Le spectacle religieux (partie 2)


La chrétienté en spectacle

Les premiers chrétiens coupables de prosélytisme étaient destinés à l’arène. Selon Wikipedia cette persécution mise en œuvre par Néron faisait suite à l’incendie de Rome et elle s’est déroulée de 64 à 68. L’église offrait ainsi un premier spectacle.

Après cette période de vaches maigres pour une église ne disposant pas de lieux de culte, l’église catholique devient le premier entrepreneur en bâtiment et partout où elle se répand elle construit des églises. Toutes ces églises sont somptueuses et elles rassemblent des œuvres précieuses dans tous les domaines artistiques. Les bâtiments eux mêmes sont extraordinaires et la richesse du Vatican est le symbole de sa position au sommet de cette hiérarchie.

Pour faire court, avant l’apparition du cinéma, l’église est l’unique lieu du spectacle. Elle est le lieu où l’on vient sauver son âme après l’avoir perdue en fréquentant des lieux de perdition, théâtres, cafés ou bordels. La messe est le spectacle offert au travailleur qui vient rendre grâce à Dieu et à son patron. Le prix est librement établi et consenti, à l’exception de la célébration d’événements tels que les enterrements et les mariages.

Les moyens utilisés par l’église sont considérables. L’or, les vitraux, les orgues, le cérémonial et les vêtements, à tout ce dispositif destiné à conforter la croyance s’ajoute le cérémonial de la Cène, tant il est nécessaire d’impliquer le participant dans des postures qui lui imposent de se lever, de s’assoir, de chanter, de réciter, de boire ou d’avaler en suivant les directives d’un individu lui même inspiré par le “Très Haut”.

La religion impose sa vérité

Distinguer le vrai du faux et leur attribuer une valeur est une composante assez basique chez l’être humain. La référence peut être le dogme. Dans la société pré-capitaliste l’église est la seule détentrice du vrai et elle est en mesure de ramener les brebis égarées dans le droit chemin à l’aide de quelques bûchers pour les sorcières. L’Inquisition dispose quant à elle d’une panoplie d’instruments de torture sophistiqués pour faire reconnaître aux récalcitrants ce qu’elle définit comme “La vérité “. On remarque au passage l’importance des symboles de torture comme instruments de sa propagande. Le choix du crucifix pour emblème interpelle. Les postures gothiques peinent à égaler cette posture monstrueuse. Avec le voile intégral, on dispose d’un instrument de torture bien réel dans des pays du sud soumis plus que d’autres au réchauffement climatique. Le port de la kippa peut également provoquer des réactions négatives. Tout la problématique d’une religion consiste à trouver des moyens pour se proclamer comme unique. La posture du martyre offre des possibilités de propagande idéales et c’est pourquoi la souffrance, la flagellation, la culpabilité sont des composantes essentielles des religions. 

Une église catholique confrontée aux nouveaux médias 

Aujourd’hui la religion perd chaque jour du terrain dans l’établissement de la vérité quand elle se heurte à la communication. L’église catholique se trouve touchée de plein fouet dans son rôle de détentrice d’une clé vers un idéal spirituel lorsque sa hiérarchie ne peut plus émettre un discours qui puisse couvrir le bruit émis par des  médias omniprésents. Le scandale reste local et il est vite étouffé tant que le réseau social reste dans les limites du village, il ne dépasse pas la rumeur propagée par le corbeau local. Par contre le discours papal est couvert lorsque le nombre de prêtres pédophiles est décompté à l’échelle du monde. 

Le dogme musulman confronté aux réseaux sociaux

En ce qui concerne la religion musulmane, cette confrontation est une confrontation au dogme qui entraîne d’autres dérives. Quand le dogme a la soumission pour principe avec une interdiction de l’interprétation des textes sacrés, le monde virtuel apparaît comme un monde concurrent avec sa liberté d’expression et ses excès. Lorsque l’ennemi est indestructible (le net a été créé dans ce but) il faut s’en accommoder. Les termes islam et tolérance n’ont pas de connexions, surtout dans les régions qui n’ont pas connu un développement économique suffisant pour une ouverture sur le monde. La fin de la période coloniale n’a pas résolu les difficultés à trouver une place et à dépasser une confrontation dans laquelle le contrôle de l’exploitation des ressources et notamment du pétrole est un enjeu qui détermine les alliances. Les liens amicaux commencent par le partage d’une culture commune et ils s’appuient sur une langue. Les objets consommés peuvent être une référence commune tandis que la religion joue le rôle d’un obstacle supplémentaire qui vient  s’ajouter à ceux de la langue et des coutumes.  Elle ne peut aboutir si la conscience d’une spoliation perdure. Le tandem religion-culture résiste par les moyens à sa disposition. Il exploite la situation qui lui a été imposée,  une ghettoïsation, en proclamant sa différence. L’affichage vestimentaire est une façon parmi d’autres d’affirmer son identité. 

La définition du mensonge selon les églises

 Dans le jardin d’Eden décrit par la Genèse l’homme ne connaît pas le mensonge et c’est un serpent qui a recours à la ruse pour convaincre Ève de goûter au fruit défendu. Tant que l’église détient la vérité, la vérité est dite par les prêtres et ceux qui mentent sont inspirés par le diable. Plus précisément pour l’église le mensonge n’est pas l’erreur de bonne foi. L’erreur est humaine, mais l’obstination dans l’erreur est diabolique et hérétique. Le mensonge c’est l’erreur (contraire de la vérité) obstinée volontaire et consciente. Pour autant l’église ne se contente pas de définir ce qui est vrai dans le domaine privé, elle s’immisce dans la vie publique car comme pour toute institution la puissance dépend de la zone d’influence. L’église proclame qu’il est juste de dire  la vérité. On ne peut qu’approuver, avec cette nuance que l’église s’autorise par ce biais à proclamer un grand nombre de fadaises dont certaines sont sinistres par les conséquences qu’elles font peser sur le devenir de l’humanité. La responsabilité de l’église dans sa condamnation des moyens contraceptifs est totale. Ce n’est qu’un des aspects de sa mal traitance à l’égard des enfants et des curieux rapports que cette église entretient avec la sexualité.

La fin du monopole

Il n’en demeure pas moins que si nous retenons le fait de dire la vérité comme un principe moral essentiel, toute la problématique porte sur la légitimité d’une  institution dès lors qu’elle proclame qu’elle en est la seule détentrice. La bible contient un grand nombre d’histoires où la poésie a sa place mais où le sens relève souvent de l’interprétation. Les membres des différentes églises qui se réclament de la religion chrétienne doivent se plier à une gymnastique dans laquelle les textes « sacrés » ne sont pas la vérité mais des allégories destinées à servir de support à une démarche spirituelle. La hiérarchie de l’église doit confronter son discours à des fidèles dont le sens critique n’a pas été entièrement mis à mal par des croyances et certains d’entre eux préservent une autonomie de pensée, tandis qu’un nombre indéterminé de sectes font exception en proclamant l’intolérance de leur dogme.

Temporel et spirituel

La religion musulmane paraît davantage ancrée dans le dogme, ce qui peut amener certains de ses membres à proclamer la fusion état-Islam. Cette vérité auto-proclamée est inscrite dans des textes également « sacrés ». La définition de la vérité dépend du contexte dans lequel elle s’affirme. Au Maroc le roi est le commandeur des croyants et la place de la religion est inscrite dans la constitution. Le temporel se trouve  ainsi associé au spirituel. L’état, représentant d’une contrainte sur les personnes et sur les biens, peut exercer son pouvoir dans l’église et à travers l’église. Ce dispositif est le cadre dans lequel peut s’exercer l’intolérance.

Un centre intolérant partisan du judaïsme

A la fusion état-Islam répond la fusion pétrole-sionisme-capital. Le mur entre la Cisjordanie et Israël a les mêmes promoteurs que ceux qui opèrent entre le Mexique et les états du sud des USA. L’idéologie dominante soutient le discours xénophobe et le port de la kippa. La place de la religion juive a changé de nature avec la création de l’état d’Israel. Le lien état-Judaïsme se trouve confronté aux constructions basées sur le lien état-Islam. La compréhension des mécanismes qui se mettent en place dans cette confrontation est difficile. Elle nécessite la prise en compte d’un lien indéfectible entre les États Unis et la population juive, un lien basé qui n’est pas basé sur des questions religieuses mais sur des intérêts économiques.

On retrouve cette alliance dans les formes de gouvernement les plus réactionnaires. L’église est l’alliée du pouvoir sous la dictature de Franco comme sous celle de Pinochet, et elle entretient des rapports étroits et privilégiés avec le pouvoir dans toutes les royautés. Partout où cette alliance domine, l’église peut imposer ses règles héritées d’un ordre ancien. Pour l’Occident l’âge d’or de cette alliance est le Moyen âge. C’est une configuration dans laquelle l’église peut mener une action intrusive auprès de ses fidèles en s’affirmant comme la garante de la sauvegarde des âmes. Cette prérogative lui permet d’user de la confession pour mener ses investigations et d’allumer les bûchers de l’inquisition pour les déviances les plus graves. Elle exerce un contrôle particulièrement puissant en détenant le monopole de l’éducation. Toutes les églises contemporaines vivent dans la nostalgie de cet ordre ancien.

Les économies qui ont connu un développement économique issu de la révolution industrielle ont laissé une place à l’église qui définit la contribution du travailleur comme une valeur morale. Toutefois, en revendiquant ses droits la classe ouvrière a donné à l’église la place qui revient au spirituel et imposé la laïcité. Le rôle de l’état comme responsable de l’enseignement dans une société laïque a pu émerger.

Les pays victimes de la colonisation ont subi une dégradation de leurs structures qui les a maintenus dans une situation de dépendance, ne leur laissant souvent pas d’autre rôle que celui de réservoir de main d’œuvre et de matière première. C’est cette déstructuration au profit des pays du centre qui explique qu’un grand nombre de zones de la planète n’aient pas connu un développement autonome et soient restées dépendantes du pouvoir financier. L’aspiration au retour à un ordre ancien peut prendre une forme extrême et prendre le fanatisme religieux pour support. 

La religion donne le spectacle d’une confusion supplémentaire

L’église et l’armée ont longtemps été les deux seuls promoteurs de spectacles avec pour cadre l’église pour y représenter des messes ou la rue pour le défilé militaire. Le sabre et le goupillon tentent de se partager la scène et refusent la concurrence.  Les jacqueries et les défilés des organisations ouvrières se sont invitées à la fête. Dans la gamme des spectacles de rue, la procession peut elle aussi avoir du succès et elle peut faire partie du folklore. Avec la mondialisation la religion se confronte aux réalités du monde. La hiérarchie de l’église, quelque soit l’obédience peut se réfugier dans la majesté de son élévation spirituelle et se fermer au monde. Elle peut se draper dans un fondamentalisme, il n’est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre. Pourtant elle a perdu le monopole du spectacle. Le capitalisme barbare lui a laissé une place qui lui permet de s’indigner d’un égoïsme forcené. Elle en est pourtant partie prenante et elle apparaît chaque jour davantage comme une institution réactionnaire constamment dépassée par des forces nouvelles. Elle essaye encore de s’affirmer comme la seule institution capable de détecter un miracle, mais elle a conscience d’être guettée par le ridicule. Elle cherche des recours en s’éparpillant à travers différentes sectes. Elle se travestit et elle se donne en spectacle comme une vieille dame revêtant le costume d’une midinette, mais le spectacle qu’elle offre, le discours qu’elle produit, ne font qu’ajouter de la confusion à la confusion.

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