Le casse du siècle : la société du selfie

 (de la société du spectacle à la communication intrusive et auto-proclamée)

ISBN  9782953281767 

La société  de consommation

En 1968 la société de consommation est dénoncée par une jeunesse qui manifeste son refus d’une aliénation  et son refus devant la perspective d’une vie dont la monotonie se résume par les termes « métro, boulot, dodo ». 

Une différence essentielle dans l’attitude contemporaine est une totale soumission et l’absence d’esprit critique, tout au moins de raisonnement construit et organisé permettant à la jeunesse d’envisager une contestation des instruments de sa domination. Cette expression existe, mais elle est peu construite et ne semble avoir d’autre but que de signaler un malaise, un mécontentement, sans autre objectif que de communiquer une prise de position aux “amis”, une façon de se valoriser en mettant en scène son mécontentement. Tout au moins en France on reste dans la cour de recréation, tandis que les forces de répression qui s’exercent dans des pays moins nantis sont beaucoup plus sévères à l’égard de populations qui ne disposent pas des mêmes moyens d’expression et qui combattent pour leur survie.

Le spectacle politique

L’affaire

Un exemple récent de cette dérive est selon moi l”affaire” qui reprend du service en ce mois de septembre 2018. Si l’on peut s’inquiéter sur la façon dont le président choisit ses gardes du corps et assure leur promotion, on peut se demander comment il est possible de gonfler une bavure au point de la qualifier d’”affaire”. Si l’affaire Dreyfus est inscrite dans l’histoire, c’est surtout l’indigence de la pensée politique qui me semble constituer une affaire. Sur la gravité des faits j’ai visionné une vidéo assez confuse. A moins que j’ai loupé quelque chose je n’ai pas trouvé là matière à m’indigner. Sauf erreur l’”affaire” remonte au 1er mai, et si on peut légitimement s’indigner de toute brutalité policière et du fait qu’un président admette ce type d’individu dans son entourage proche, c’est surtout la focalisation sur l’événement qui selon moi pose question. Il ne s’agit pas d’information mais de la culture d’un marronnier que l’on a fait croître avant une trêve durant la pose estivale, pour la reprendre avec entrain en septembre. Lorsque la justice intervient sur des affaires qui mettent en cause le pouvoir politique la chanson est toujours la même. La justice n’est pas indépendante du pouvoir politique qu’il s’agisse de Christine Lagarde ou de Bernard Tapie.

Les rappeurs suivent l’exemple Benalla

En comparaison d’autres affaires (Tapie ou Lagarde) pour Benalla les enjeux financiers sont faibles, inexistants si l’on fait une comparaison. L’enjeu porte sur sa proximité avec le président, mais surtout c’est l’image filmée qui fait recette et tient lieu de réflexion et toute image qui fait recette trouve des émules. Pour quelques points supplémentaires de notoriété des rappeurs se sont affrontés à l’aéroport d’Orly à un moment où la scène médiatique était déserte en cet été 2018.

Des larmes médiatisées 

 Le ministre qui met en scène sa démission et ses larmes remporte un franc succès après avoir organisé la mise en scène de sa déclaration d’impuissance à la radio puis à la télévision. Séquence émotion comme au bon vieux temps d’Ushuaia. Pourtant si l’on fait une analyse minimum de la situation de l’écologie, on sait bien que le mécanisme est mondial et sans doute irréversible. Il n’est pas besoin de prendre des fonctions de ministre pour en avoir conscience. Le professionnalisme et la maîtrise de la communication me paraissent indéniables. La démission trouve un écho favorable chez ceux qui quelques semaines auparavant se moquaient de son impuissance. La démission intervient au moment précis où Monsieur Hulot termine ses vacances et alors que la rentrée politique s’annonce difficile. Quand le pouvoir politique a voulu s’accorder la caution d’une présence médiatique,  il ne peut que s’incliner devant les préséances imposées par la société du spectacle et celui qui part n’est pas un traitre, mais il reçoit un label de victime.

Sinon les émissions Ushuaia c’était très bien, avec un déploiement matériel qui n’avait rien d’écologique mais qui permettait une descente au fonds des océans ou des envols vertigineux depuis le canapé du salon . Et puis il y avait déjà une séquence émotion, le journaliste n’a pas oublié ses bases. Le problème c’est qu’en politique “boys don’t cry”.

La posture médiatique aura permis pour un temps de faire oublier les combines et les gesticulations de tous les prétendants au pouvoir sur le créneau écologie. Le départ médiatisé offre un bouc émissaire porteur de confusion et d’impuissance. . Il laisse la place à un successeur offrira toutes les garanties attendues pour ce ministère : la langue de bois.

Un suiveur sur le créneau médiatique

Avec également un très grand professionnalisme, Stéphane Bern a eu des velléités de profiter lui aussi de l’aubaine, mais ses intérêts et son naturel de courtisan l’ont rapidement éloigné de ce parcours.

Ces petites manœuvres ne resteront pas durablement dans l’histoire. Le problème c’est qu’alors qu’elles ne sont que des annexes de la presse people, elles occupent le devant de la scène.  Bien qu’une partie de la presse continue à  se présenter comme le dernier rempart pour une information résultant du travail de véritables professionnels, l’ensemble des médias se soumet à un mouvement dans lequel la posture est privilégiée au détriment d’un recul par rapport à l’événement. Là encore les enjeux du marché sont privilégiés.

Le 13 septembre 2017 Stéphane Bern était mis en garde à vue pour avoir montré ses fesses sur une place publique. Il récidivait après un premier exploit consistant à se faire pincer les fesses par un autre amuseur publique, cette fois là sur un plateau de télévision. Lorsque tout est bon pour attirer l’attention le pouvoir devient indigne de considération. A force de flatter les citoyens il devient méprisable.

Un dosage médiatique nécessaire 

Cette évolution vers la politique spectacle n’est pas apparue spontanément, c’est une évolution continue qui a connu des moments plus ou moins intenses. Sarkozy a réussi à apparaître comme le champion toutes catégories, mettant complaisamment en scène sa vie privée. Les effets de l’action politique étant limités quelques soient les partis, il faut en faire beaucoup pour détourner l’attention, mais avec le dosage approprié. Le président normal qui a succédé à Sarkozy s’est bien livré à quelques pitreries sur son scooter mais c’était du travail d’amateur.

À l’échelle d’une nation le peuple fonctionne comme une entité dotée d’une conscience et d’une émotivité. Ses réactions sont celles de son vécu. Lorsque les débordements du bling bling lassent le peuple évoque avec nostalgie l’époque où le général De Gaule incarnait des valeurs passées de mode : la dignité et l’honneur. Il fait un retour vers la « normalité » puis il s’en lasse.

Privilégier l’effet d’annonce

La réalité du pouvoir c’est la difficulté à modifier le réel quand les mécanismes économiques et sociaux sont difficiles à maîtriser. Une dérive qui n’est pas nouvelle consiste à surévaluer les possibilités de réformer et à privilégier l’effet d’annonce pour donner une illusion d’efficacité. Avec un dernier gadget consistant à évaluer des résultats le ministre de l’environnement aurait pu tout aussi bien être démissionné depuis longtemps. Lorsque l’évaluation est réalisée dans le domaine politique elle est fausse par nature, parce qu’elle est politique. Elle pourra être annoncée, c’est tout.

Une vision naïve et infantile du monde

Je suis l’actualité et j’ai en tête le scénario. Il y a quelque chose qui ne va pas quelque part, quelque chose de choquant, mais j’ai des difficultés à situer avec précision ce qui est choquant. Le problème n’est pas que Monsieur Bern montre ses fesses, le problème c’est qu’il lui soit confié des responsabilités politiques. Vraiment ses fesses sont charmantes, mais patrimoine mon cul me semble la seule réponse adaptée à une démarche dans laquelle je crois comprendre que ses pitreries sont destinées à marquer un désengagement de l’etat par un soutien à des initiatives privées.

Le citoyen naïf

Si la personnalisation du pouvoir et la complaisance font aujourd’hui partie intégrante de la vie politique, elle renforcent une vision naïve et infantile du monde dans son ensemble. Le citoyen naïf croît aux promesses électorales et c’est là le moindre de ses défauts. Lorsqu’il s’agit de remporter une élection les candidats font des promesses dont ils doivent ensuite se souvenir. Quand l’électeur fait le bilan des promesses et dès résultats il n’est pas surprenant qu’il soit souvent déçu. Ce qui m’inquiète c’est l’ampleur de sa déception. A t’il vraiment écouté les promesses qui lui ont été faites ? Est-il conscient de l’importance des changements que réclament certaines d’entre elles ? Par son ampleur la réaction ressemble plus ou moins à celle d’un enfant qui n’aurait pas reçu le jouet attendu de la part d’un parent. Là encore il y aura des opportunités à saisir : quand le marché passe en faveur de ceux qui démissionnent c’est l’occasion pour tous ceux qui veulent accrocher  la lumière des médias de crier haro sur le baudet.

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