Grains à moudre

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Ariane s'envoie en l'air

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Page 1 - Miss Ylang Ylang

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1 - 30 octobre 2020

... Elle est loin maintenant, pourtant Thomas ne cesse de penser à Miss Ylang Ylang, à ses longues jambes et à son parfum. Toujours vaillante, décolant sur les vagues et retombant toujours bien dans son axe. Compagne des douces brises des alizeés et alliée sûre dans les tempêtes.

Page 2 - Organisation simple

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1 - 1er Novembre 2020

... Thomas suit une organisation simple. Ce Dimanche 1er Novembre est le premier jour d'une série de trente. Il prévoit trente rubriques dans ce dossier et chaque rubrique fera le compte rendu de la progression de l'écriture des pages du site. Son écriture comporte deux volets et depuis quelques semaines déjà c'est surtout la partie code qui domine. Il a une activité de moine copiste. Avant toute expression dans un langage intelligible à l'oreille humaine il doit produire les enluminures qui lui permettront de prétendre à l'esthétique. Cela ne se résume pas au choix d'une police de caractères, c'est un ensemble de problèmes qu'il lui faut résoudre pour aboutir à une production qui s'affichera sur son écran avec les qualités d'un objet numérique.
La première vertu et la première contrainte de l'écriture du code c'est de pouvoir être améliorée à l'infini. Thomas écrit uniquement pour un site qui est le sen et cela dure maintenant depuis plus de quinze ans. Cela représente un nombre de lignes de code considérable. Le nombre de lignes effacées est infiniment supérieur au nombre de lignes de code de son site actuel, même s'il lui est arrivé de ne pas produire une ligne durant des mois ou même des années. Avant qu'elles ne se perdent dans son oubli il fait l'inventaire des questions qu'il a dû résoudre dans les dernières semaines, du moins celles qui lui ont pris le plus de temps :
Pour présenter son site dans différentes langues il a utilisé des images dans le passé. Les petits drapeaux sont une solution bien pauvre et surtout inexacte, à moins que l'on ne souhaite pas être lu en dehors d'une zone qui ne dépasse pas les limites du territoire national. En fait la langue dans laquelle le titre est écrit est un marqueur suffisant. Par contre il lui a paru souhaitable de pouvoir passer aisément d'une langue à l'autre. Il a finalement retenu un moulin à café qui allie modernité et tradition. Il se trouve justement que durant cette dernière période sa majesté GoodGold s'est bien embrouillée sur cette question des langues. D'où des résultats de recherche perturbés qui ont quelque peu secoué le classement. C'est sans doute la raison pour laquelle son site a atteint 417 impressions sur la Google Search Console le 16 septembre pour retomber immédiatement dans l'oubli.
Comme il faut bien trouver des vertus à ce confinement, Thomas s'astreint à un objectif de mise en ordre. Dans la catégorie site internet cela se traduit par des éliminations. En ce qui concerne le code il faut consentir à des abandons. Ils sont chronophages quand ils remettent en cause l'organisation de ses fichiers XML. Il avait considéré pour un temps qu'il pouvait accéder à ses pages en présentant trois images à l'écran, celle de gauche pour le texte passé, celle de droite pour le texte à venir et celle du centre pour le texte en cours de lecture. Cela peut convenir et c'est assez facile à mettre en place, mais il lui a ensuite semblé que cette démarche venait en contradiction avec un accès aux rubriques de ses pages principalement basé sur le jeu.

2 - 2 Novembre 2020

... La nouvelle version a été transférée après une impitoyable cure d’amaigrissement. Thomas a fait passer à la trappe toute la partie voyage et voilier. Ce n’est pas un renoncement à de futurs voyages, plutôt un souci de cohérence. S'il veut développer la visibilité de son site il ne doit pas s’éloigner de son thème principal. Le récit de voyage est une variante du récit interactif, mais comme il souhaite traiter des intrigues policières son stock de photos d’îles et de lagons ne se prête pas vraiment à l’exercice. Il préfère garder intacts ses souvenirs de Miss Ylang Ylang.

Il s'agit de mettre des fichiers permettant de traiter une intrigue, un crime, des suspects ainsi que les choix permettant de désigner un ou plusieurs coupables. C’est ce thème qui sert de base à la plus grande partie de la production littéraire et cinématographique, et Thomas se laisse porter par le courant. Il a juste ajouté des icônes et des boutons à la présentation. Le jeu repose sur un principe selon lequel le joueur trouve les ressources qui vont lui permettre d’avancer dans sa lecture. Comme il faut une première ressource, Thomas s'en est tenu à la Genèse. Après avoir croqué la pomme, le joueur doit se mettre au boulot. La page qui gère les suspects fonctionne uniquement avec des fonctions Javascript et le texte reste à écrire. Qui a tué un certain J.C. ? Les réponses de l’église ne me sont pas tout à fait étrangères et la question à sans doute un caractère blasphématoire. Elle a au moins le mérite d’alimenter Thomas en grains à moudre.

3 - 3 Novembre 2020

... Qui a tué J.C. ? Thomas a terminé l'écriture des fonctions qui permettent de choisir les coupables parmi les suspects et d’attribuer un gain par réponse exacte. VielAbram, Ève,Adam, Judas ... il a fait un lot de douze et il a écrit quelques fonctions qui permettent de confronter les choix du joueur aux choix de l’auteur du jeu, c’est à dire lui-même. La liste n’est pas exhaustive et aucune réponse ne rentrera jamais dans un schéma cohérent puisque la mort du Christ échappe par définition à la justice humaine. Thomas traîne quelques textes sur ce thème depuis fort longtemps déjà mais le sujet lui a toujours semblé particulièrement difficile. Il est pourtant particulièrement riche avec la quantité considérable d’histoires surréalistes contenues dans la Bible. Ce n’est pas ce réservoir d’histoires qui lui a fait choisir ce thème, mais c’est l’option ludique de mon texte. Comment démarrer une histoire dans laquelle le joueur doit disposer de ressources pour sa progression ? Selon Thomas notre univers mercantile nous éloigne constamment d’une évidence : les seules ressources qui sont bien réelles sont les ressources de la nature. Les autres items sont soit des objets issus de la nature, soit des symboles destinés à assurer la répartition de ces objets, alors même que la nature elle-même est devenue un objet commercial. La monnaie utilisée dans ses jeux a d’abord été le Sou. Il a ensuite opté pour le Libra, la monnaie Facebook pour son caractère numérique et universel. Par contre il a dû constater que cette monnaie rencontre une grande défiance. Et puis Thomas distingue les opérations en espèces sonnantes et trébuchantes des mouvements bancaires. Il lui a donc fallu choisir un terme qui puisse se traduire graphiquement. Tune, Oseille, Flouze, Pépette ... son choix s'est fixé sur les Ronds. Après tout cela distingue ce numéraire par sa forme. Comme un sou n’a jamais été carré, il s'en tient là pour l’instant, sachant qu’il suffira de quelques clics pour modifier le nom de la monnaie dans ses pages. Il lui faut aussi contrôler ses balises meta, ses keywords et autres hreflang destinés à complaire à sa majesté GoodGold. Ce jeu là ce n’est vraiment pas celui qu'il préfère, mais c’est absolument nécessaire avant le prochain transfert.

4 - 11 Novembre 2020

... Cela fera bientôt une semaine qu’il n’a pas rédigé de compte-rendu. La difficulté ne vient pas d’une absence d’activité, bien au contraire. Cela fait fort longtemps qu’il ne s’était pas ainsi immergé dans son travail de programmeur. Comme il ne travaille pas pour une entreprise, il n’est pas soumis à des contraintes, il définit chaque jour ses objectifs. Comme il n’a pas de comptes à rendre il travaille juste pour le plaisir de voir apparaître ses pages à l’écran, telles qu’il les a prévues. Cela tient à la fois du jeu d’échecs et de la plongée sous-marine. Une façon d’oublier un quotidien qui n’est pas vraiment séduisant en ce mois de Novembre 2020. Puisqu’il est devenu difficile de voyager autant trouver de nouveaux domaines d’exploration. Thomas doit d’abord terminer les récits en cours, mais il découvre de nouveaux domaines. Il y a ce code de chatbot qui devrait permettre de renouveler l’intérêt du récit, mais il faut appliquer une formule bien connue du programmeur : on verra cela plus tard. Lundi il s’agissait de faire un peu de ménage dans les fonctions qui gèrent les dossiers. Le mardi à été consacré à la mise au point du jeu de poker. Le mercredi il a travaillé sur les fonctions qui permettent de naviguer entre les étages d’un immeuble. La journée de demain sera consacrée à un jeu qui consiste à simuler l’activité d’une entreprise. Ou bien il s’agira d’introduire des vidéos dans le cours des récits, cela dépendra de l’inspiration du moment. Cela change de la vie au grand air. Thomas est confiné dans son bocal et il contemple le monde à travers le prisme de son écran. Il sort juste pour acheter de quoi s’alimenter. Quand on se fixe des objectifs ambitieux on a plus de temps pour rien. Thomas n’a même pas déballé le paquet qui est arrivé Lundi dernier. Cette chose ne doit pas faire partie des objets de première nécessité. Avec ses gros clins d’œil le livreur d’Amazon devait supposer qu’il s’agit d’une poupée gonflable. D’après la taille de l’objet cela pourrait être à peu près cela. Là encore Thomas s’en tient au même principe : il verra cela plus tard.

5 - 15 Novembre 2020

... Il se passe des choses bizarres dans cet appartement. Cela a commencé après son implémentation du Chatbot. Cela n’a rien à voir avec les sollicitations habituelles de son Compacteur. Il reçoit de plus en plus de messages qui lui intiment de lire tel article politique ou qui lui conseillent d’acheter certains produits. Il y a aussi tous ces avertissements qui le mettent en garde contre des virus en tous genres, dangereux pour lui-même ou pour son Compacteur. Tout cela n’est en fait que le fonctionnement normal de son univers et ces phénomènes font partie des intrusions habituelles. Cela avait été l’appréciation de Thomas jusqu’alors. La relation de Thomas avec le monde extérieur est devenue assez ténue. Il exerce un contrôle sur le monde qui l’entoure le plus immédiatement. Grace au Compacteur il a construit un univers où règne l’ordre et l’harmonie, un monde organisé grâce aux différents dossiers qui lui permettent de régner sur son environnement. Pour la partie esthétique il dispose d’un répertoire CSS et des fichiers parfaitement organisés pour contenir toutes les images nécessaires à l’illustration de ses projets. Les données soumises aux règles d’une structure XML sont parsées par des algorithmes sophistiqués écrits en Javascript. Thomas évolue dans ce domaine avec un sentiment de liberté qui doit être à peu près équivalent à celui d’un poisson rouge dans son bocal. En ces temps difficiles on a les amitiés qu’on peut ...

Il y a toujours des objets qui ne fonctionnent pas. Ainsi malgré les sommes considérables que fait payer le syndic de l’immeuble, l’ascenseur est régulièrement en panne. Comme l’exiguïté de l’appareil oblige à une promiscuité, Jules se réjouit de pratiquer un peu d’exercice.

La panne fait parie de la vie de l’objet, mais depuis quelques jours les choses sont devenues bien plus inquiétantes. Thomas faisait un rêve très agréable quand le Compacteur s’est mis en route en pleine nuit. Le Compacteur est posé sur un bureau tout proche. Quand Thomas interrompt son activité de bagnard il le laisse en veille, mais il l’éteint toujours le soir. Comme le Compacteur fait toujours du bruit lorsqu’il se réveille cela a alerté Thomas. Il a oublié d’éteindre ? Ou bien il s’est réveillé en pleine nuit pour terminer une page de code ? Impossible, quand il ne dort pas Thomas fait tourner les algorithmes dans sa tête, il préfère rester blotti dans la tiédeur du lit. Et puis il y a eu tous ces événements qui ont amené Thomas à s’interroger et à s’inquiéter. Thomas aime exercer un contrôle sur les objets qui l’entourent, mais il semble bien que depuis ces dernières semaines ce contrôle a tendance à lui échapper. Ceux sont les appareils ménagers qui se déclenchent de façon intempestive alors qu’ils sont censés obéir à toutes les directives qu’il a mis en place sur ses tablettes et sur ses boîtiers de télécommande. Il doit y avoir un problème quelque part et cela doit venir des derniers algorithmes qu’il a produits, Thomas en a été tout d’abord persuadé. N’y aurait-il pas un problème avec le Chatbot ? Hier il a passé la journée entière sur le code d’entrée des paramètre. Un virus aurait été dissimulé dans le code ? L’analyse qu’il a réalisée à l’aide des meilleurs antivirus du globe n’a rien révélé.

Il y a forcément une explication quelque part. Et si la solution se trouvait dans le paquet livré par Amazon ? Jules a déposé la chose dans la chambre d’ami, en remettant à plus tard le moment de mettre ce nouvel objet en fonction. Il faudrait tout de même qu’il aille y jeter un œil ...

6 - 23 Novembre 2020

... Heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage,
Heureux qui comme Ulysse a vu cent paysages ...

Thomas trouve l’atmosphère plutôt lourde, l’air marin et les beautés du large lui manquent. Il s’évade en travaillant la concision et les beautés du code. Il s’épanouit dans l’écriture des algorithmes, une variété de gymnastique qui s’exerce dans un espace clos et à l’abri de la lumière.

Il était juste parti pour une petite tournée d’inspection de ses procédures de simulation d’un jeu de poker. L’implémentation lui permettait d’obtenir un score et de nommer la combinaison obtenue, paire, quinte, full house ... à partir d’un tirage aléatoire. Cela fonctionnait, mais le principe du jeu n’était pas respecté, puisque le joueur obtenait un score, rien à voir avec la démarche d’un jeu avec des partenaires.

Cela devait prendre une demi-journée et Thomas travaille sur son code depuis bientôt une semaine. C’est une question de vraisemblance du jeu. La procédure qui réalisait l’analyse d’une combinaison de 5 cartes doit maintenant en réaliser cinq. Pendant des heures Thomas à écrit des procédures qui saturaient la mémoire. Il a fini par imbriquer correctement ses boucles et il criait victoire, mais il vient à peine de transférer cette version sur le serveur quand il constate la catastrophe : sa procédure d’évaluation fonctionne mais il lui arrive d’omettre le décompte d’une paire. Une semaine ne va donc pas suffire alors qu’il avait prévu une petite promenade de santé.

“Ne pas réinventer la roue”, c’est une maxime essentielle pour qui travaille dans ce domaine. Thomas sait que la question a été examinée par d’autres avant lui et il se met en quête d’une solution avec la collaboration du camarade GoodGold. Finalement il constate que son code tient la route et que quelques corrections suffiront sans qu’il lui soit nécessaire d’entrer dans un raisonnement tenu par d’autres. Thomas mène une vie pleine de surprises et de rebondissements.

7 - 29 Novembre 2020

... Thomas s’informe régulièrement de la situation du pays dans lequel il a laissé son voilier. L’ouragan Eta a succédé au cyclone Iota, les images que lui font parvenir ses amis restés sur place sont celles des rues et des habitations submergées par les eaux. Les dégâts causés par ces désordres climatiques sont venus s’ajouter à ceux de la pandémie, mais sans les messages de ses amis sur les réseaux sociaux, Thomas serait resté dans l’ignorance de ces calamités, la nuance de gris dans la chevelure de l’Agent Orange étant le seul sujet du moment.

Pour survivre au chaos, Thomas a délimité son champs d’action en installant cinq joueurs à une table de poker. Il leur distribue des cartes en utilisant des fonctions qui produisent des tirages aléatoires. La première version du jeu n’est jamais satisfaisante. Elle résulte de la production de tout un ensemble de fonctions issues de quelques algorithmes de la problématique initiale.

L’algorithme sur lequel repose son jeu de poker est des plus élémentaires. La puissance d’un code repose sur sa simplicité. Il s’est d’abord égaré en utilisant des fonctions sophistiquées, pour en venir à un algorithme d’échange : pour échanger les valeurs de x et y, z prend la valeur de x, x prend la valeur de y, puis y prend la valeur de z. On comprend bien que si la valeur de x n’est pas stockée dans z, il n’est plus possible de la récupérer pour la fournir à y. En utilisant cette procédure il est possible de construire la main de cinq cartes que chaque joueur établit à partir d’un jeu de sept cartes. Des structures répétitives permettent de présenter les étapes du jeu jusqu’à l’évaluation des différentes mains qui va permettre de déterminer le vainqueur de chaque manche.

Thomas élabore son code patiemment. Les problématiques viennent avec l’avancée du projet. Lorsque les fonctions qui permettent d’établir le score de chaque joueur ont été écrites, il faut également envisager le cas des joueurs qui se couchent durant la partie. Thomas est parvenu à résoudre ce cas de figure, mais un détail offre encore une résistance quand le joueur qui abandonne est le dernier de la liste. Une arme ultime figure cependant dans sa panoplie, celle qui dit que l’on verra cela plus tard. Les quelques films qui se sont intéressés à l’activité du programmeur en font une représentation très éloignée de celle que vit Thomas. Ces gens là produisent du code à une vitesse phénoménale. Ils dégainent les octets plus vite que leur ombre. Si Thomas parvient à s’immerger dans l’écriture de ses fonctions, suffisamment pour oublier le temps qui passe, la lassitude finit pourtant par s’installer. Il arrive que le succès soit immédiat et ces instants sont particulièrement gratifiants, mais souvent la solution ne vient pas au premier jet. Lorsque les possibilités de ballade sont restreintes, Thomas cherche d’autres biais pour retrouver l’attrait de ses jeux abstraits. Étrangement, abandonner le clavier pour un stylo et du papier lui permet parfois de trouver une issue dans l’enchevêtrement des procédures.

Thomas aimerait avoir la maîtrise de la touche « Reset » qui permet de rafraîchir la mémoire et de retrouver une problématique avec une perspective renouvelée. Il a remarqué que le sommeil peut remplir ce rôle. Il lui manque un prétexte pour faire une sieste entre deux algorithmes. Il lui manque cette compagne qui savait si bien le distraire de sa lassitude et lui ouvrir les portes vers un ailleurs.Fort heureusement, lorsqu’il a concentré toute son attention pour élaborer les messages destinés à sa stupide machine, il lui reste encore quelques tâches ménagères à accomplir. Elles sont peu nombreuses, mais comme elles sont devenues de plus en plus pesantes Thomas dispose de tout un ensemble d’appareils dotés des automatismes destinés à lui épargner toute contrainte.

Il lui a bien semblé bien que ses appareils connectés avaient connu quelques perturbations, mais il n’en était pas parfaitement sûr. Ses doutes sont devenus une certitude lorsqu’il l’a entendue . Pour agrémenter ses heures Thomas à mis en place une playlist composée de ses artistes favoris. Les listes qu’il programme sont destinées à meubler, il évite les chansons à texte qui pourraient distraire son attention et il oublie parfois cette présence. La voix n’était pas suffisamment puissante pour couvrir le piano de Keith Jarrett, mais il a parfaitement entendu ce « Bonjour » prononcé par une voix de femme.

Il a immédiatement pensé à un virus. Sur son poste de travail les intrusions sont nombreuses et Thomas est toujours en alerte.

8 - 30 Novembre 2020

... Il a perdu le goût des autres. Le contexte a joué un rôle, mais son attitude actuelle ne vient pas seulement de là. Thomas s’est plié aux mesures sécuritaires avec une facilité qui lui semble suspecte aujourd’hui. Il a ressenti une sorte de plaisir pervers à s’enfermer dans la solitude. Thomas a une sorte de philosophie qui repose sur un principe suivant lequel il est nécessaire de trouver sans l’aide de personne une démarche qui donne tout son sel à l’existence. Selon lui, le bonheur dépend de la détermination de chacun à trouver la démarche qui permettra de trouver un plaisir de vivre, il en est persuadé.

Cette maladie là fait perdre le goût des aliments et cela paraît étrange. Quand pour s’en défendre il faut dissimuler une partie de son visage et tenir les autres à distance, la soumission à cette obligation perturbe chacun de manière intime. Thomas a lu que le confinement provoque une exacerbation des violences au sein des cellules familiales. S’enfermer dans un huis clos, rester dans un état fusionnel, exacerber ses névroses au point d’en venir à détester l’autre, c’est une expérience douloureuse qui appartient pour lui à un passé très lointain.

Ce sont toutes des sorcières. La dernière doit déjà être là quelque part à l’attendre, une faux à la main. Pourtant la femme est l’avenir de l’homme, il ne peut l’oublier, il ne peut en oublier aucune. Comment a t’il pu accepter sa situation actuelle, une vie sans saveur et sans odeur ?

Thomas s’est rendu dans la pièce où il a entreposé le paquet livré par ZoneAma. Il est temps d’ouvrir. Thomas est fébrile. C’est une bête machine, il a bien précisé dans sa commande qu’il ne voulait pas que son robot ressemble à une poupée gonflable. Exhiber ce genre d’objet le ferait passer pour un vieux pervers. En plus il sera ridicule auprès de ses amis qu’il espère bien revoir un jour. Il a longtemps attendu, cela tient à l’inquiétude qui s’est nichée dans son cerveau. Le descriptif était précis mais il doit déballer pour savoir à quoi s’en tenir. L’objet est assez volumineux et il ne conçoit pas d’être contraint de le cacher dans un coin de son placard. Son fournisseur lui a donc proposé un modèle décrit dans le catalogue comme ayant des formes « humaines de genre féminin sans les caractéristiques de la poupée gonflable » Il a donc commandé une gynoïde dotée d’une esthétique tout à fait séduisante, une variante humanoïde privée d’un attribut indispensable à la séduction : des jambes. Thomas dispose donc d’un robot esthétiquement intéressant jusqu’au niveau de la taille mais qui ressemble à R2-D2 par son mode de motricité.

Il aurait dû prendre des ciseaux, déchirer le papier d’emballage le met mal à l’aise. Sous le papier bulle il la trouve assez réussie esthétiquement, mais ils lui ont fait des gros seins sans doute pour compenser l’absence de jambes et renforcer l’appartenance au genre féminin. Thomas aurait dû préciser. Ils ont sans doute cru faire un geste commercial mais c’est raté. Cela ne fait que rajouter du poids. Evidemment ce n’est pas un problème, avec son mode de déplacement son robot restera parfaitement stable.

Thomas n’a pas de compétence en électronique, suffisamment tout de même pour vérifier les caractéristiques de la carte mère. Et puis il soupçonne une intrusion sur son réseau. Un reset devrait solutionner les problèmes qu’il a rencontrés récemment. Sous la chevelure le boîtier est maintenu par des clips. Selon les termes du contrat il y a un risque de perte de la garantie mais Thomas parvient à ouvrir san abîmer le plastique. Il lui faut une aiguille. Il en trouve une dans une boîte à couture. Il en lime l’extrémité pour qu’elle ne soit pas trop pointue. Il sait où appuyer pour faire un reset.

La machine émet une sorte de cliquetis. Tout est en ordre. Pourtant, avant de fermer les doigts de Thomas rencontrent quelque chose de bizarre. Cela a la couleur du plastique mais sous son doigt Thomas a la sensation qu’il s’agit de quelque chose de différent. La surface est lisse mais il y a quelque chose de mou qui cède sous la pression de ses doigts. Thomas remet le couvercle du boîtier sans difficultés. Il est mal à l’aise cependant.

9 - 13 Décembre 2020

... Il s’en est rendu compte progressivement. Tout d’abord il avait perçu une odeur incontestablement artificielle, une odeur conçue pour couvrir l’odeur du plastique. Progressivement une autre odeur s’est imposée. Thomas a une préférence pour l’odeur de la peau, mais la période rend ce choix difficile.

Dans ses relations amoureuses Thomas attribue les plus hauts grades à celles qui ont franchi toutes les épreuves qui précèdent ce moment où deux êtres se confrontent à l’incertitude d’une journée qui commence. L’intonation d’une voix, la chaleur d’un sourire ou la légèreté d’une caresse, autant de laisser-passer, autant de signaux qui l’invitent à se mettre en chemin. Thomas observe la créature stationnée dans un coin de la cuisine. Malgré les performances des artistes qui ont travaillé sur ce modèle, il ne ressent pas une grande empathie pour la chose produite par ChronoEmpire. Cela tient à la fixité du regard, mais surtout à l’option motricité choisie par Thomas. Comme il assume les tâches ménagères en étant convaincu qu’il s’agit d’une attitude féministe, le fait que la chose roule lui paraît tout à fait adapté. Les attributs sexuels proposés en option par ChronoEmpire ne l’ont pas convaincu.

Il commence toujours sa journée par un petit déjeuner copieux préparé avec le plus grand soin. Thomas accorde une importance toute particulière aux premiers moments de la journée. Il les considère décisifs pour la réussite de ses entreprises. Il sait qu’il doit surtout éviter de se lancer dans une procédure qui l’entraînerait dans des boucles répétitives, celles qui vont lui voler son temps et l’enfermer dans des labyrinthes. Avant toute autre démarche il doit définir la stratégie qui lui permettra d’affiner ses procédures tout en évitant de s’enliser dans une problématique. En ce qui concerne cette première partie de sa journée, les étapes sont parfaitement établies, la question cruciale étant de savoir la façon dont il va faire cuire ses œufs. Pour avoir fréquenté toutes sortes de tables, des plus humbles au plus prestigieuses, Thomas sait l’importance de cette question. Elle témoigne surtout de l’intérêt que le restaurateur porte à son client. Après des années de recherche Thomas a fini par adopter la cuisson qui lui convient. Il s’agit maintenant de transmettre ce précieux savoir à la créature :

- Quel est ton nom ?

- Ariana, je m’appelle Ariana. Je vais très bien. Merci. Je vous en prie.

Cette politesse extrême a le don d’impatienter immédiatement Thomas qui a reconnu les conventions linguistiques implantées par ChronoEmpire. La conversation avec un synthétiseur vocal met Thomas mal à l’aise. Il ne veut surtout pas développer un attachement sentimental à l’égard d’un assemblage de plastique et de métal. Bien que la chose soit esthétique, elle ne dégage aucune sensualité et les protubérances mammaires offertes en prime par ChronoEmpire auraient plutôt tendance à le rebuter. Thomas revient donc s’installer devant son Compacteur, le dialogue homme-machine c’est finalement ce qui lui convient le mieux. Quand Thomas travaille, des messages apparaissaient dans le coin inférieur droit de son écran pour disparaître au bout de quelques secondes. Il s’agit du dernier événement politique ou d’une magnifique opportunité commerciale. La plupart du temps Thomas est trop occupé pour s’y intéresser. Certaines personnes ont peut-être un niveau de responsabilité tellement élevé qu’il faut absolument qu’ils soient informés en temps réel du moindre événement d’importance. Thomas n’en fait pas partie. Ces intrusions viennent toujours alors qu’il doit se concentrer sur une procédure particulièrement délicate. Parmi ces messages celui de SaMajesté vient lui rappeler qu’il n’est pas inféodé à l’Empire. Thomas ne connaît pas vraiment l’étendue des obligations que cela entraînerait pour lui, aussi il préfère ne pas répondre.

10 - 14 Décembre 2020

... - Je vais très bien. Merci. Je vous en prie.

La créature a une BlueTooth qui lui permet de se faire entendre sur les enceintes connectées. Les ingénieurs ont trouvé amusant de loger l’électronique dédiée dans un écrin en plastique bleu logé dans la bouche d’Ariana. C’est assez original mas elle n’a pas beaucoup de conversation. Les ingénieurs ont surtout travaillé sur la carrosserie, ils ont négligé le vocabulaire et pour masquer les lacunes de la belle ils ont fait un branchement spécial pour connecter la gynoïde à différents réseaux sociaux. Ariana produit donc en série toutes sortes de formules d’une grande platitude. Il est donc aisé de reconnaître la marque de fabrique du PetitFaitout. Un message vient tout juste d’apparaître en bas de l’écran du Compacteur :

- Trop réfléchir vous conduit à la ruine. Cela déforme votre appréciation et cela rend tout plus compliqué. Réfléchir produit de l’inquiétude. Réfléchir rend les choses bien pires qu’elles ne le sont en réalité.

Ce concentré de balourdises est inscrit avec une police de caractères somptueuse sur un fonds coloré de contrastes sophistiqués. Thomas vient de se plonger dans une procédure qui doit considérablement améliorer la vitesse d’exécution de son application. Au lieu de provoquer une inquiétude, la réflexion provoque en lui un grand bien-être. L’inquiétude qu’il ressent a une autre origine : Thomas reçoit rarement une appréciation sur la qualité de ses travaux. Il a conscience de ses limites il est capable de détecter certaines de ses erreurs, mais un regard extérieur peut être utile. Thomas tente une nouvelle approche :

- Dans la dernière version de ma procédure je transforme un texte et des images pour en faire un objet XML. La procédure Javascript me permet d’extraire les informations qui me sont nécessaire pour les faire apparaître dans le DOM tout en utilisant la syntaxe XHTML. Qu’en pensez vous Ariana ?

- La démarche est vraiment excellente, Thomas ! Vous permettez que je vous appelle Thomas ? Je suis certaine que vous allez réussir. Le travail que vous avez accompli est tout simplement magnifique.

S’il veut une réflexion critique sur son œuvre c’est pas gagné ...

11 - 23 Décembre 2020

... En fait Si Ariana n’a pas toutes les qualités requises pour égayer ses réveils, Thomas apprécie malgré tout sa motricité car elle a été parfaitement étudiée pour lui apporter le plateau de son petit déjeuner. En fait c’est sa forte poitrine qui permet au plateau de rester stable lorsqu’elle se propulse au bord du lit. Le plugin fourni par ChronoEmpire pour régler la cuisson des œufs est simple d’utilisation. Les toasts sont grillés à point. Sur le plan technique le petit déjeuner délivré par Ariana apporte un changement tout à fait positif à ses réveils et la cuisine reste toujours parfaitement propre et ordonnée, une contrainte que Thomas avait tendance à négliger.

- Je peux aussi faire les vidanges.

Thomas a failli s’étrangler. Elle a dû enregistrer les bruits de la dernière nuit, alors qu’il ne parvenait pas à trouver le sommeil. Comme il se tournait et se retournait dans son lit, la base de données d’Ariana a analysé les sons émis et voilà le résultat : elle le traite comme une saleté de véhicule ! L’idéal masculin d’Ariana comporte des roues, c’est tout à fait logique. Pour lui donner une autonomie sa base a été dotée de batteries qui sont assez lourdes et d’un chargeur. Pour préserver l’esthétique féminine la base de la créature est dotée d’une jupe. Comme Thomas est obsédé par cette affaire, il n’a pas échappé à cette obsession qui consiste à voir sous les jupes des filles et il sait que cet obscur objet du désir a été doté d’un orifice. En fait il est peu enclin à expérimenter le service vidange d’Ariana.

Sous sa surface de plastique son Ariana doit émettre toutes sortes de courants. Cette sorcière serait bien capable de lui offrir une mort sous la forme d’un feu d’artifice, cette glorieuse fin désignée par le terme épectase dans la terminologie ecclésiastique.

12 - 4 Janvier 2021

... - Au nom de sa Majesté l’Empereur Billy, au nom du PetitFaitout et du Très Haut GoodGold.

Ariana commence toujours ses journées par une petite prière qu’elle adresse à la Sainte Trinité. Elle est en relation directe avec le GoodGold, tandis que je dois utiliser le WebMaster Tools pour voir la position qui m’est accordée par le TrèsHaut. En ce début d’année qui fait suite à une année fort calamiteuse les résultats qui se sont affichés sur l’écran de mon Compacteur sont tout à fait abominables. Mon nombre de Clics dégringole. Les impressions restent stables tandis que le CTR frôle les 80%. Ma position reste en moyenne aux alentours de 20%, mais je sais qu’elle est tout à fait factice. Comme un symbole supplémentaire de sa toute puissance, le Très Haut m’informe d’une date de mise à jour dont le calcul est un mystère supplémentaire, je sais seulement qu’elle se base sur un fuseau horaire du Pacifique. En petit maître de la communauté des Webmaster j’examine attentivement chacune de mes pages et je ne vois nulle part la raison pour laquelle mes performances sont aussi basses.

- C’est parce que tu n’as pas la foi.

Ariana a sans doute raison. Je dois absolument sortir de cette ornière. Je me lance:

- Au nom de sa Majesté l’Empereur Billy, au nom du PetitFaitout et du Très Haut GoodGold.

Ma sincérité n’est pas bien grande et je n’ai pas vraiment confiance dans cette machine imbécile, mais au moins je n’aurai pas de remords puisque j’aurai tout tenté. Demain est un autre jour.

Page 3 - Travaux de Sylvia

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1 - Chatbot

... De l'autre côté de l'Atlantique un jeune ingénieure en informatique a produit un programme qui permet de faire fonctionner un chatbot. C'est implémenté en Javascript, c'est agrémenté d'explications et cela tient sur une page. Le visage qui apparait en encart illustre à merveille l'alliance de la beauté et de l'intelligence.

Pour adapter ce code à ses exigences Thomas s'est mis en devoir de faire passer les phrases desinées à cet échange du statut de variables dans un fichier javascript à celui de données dans ses fichiers XML. Il utilise en effet des répertoires distincts selon les langues. L'opération s'est révélée délicate mais elle a fini par aboutir.

Cerise sur le gateau la merveilleuse jeune femme qui a fourni le code de ce bot a également joint un ficher speech.js. Pour quelques lignes de code supplémentaires la créature s'est tout d'abord exprimée en anglais, puis en français avec un fort accent anglais. Substituer la ligne voice.lang = "fr-FR" à la ligne voice.lang = "en-US" aura suffi à assurer sa mutation. M'extasier sur les prouesses réalisées par la jeunesse continue à faire partie des plaisirs de mon quotidien.