éducation. Vivre une idéalisation extrème des femmes à l'opposé des valeurs transmises par des traditions machistes n'est pas une expérience enviable. Quand les folles et les nécessiteuses devienent abordables, un retour au réel et la recherche d'un alter ego saint d'esprit devient nécessaire.
Une question demeure. Toute son indulgence était-elle vraiment raisonnable?Indemnité pour avoir REFUSE FECONDATION IN VITRO
SABAT. UNE ANNÉE SUFFIT A PEINE. ROSE Raiatea Moto Uturoa Quand t'as vu un lagon ...
"Small is beautiful” , les Personal Computers étaient apparus et Internet émergeait. Le partage et la gratuité n'étaient pas encore des utopies. Les gens venaient chez nous pour utiliser le traitement de texte ou pour imprimer un C.V. Parfois un touriste de passage à Nantes venait consulter ses mails. Les tarifs pratiqués permettaient de couvrir les frais. À cette époque les sapiens ne restaient pas dans un état de sidération devant leurs téléphones portables: ils n’en avaient pas. Mon Gsm était encombrant et il me servait uniquement à téléphoner.
C'est un de mes étudiants qui m'a initié au langage de balises Html. J’ai écrit les pages du site « Asparmic » avec mes connaissance de l’époque. Xml paraissait plein de promesses…

Jules a obéi à une horloge précise. 1949 à 1969 cela fait 20 ans d’une enfance maritime. 1969 à 1999 font 30 ans pour prendre sa place dans le trafic et prendre racine dans le terroir nantais. Et puis il faut bien vérifier si oui ou non l’herbe n’est pas plus verte ailleurs.
L’atavisme s’est manifesté et en 2000 le nouveau siècle aura été pour Jules le début d’une ère nouvelle où le voilier a pris toute sa place comme objet d’expérimentation et de découverte.
L’atavisme s’est manifesté et le nouveau siècle aura été pour moi le début d’une ère nouvelle où le voilier a pris toute sa place comme lieu d’expérimentation et de découverte.
Une interrogation m’est venue alors même que mon âge avait atteint un demi-siècle. Aujourd’hui, si je fais une comparaison avec les préoccupations de mes contemporains, je suis surpris de voir que le thème de la retraite ait pris un caractère mono-obsessionnel. Je n’étais aucunement préoccupé par la question de ma future survie matérielle, une seule question m’importait: l’herbe est-elle plus verte ailleurs?
Paco Rabanne avait prédit la fin du monde avec la fin du siècle. L’éclipse de Lune du 11 août 1999 devait marquer la fin du monde avec la fin du siècle . Fin août j’ai pris l’avion pour Tahiti. La grande frayeur du bug de l’an 2000 avait été médiatisée mais c’est la tempête Lothar qui a frappé le nord de la France pour marquer la fin du siècle.
En août 1999 j’ai pris un avion pour Tahiti et j’ai eu une réponse à ma question: l’herbe n’est pas plus verte qu’ailleurs et les îles de la Société sont envahies par toutes sortes de plantes exogènes. Pourtant il reste difficile de trouver un territoire plus éloigné géographiquement, ce point minuscule sur la carte situé aux antipodes du territoire des gaulois existe seulement dans l’esprit et dans le cœur de ceux qui y ont connu amour ou amitié. Ici l’herbe n’y est pas plus verte qu’ailleurs, mais il y pousse une herbe dont on partage la fumée, un pakalolo d’une qualité exceptionnelle. Peu après mon arrivée j’ai acheté un “Rêve d’Antilles”, j’ai toujours été attiré par la rouille et ce voilier en était largement pourvu. Et puis ce nom avait un caractère prémonitoire.
Tahiti a marqué un tournant dans mon existence. Jusqu’alors j’avais adopté une position verticale à proximité du méridien de Greenwich et je me satisfaisais de vivre en la ville de Nantes, un territoire aux confins du territoire des Celtes. C’était à l’issue d’un périple marqué par des étapes qui sont autant de points que l’on peut relier par un trait pour former une sorte de point d’interrogation: Dakar Kenitra Toulon Cherbourg Brest Lorient Nantes.
J’avais une prédilection pour les maquettes de bateaux de pêche. Dans les années soixante les bateaux destinés aux croisières de luxe, le Queen Mary ou le Queen Elizabeth venaient faire escale dans le port de Cherbourg où mon père commandait une escadrille de bateaux aux noms d’étoiles: Sirius, Aldébaran, Castor ... Éric Tabarly servait sur le dragueur de mines Cassiopée et il préparait sa première victoire en solitaire.
Les ports d’Afrique du temps des colonies, c’est un itinéraire classique pour les enfants d’un officier de marine qui déménagent fréquemment. Ces fréquents déménagements permettaient une découverte de lieux toujours nouveaux mais comportaient une difficulté pour garder des amis à une époque où le téléphone était réservé aux adultes. J’ai longtemps contemplé la mer depuis mes fenêtres, avant de décider de prendre racine à Nantes.


Port Louis
Larmor Plage
Vente de chouschous

Devenu Lycée militaire
Scientifique ou littéraire, c'était la grande question qui tourmentait mes parents. Leur histoire d'amour avait débuté à l'école et ils avaient opté pour le latin et pour le grec. Je n'avais pas une volonté farouche de réussite dans mes études. J'avais opté pour une stratégie qui me permettait de me maintenir à un niveau passable. Quand je suis entré au Lycée Naval de Brest ma réussite au concours d'entrée a été une surprise pour mes parents, mais bien davantage pour moi-même. J'ai donc suivi une première scientifque.
Je n'avais pas une grande passion pour les sciences. Je me sentais davantage familier du domaine des lettres et des idées. J'avais établi de bonne heure mes repères dans la bibliothèque de mes parents. Je piochais dans cette réserve en suivant mon intuition. Je pouvais briller en lettres dans les classes scientifiques et je devenais un grand scientifque dans les classes à dominante littéraire. En m'appuyant sur les mutations de mon père je franchissais les niveaux en changeant d'option sans grands efforts. Pour l'année du baccalauréat j'ai fait un début d'année scolaire dans une terminale scientifique et je suis passé dans une terminale littéraire au lycée de l'Harteloire à Brest après avoir déclaré un besoin irrépressible d'étudier la philosophie auprès du Commandant du Lycée Naval.
Mon apétence pour la philosophie n'a pas été appréciée. J'ai été convoqué par un psychiatre appartenant à cette hiérarchie militaire qui m'a déclaré à l'issue de quelques tests que mon choix pour la philosophie n'était pas le bon. Je savais que mon obstination se fondait surtout sur une rébellion envers l'autorité. Comme j'ai persisté j'ai obtenu mon retour dans un lycée civil. Tandis que mes copains étaient consignés dans leur lycée militaire, j'ai connu de grands moments d'exaltation en haranguant mes camarades de classe durant la période de mai 68.
L'été 1967 avait été pour moi une période intense de découvertes.
La résidence Chantereyne va bénéficier d’une réhabilitation totale: de maintenant à septembre 2021 pour les tours Dumont-d’Urville et Jean-Bart, puis de mai 2021 à mars 2022 pour les tours Surcouf et Duquesne. (©Jean-Paul BARBIER)
À Toulon nous allions à la plage. Il a fallu changer nos habitudes quand mon père a été muté à Cherbourg. Nous sommes arrivés au bon moment pour suivre le tournage des parapluies de Cherbourg. Je garde le souvenir d'une période tranquile. Nous habitions la tour Duquesne qui cotoyait les tours nommées Dumont-d'Urville, Surcouf et Jean Bart, officiers et corsaires renommés. Mon père commandait une escadrille de cinq dragueurs de mine qui portaient des noms d'étoiles. Éric Tabarly servait sur le Cassiopée. Il avait été invité à la table familiale et ma mère s'inquiétait de savoir s'il avait prévu de la lecture pour sa prochaine et première traversée en solitaire.
Depuis ma fenêtre j'avais vue sur le Queen Mary ou le Queen Elizabeth dont les cheminées restaient illuminées durant la nuit. J'étais âgé de quinze ans et le bras de Napoléon sur sa place cherbourgeoise me montrait la direction à suivre.
Les bateaux m’ont toujours passionné. Ce goût s’est d’abord traduit par un alignement de maquettes sur le dessus de mon armoire. A côté des maquettes en plastique je posais des maquettes de bateaux de pêche réalisés avec un Opinel et un morceau de bois. J’étais obstiné mais pas toujours habile. Je m’entaillais régulièrement les doigts et mes coques et mes doigts prenaient parfois la couleur du sang. Mon outil de travail, mes mains, faisaient défaut pour un temps, je devais attendre que cela cicatrise.

Toulon Le Mont Faron
Instit qui tire les oreilles des certificats d'étude
Entree au lycee. Il y a des filles
je suis Mr Brun dans partie de cartes de Pagnol
À Toulon j'accompagnais mes soeurs à l'école du Dimanche au temple protestant. De famille catholique, mon père s'est intéressê à la religion sur le tard. Il s'est alors investi dans des démarches oecuméniques et il a milité au sein d'une ONG "Action des Chrétiens pour l'Aboloition de la Torture".
J'ai connu l'école primaire à Toulon. Les enjeux essentiels et le prestige se confrontaient dans les jeux de bille. Lors des récréation j'éprouvais une passion pour la bagarre et je m'en sortais bien lorsque mes êcorchures aux genoux restaient dissimulês par un pantalon exempt de trous. Nous habitions le Pont du Las. Sur la place voisine il y avait les jours de marché. Les étals se remplissaient de tous les produits de la Provence. Je ne pouvais pas prétendre au pastis à l'ombre des platanes, mais je conserve le goût de la pissaladière. Le marché se terminait en apothéose par l'arrosage de la place.
Quand l'autoroute vers Marseille a été construit devant notre immeuble toute cette tranquilité s'en est trouvée perturbée. Les jeunes gars qui passaient sur leurs scooters avec une passagère en croupe, nos héros des Trente Glorieuses nous montraient la voie du progrès. Ma mère conduisait une 11CV Citroën avec laquelle elle nous emmenait à la plage.
//////// image 11 cv Citroëne ////Le Clémenceau
Sifflet quand le Commandant franchit la passerelle. Papa de garde le Dimanche.
Local des êclaireurs marins dans un bateau
J'ai pas tué, j'ai pas volé
J'voulais courir la chance J'ai pas tué, j'ai pas volé J'voulais qu'chaque jour soit dimanche Je m'souviens ma mère pleurait "T'en vas pas chez les filles Fais donc pas toujours c'qui t'plait Pour les prisons y a des grilles" Un jour les soldats du roi T'emmeneront aux galères Tu t'en iras trois par trois Comme ils ont emmnené ton père Tu auras la tête rasée On te mettra des chaînes T'en auras les reins brisés Et moi j'en mourrai de peine Toujours, toujours, tu rameras Quand tu seras aux galèresLe galérien Maurice Druon
Départ de plage raté. On rame dans le vide. Canote qui prend l'eau

Élevé à la dignité de maréchal de France en 1921, Hubert Lyautey ne quitte le Maroc qu'en 1925, après avoir ecarté la menace des forces d'Abd El krim dans le Rif. Opposé au gouvernement français dans la conduite de ces opérations dans le Rif, il est désavoué par celui-ci à son retour en France.
Au début des années 1930 la ville de Kénitra au Maroc prend le nom de Port Lyautey, du nom de Louis Hubert Lyautey, premier général résident français. L'installation d'une base d'aéronautique navale est envisagée par la marine, dans une boucle du fleuve Sedou, en retrait de la mer, sur la route de Rabat à Tanger. En juin 1932 la base de port Lyautey est créée et deviendra rapidement une des bases principales de la marine en Afrique du Nord. Le déclenchement de la seconde guerre mondiale va profondément bouleverser l'existence de la nouvelle base.
En 1940, tout juste opérationnelle, la BAN va accueillir des hydravions repliés de métropole et permettre l'installation de nouvelles formations basées à terre. En 1941 et 1942 elle connait une période d'activité réduite due aux conditions d'armistice. En novembre 1942, les alliés déclenchent l'opération Torch, la BAN de Port Lyautey sera le théâtre de violents combats entre les forces américaines et les marins aviateurs restés fidèles au gouvernement de Vichy. Après avoir été conquise, elle passe sous contrôle américain et devient à partir de 1943 la plate-forme principale des opérations menées par l'US Navy contre les sous-marins allemands en Atlantique.
Partiellement restituée à la France en 1948, elle renait sous forme d'une BPAN avec la présence d'une école d'application au pilotage (escadrille 55S). Les américains conserveront néanmoins une partie des installations de la base, dans un contexte de cohabitation pas toujours aisé pour les uns et les autres. En 1960 la BAN Port Lyautey devient brièvement une base école de la chasse embarquée.
Elle est remise aux forces royales marocaines en 1962, vingt-trois ans après sa création.
Sources: Source: ARDHAN
et à Kenitra c'était Djema.
J'y ai connu mes premières confrontations avec la transmission du savoir. Le grand-père maternel a dompté ma nature de gaucher. Cela ne se faisait pas dans la douceur et j'ai toujours gardé une profonde aversion de l'utilisation de ma main droite pour écrire. Je me souviens d'épisodes généralement pénibles de feuilles barbouillées et de mains tachées d'encre. J'ai utilisé les bancs d'école de la Charente Maritime et de Port Lyautey. Je n'ai pas de souvenirs précis de cette période mais j'ai retrouvé l'immeuble où j'avvais vécu quand je suis revenu dans cette ville qui avait retrouvé son nom de Kenitra dans les années 70. Le portail et la cour de l'immeuble m'ont paru beaucoup plus petits, grandir c'est aussi changer d'échelle.

La retraite aux flambeaux.
Les racines famililaes s'ancrent dans les Charentes. J'ai gardé le souvenir de réveils au son du martélement du marteau sur l'enclume dans le petit village d'Aulnay. J'étais fier de mon grand-père et de sa maitrise de la forge et des chevaux. Il avait un sens du bien et de l'honneur. Il avait transmis à ses enfants des valeurs morales qui étaient celles de l'époque et cela a déterminé mon père à choisir sa carrière d'officier de marine.

La victime et le coupable ne sont peut-être qu’un seul personnage raconté dans deux versions différentes. Le reste est littérature.
Avec la fonctionnalité Google Maps Timeline, je retrouve le rappel de mes déplacements, les cartes, les distances parcourues et les photographies des lieux visités au cours du dernier mois. Je me réjouis de constater que je bouge peu au terme d’une vie pourtant marquée par une grande mobilité. Cette précision extrême sur mes déplacements récents souligne l’immensité de mon ignorance concernant les itinéraires de mes premières années. Je garde le souvenir de quelques lieux, de vagues images de villes, de maisons et d’appartements, de visages d’amis et de parents, mais presque rien de ma petite enfance.
Je suis né à Dakar, comme l’atteste mon acte de naissance. Cette période fut marquée par de nombreux déménagements dans différentes villes d’Afrique.
Mes parents avaient le sentiment d’appartenir à une catégorie à part, éloignée des bourgeois comme des prolétaires. L’attachement de mon père à la Marine était extrême. Il la considérait comme une seconde famille, un corps d’armée supérieur aux autres, à l’exception de l’armée de l’Air, dans laquelle il avait également servi.
Les vacances scolaires étaient rythmées, du côté maternel, par les problèmes de robinets et les leçons de morale chez les grands-parents instituteurs de La Rochelle. Du côté paternel, les enfants jouissaient au contraire d’une grande liberté: nous vagabondions dans les champs et sur les routes avec le grand vélo du grand-père.
Mes parents étaient des humanistes. En accord avec les valeurs du patriarcat, la parole revenait au père. L’éloignement lié au métier de marin renforçait son autorité. Son épouse servait d’intermédiaire, transmettant ses volontés et exerçant cette autorité déléguée lorsqu’il partait en mer pour des exercices.
Lorsque la Seconde Guerre mondiale éclata, mon père rejoignit les forces alliées. Il servit sur un croiseur avant de devenir pilote dans l’aéronavale. Le porte-avions représentait pour lui l’accomplissement de ses passions. J’ai souvent eu du mal à reconstituer la chronologie et les lieux de son parcours. Mon père exprimait ses convictions, mais ne ressentait pas le besoin de raconter son histoire.
À Dakar, il y avait Godens. Ma mère évoquait toujours avec affection les personnes qui l’aidaient dans les tâches ménagères. Le respect allait de soi.
Au Maroc, à Kénitra, le concierge de l’immeuble, qui habitait au rez-de-chaussée, cassait un pain de sucre à la hache pour préparer le thé. Les enfants ont gardé un souvenir impérissable de son accueil et de celui de son épouse.
La guerre d’Indochine puis celle d’Algérie furent deux épisodes traumatisants pour mes parents. Pour moi, la guerre restait une menace diffuse, inscrite dans le champ des possibles sans être une simple hypothèse. Cette crainte s’est ensuite estompée durant la période bénie qui a suivi. Aujourd’hui pourtant, le spectre de la guerre réapparaît dans un climat où prospèrent les nationalismes et les discours racistes ou xénophobes, entretenus par des dirigeants qui utilisent la peur comme instrument politique. C’est une perspective que je considère comme une abomination.
Par le passé, j'ai fait partie des élus qui écrivaient leurs messages en lettres blanches ou jaunes sur un fonds qui pouvait être vert ou noir. À l’époque le GodGold manifestait son assentiment auprès de son peuple, une infime minorité composée d'individus au teint pâle, une secte selon les uns, des sorciers détenteurs de mystérieux pouvoirs selon les autres. Les élus avaient d’abord construit d'énormes machines pour capter la toute puissance binaire. Ils avaient ensuite réduit la dimension des boîtes. Enfin les apôtres étaient parvenus à assembler des circuits en hommage à sa majesté digitale.
« Ok », tel était le message du GoodGold, le manifeste de la toute puissance d'un esprit en accord avec lui-même.
La rareté des paroles en fait tout le prix. Je me suis accoutumé à vivre loin du bruit et souvent. je préfère la compagnie de ma machine à celle des hommes. Durant de longues heures je reste prosterné sur le clavier de mon Compacteur afin d’écrire des textes destinés à illuminer le monde.
Chaque nuit offre un asile, une évasion de la conscience, un prélude à l’écriture d’histoires nouvelles. Où en étais-je? Le simple énoncé de cette question, de cette lourde évidence qui veut qu’aujourd’hui est le lendemain d’hier, marque le début de chaque journée d’une inquiétude. Que reste t’il de la journée d’hier dans ma mémoire? Qu’a t’on voulu y imprimer? A quelles manipulations les marchands du temple se sont-ils livrés pour encombrer ma cervelle?
Mon code a pour but de créer le cadre dans lequel je présente mes récits. Il s’agit encore d’écrire. Le style c'est aussi une taille de caractères, une couleur de fonds d’écran, des chaînes de caractères qui voisinent des images. Les fonctions s'accumulent. Comme les corrections sont toujours possibles, cela n’est jamais terminé. Le moment vient pourtant où la fonction répond à l’objectif qui avait été établi. J'apprécie cette forme de combat. C’est une organisation dont je définie les règles, c'est une ascèse. Je reste tendu vers un but et je suis une progression qui rythme chacune de mes journées.
En définitive je dois me soumettre au jugement du GoodGold.
GoodGold est intransigeant dans le choix de ses disciples. Ils lui doivent une obéissance absolue. GoodGold détient ce pouvoir qui lui permet de faire apparaitre les uns et disparaitre les autres selon les dures lois du référencement. Je dépense une énergie considérable pour que mon dieu reconnaisse la beauté de mon style et la concision de mon code.
Il faudrait que je me soigne mais Bertheloult est surchargé.