Retour                     LES AILES DE LA LIBERTE

 

Danièle Bourgouin

 

Danièle soixante douze ans regarde le ciel, si beau, et les nuages ; elle ne les caressera plus.

A quoi rêve t-elle ?

Qui était-elle ?

Elle repassera sa vie ailée comme  un beau film, et oui, seize mille heures dans le ciel. Comment oublier ?

 

Elle se rappelle, c’était hier….. 

 

Une petite fille intrépide, dégourdie, sans être délurée, sautant toujours comme une puce, née dans un paradis marocain à Rabat, berceau du folklore arabe, avec ses mosquées s’élevant dans le ciel en criant grâce au muezzin  les versets du Coran, avec ses couleurs du rose au mauve en passant par l’ocre des remparts portugais.

 

Une maman artiste peintre courant d’un bled à l’autre grâce à un mari de la plus haute aristocratie française au Maroc, gouvernant avec rigueur et fermeté les administrés français à côté des caïds pachas, sultans gouvernant eux, les Arabes du Maroc ; de  1933 à 1946  sa vie se déroula dans le faste.

 

Allant à l’école accompagnée par un chauffeur, commençant à monter à cheval à l’âge de sept ans, à jouer au tennis à Safi formée sous la houlette d’un professeur Marocain Ahmed, vie privilégiée alors qu’en France et en Europe la guerre faisait un malheur partout.

 

1940-1945 elle avait sept  ans, douze ans, elle commençait à souffrir et comprendre, commençait une espèce de révolte face à l’injustice qu’elle supportait mal d’autant plus qu’elle en était écartée.

 

Et puis en 1946 à treize ans, son père le hakem ( gouverneur en arabe) fut muté en poste à Azemmour, petit paradis caressé par le fleuve Oum er Bia ; fleuve rougi des alluvions et séparant la ville de la maison de France où elle vécu dans sept hectares de jardin  dessiné à la Française, parsemé de pins parasols gigantesques et centenaires ; de cyprès vert foncé pointant leurs silhouettes sur un horizon d’où se dessinait le minaret prolongeant les remparts jaunes, mauves et violet au coucher du soleil sur un fond de ciel, toujours bleu intense.

 

Cette petite fille évoluait dans cette immensité relative à cause de son petit âge, avec un petit frère frappé à l’âge de quatorze mois d’une poliomyélite classique .A ce moment là, dans le pays ; ces malheurs là s’estompaient grâce à leur environnement paradisiaque :

 

Tous les jours quarante jardiniers et deux pépiniéristes entretenaient ce beau parc descendant en escalier jusqu’au fleuve, L’Oum er Bia ; à dos d’âne l’ami des enfants où à bicyclette pour le petit frère, ils descendaient jouer et cueillir les fleurs, des pétunias aux géraniums, arums, soucis, hibiscus, taillés au carré ; pour les offrir chaque semaine aux notables de la ville : pharmaciens, docteurs, caïds, pachas, autant de « VIP » du moment.

 

Cette petite fille n’oubliera jamais cette époque là de la guerre où elle était déjà une enfant pas comme les autres.

 

C’est elle qui demanda à ses parents de libérer le pauvre âne qui faisait tourner la noria* pour faire remonter l’eau du puits qui alimentait les bassins d’irrigation ; elle eût gain de cause. Le « pater », comme elle l’appelait, avait trouvé une autre solution qui consistait à pomper l’eau du fleuve avec de gros moteurs, ainsi le pauvre âne devint l’ami des enfants qui le montaient avec amour.

 

C’était la guerre, peu de voitures circulaient, ayant goûté aux joies de l’équitation, elle demanda qu’on lui attelle un cheval. Dieux sait combien de beaux chevaux courent au Maroc ; les plus beaux, les meilleurs et, tous les matins les deux enfants traversaient le pont de l’Oum er Bia  en carrosse avec Benchirh comme cocher. Souvent Benchirh leur donnait les rennes et ils criaient « zid zid » ou « yallah yallah !», pour faire trotter plus vite, Marquita leur jument.

 

Cette petite fille entend encore le bruit grisant de ses sabots plus souvent sur les pistes en latérite d’où s’échappaient des nuages de poussière, comme dans les westerns. Au retour de l’école les enfants étaient accueillis par le cri des paons, le hennissement de l’âne et le bruit des babines du chameau ; leurs compagnons de jeux, sans oublier les nombreux chats et la chienne berger allemand  Ito,  leur plus fidèle amie.

 

Les repas étaient servis  par des domestiques stylés que les enfants adoraient. Le père étant souvent absent, toujours au bureau, toute la nourriture venait du jardin même le lait de la vache que la petite fille savait traire.

 

A l’arrière de la grande maison d’une architecte marocaine, un terrain de tennis témoin de sa première prise de raquette et où  vivaient autour, les canards avec leur bassin particulier, les dindons dont elle ne supportait pas le sacrifice.

 

On était en 1945, prise de Paris, DE GAULLE, le chant des partisans de Juliette GRECO, c’est la fin de la guerre, c’est la « victoire ». La maman de Danièle, artiste peintre fait réaliser  sur la façade de la maison de France une représentation de la croix de lorraine du Général De GAULLE.

 

Cette croix composée de géraniums pour le rouge et feuilles de cyprès pour le vert ! Vert et rouge couleurs du drapeau Marocain tant aimé des Français du Maroc, sur cette façade de quinze mètres de haut.

 

Pour voir cette cérémonie historique, le General De GAULLE, honora de sa présence tous les notables d’Azemmour et pour clôturer la victoire, il prit Danièle dans ses bras la fit grimper sur une table pour qu’elle entonne le chant des partisans.

 

Cette vie harmonieuse donnait aux enfants l’amour de liberté, l’amour de la nature, l’amour des animaux, l’amour des domestiques. Le seul point noir, le retour du père à la maison qui leur donnait avec autorité la marche à suivre pour vivre honorablement .Bien sûr il avait ses raisons, bien sûr, c’était pour leur bien et souvent à cause de son métier de meneur d’homme, de son intransigeance à administrer sa circonscription, il traitait ses enfants très durement.

Entre-temps, l’arrivée du petit dernier et la mutation à Safi une autre circonscription : le pays des poteries et des sardines.

 

La petite Danièle devait  rentrer en classe de sixième! Y avait-il une école dans ce Safi, petite ville du sud Marocain ? Et non… ce fut l’internat au lycée de jeune fille à Casablanca, dont la directrice était une femme terrible, madame CHAZALON. Adieu le beau parc bruyant du cri des oiseaux, âne, chameaux, chevaux, canards, dindons…Fini ! Les couleurs sauvages des bleds Marocains, tout fut remplacé par des murs, des salles de cours, la prison… Elle a supporté, elle a travaillé ses amies de pension l’aimaient beaucoup, elle leur racontait sa vie et tous l’enviaient. Une année s’écoula sans que rien d’important ne se passe  et le « pater » fut muté à Rabat où elle est née… la joie pour elle.

 

Dans sa ville natale, elle recommença à jouer au tennis, n’étant plus pensionnaire, avec un cavalier des cadres noirs, elle s’est familiarisée au «  piaffé, appuyés et pas Espagnol » figures de voltige cavalière dont elle était très fière face à son dictateur de père, lequel s’enorgueillissait des compliments à son égard.

 

Parallèlement à l’ascension de son père qui devenait chef de la circonscription de Rabat banlieue, ce qui était un peu le couronnement de sa carrière, Danièle avec orgueil,  s’accrochait pour lui prouver sa valeur.

 

Le départ de Safi vers Rabat fut annoncé par le père comme chaque fois avec une grande solennité et beaucoup de joie pour toute la famille. Nouvelle vie, nouvelle maison nouvelle école, d’autres animaux. La mutation d’un haut fonctionnaire donnait lieu à une réception officielle avec tous les notables de la ville :

Le pacha qui était l’homologue arabe de ce père terrible et l’honorable administrateur qui lui, gouvernait les français du Maroc. Exceptionnellement à la demande du pacha, qui recevait avec protocole, les trois enfants de la famille furent conviés. A notre arrivée chez le pacha de Rabat et après les nombreuses salamaleks d’usage, nous nous sommes tous assis sur des coussins damassés de velours avec des broderies dorées et argentées. Pour la jeune fille et ses frères c’était la première fois qu’ils pénétraient un palais Marocain : les murs parés de dentelles de plâtre sculptées à la main, heures laborieuses d’artistes locaux étaient un spectacle extraordinaire de classe et de beauté.

 Danièle se croyait dans un conte des mille et une nuits, il lui fallait contenir son extase et devant tant de beautés, elle avait du mal à faire face aux yeux réprobateurs de son père qui lui avait apprit à ne pas extérioriser ses sentiments. A peine installés dans ce faste marocain, ce fut le moment de la cérémonie du thé à la menthe servi avec rituel : le préposé a cette tâche,  assis sur les tapis de Rabat, devant le grand plateau en argent, commençait à mettre avec ses doigts la menthe fraîche dans la théière, ensuite il prenait le pain de sucre recouvert de papier bleu, le cassait en gros morceau avec un marteau en argent ciselé, il mettait le tout avec un peu de thé vert dans la théière et versait l’eau bouillante avec un mouvement de haut en bas et de bas en haut d’amplitude de plus en plus grande. Tous ces gestes étaient minutieusement exécutés avec douceur, talent et précision. Après quelques minutes d’infusion il versait le thé dans les verres, très hauts, très effilés, ciselés de belles arabesques ensuite les convives devaient le déguster et pas n’importe comment. Le pater avait briffé les enfants afin de ne pas se brûler avec des verres aussi chauds.

Il fallait prendre le verre entre le pouce et l’index .Le pouce en haut du verre et l’index dessous, et boire avec beaucoup de bruit pour montrer son plaisir à savourer.

Ce rite se passait donc avant la dipha  (nom du repas arabe) après il arriva quelque chose de moins habituel. A un moment le pacha attira le petit frère de cinq ans un peu à l’écart sous l’œil réprobateur du pater. Pourquoi ? Le pacha lui offrit un cadeau, une jolie petite valise pour le goûter à l’école. Cette petite mallette cachetée au papier collant était impossible à ouvrir malgré l’effort de l’enfant, cela intrigua le père qui fit les gros yeux et s’empara du cadeau  jusqu’au retour à la maison. La petite fille était révoltée contre de son père qui avait subtilisé le présent, elle savait qu’elle serait réprimandée à la maison pour manque de tenue.

La dipha commença ...Une table ronde à quatre pieds en bois de citronnier haute de vingt centimètres seulement, fut apportée par quatre « chaouchs » en « sarouel » blanc, sur laquelle était posés, les verres les serviettes et pas d’assiettes, tandis que sur un plateau presque aussi large que la table le couscous arriva, les convives se rapprochèrent  assis en tailleur par terre, et le pacha annonça solennellement « Bis mellah » (que Dieu bénisse ce repas). Le pacha prit alors dans sa main droite l’équivalent d’une grosse cuillère à soupe de cette belle graine ivoire, la fit rouler dans le creux de sa main, pour en faire une boulette et l’offrir à l’épouse du gouverneur. Ensuite tout le monde suivit, même les enfants qui avaient appris, en un tour de main à manger avec les doigts. Pour être en accord parfait avec le protocole, il ne fallait se servir que de trois doigts et surtout ne pas se les sucer pour les remettre dans le couscous juste devant soi. Ensuite vint le « tajine aux pruneaux »et la moitié d’un mouton sur lequel on piochait avec ses doigts, toujours devant soi. Chacun déchiquetant son morceau de viande quelquefois en interposant un morceau de « kesra » (pain rond truffé de graines d’anis) entre la viande et ses doigts. La jeune fille avide d’information et curieuse comme tous les enfants se posaient une question toute interloquée par ces coutumes inhabituelles à ses yeux, quelque chose l’avait choquée ! Tant de beauté, tant de faste, tant de classe, et pourtant pourquoi les serveurs (ils étaient huit) étaient si laids et pourquoi ce furent de belles danseuses, le ventre nu et vêtues de voiles transparents de toutes les couleurs, qui servaient au dessert ? Sur le retour, elle eût  des explications: l’hospitalité Arabe étant sacrée, l’hôte, invité est  roi, et on se doit de le faire se délecter de la nourriture de son goût et non de sa vue. Si au début du repas les danseuses avaient apporté les plats, les hommes captivés par leur beauté auraient négligé la qualité du repas, alors qu’au dessert ils pouvaient, la panse bien remplie,  admirer ces danseuses qui couronnaient la « dipha »par une danse du ventre bien connue des marocains.

A l’arrivée à la maison, la petite curieuse de Danièle voulait, comme les autres savoir enfin ce qu’il pouvait bien y avoir dans la mallette qu’on n’avait pas voulu ouvrir chez le pacha de

 Rabat. Le « pater »était excédé du nombre de questions que sa fille lui posait au sujet de tout, pour elle qui était trop avide d’apprendre c’était tout et tout de suite. A l’arrivée à la maison, il monta dans sa chambre, les laissant mijoter un bon moment en bas, au  salon, puis il les appela tout les trois, pour leur montrer ce qu’il y avait dans la mallette. Bien entendu, Danièle toujours révoltée parce que son père ne voulait pas donner ce cadeau au petit frère ; trépignait. 

Ses mots furent ceux-ci: « Danièle, Gérard, Jean Claude, montez ! Vous voulez savoir ? Asseyez vous et regardez »

Il vida la mallette de son contenu… à leur stupeur des centaines de billets de banque s’étalèrent sur le lit des parents.

« Alors » dit- il

« C’est pour le petit frère ce cadeau ? »

Nous restions ébahis sans comprendre et lui de nous expliquer : 

« Vous voyez, tout cet argent m’est adressé, j’arrive dans ce pays pour y faire respecter la loi entre les arabes et les français ; si j’accepte cet argent, je devrais composer avec le pacha, dans son intérêt et pas dans celui des victimes.

Croyez vous que votre père est capable d’une telle bassesse ?

Avez-vous compris ce que veulent dire ces mots : corruption de haut fonctionnaire? »

 

Bien sur, Danièle avait comprit et se mordait un peu les doigts d’avoir fait la capricieuse et l’enfant mal élevée.

« Et maintenant ? » lui dit Danièle

« Qu’allez vous faire de cet argent? », elle vouvoyait ses parents, c’était comme ça, son père en avait décidé ainsi.

« Et bien demain, Tahar, le chaouch ira remettre cette mallette au pacha, avec le chauffeur comme témoin »

 

Ce fut fait, mais le chauffeur et Tahar, l’homme de confiance de la maison revint avec la mallette pleine d’argent. Le pater, furieux, officialisa l’affaire au tribunal administratif, et  le pacha fut condamné et limogé. Pour sa défense il invoquer le fait que c’était le premier gouverneur à refuser la mallette ? Que c’était la  «  caïda » (la coutume).

Ce jour là, le père de Danièle lui avait donné une bonne leçon : l’honneur, la pureté, la dignité

Malgré la crainte et le respect des enfants pour leur père ils en étaient très fiers,  le prenant sur ce plan là comme rempli de morale. On savait donc que Mr Bourgouin ne faisait pas « suer les burnous ».

 

 Danièle devenait une jeune fille désirable et possédait un cœur tendre, dans les nombreux clubs où elle faisait du tennis, du cheval, du ski nautique, elle rencontra un gentil garçon qui voulait l’épouser. Elle était prête, elle l’aimait comme on aime à dix huit ans. Le père ne le voyait pas de cet œil, la nouvelle annoncée, il traita sa fille de tous les noms et lui démontra un manque total de confiance.  A partir de là, elle fut séquestrée dans sa chambre et ne sortait que pour aller en classe, sans cesse escortée par un ou deux chaouchs. Ce fut l’enfer, la prison dorée, son cœur blessé, la haine au ventre la révolte dans tout son être, et un matin la goutte d’eau fit déborder le vase…

 

Comme tous les dimanches elle se lavait les cheveux, elle commençait à être coquette, ce qui déplaisait fortement à son père, et ce jour là,  elle décida de se couper une petite frange sur le front

Descendant dans le jardin, son père lui demanda : « de quel droit t’es tu coupé les cheveux sans mon autorisation ? »

 

Il s’en suivit une dispute terrible où elle lui demanda si elle avait le droit de respirer sans son autorisation, à cette question son père fou de rage qu’elle lui tienne tête la pris dans la voiture, sans chauffeur et l’amena au commissariat de police, pour la faire enfermer.

 Le commissaire a usé de beaucoup de diplomatie  pour calmer ce père, qui était s supérieur hiérarchique. Et elle fut enfermée des jours et des jours, dans sa chambre, privée de tout.

 

Les drames survenaient toujours le dimanche pour Danièle. Cette fois ci, une autre injustice la mit hors d’elle, son frère cadet Jean Claude s’était disputé à l’école et plusieurs fois elle s’était battue comme un garçon,  parce qu’on le traitait de sale boiteux; cette fois il s’était disputé avec le fils d’un professeur de lycée et il avait cogné un peu fort. Ce dimanche là donc, les parents du jeune homme sont venus se plaindre et le pater à demandé à Jean Claude de s’excuser auprès de celui qui l’avait insulté,  Jean Claude, bien sûr refusa d’obtempérer, pensant qu’il était la victime et que  c’était plutôt à l’autre de s’excuser,  le pater se mit en colère, frappa Jean Claude, devant le petit frère et la mère de l’agresseur, à coups de poing sur le visage, lui ordonnant de demander pardon. Jean Claude ne céda pas.

 

 Danièle et sa mère médusées regardaient avec fureur ce père frappant son fils handicapé d’une jambe que l’on avait traité de sale boiteux, à un moment, Jean Claude reculait pour éviter les coups au point qu’il fut acculé au mur et que le dernier coup de poing du père atterrit dans le mur, blessant au sang le poing du père. Danièle et sa mère se mirent à rire, et s’empressèrent de soigner Jean Claude. Autant d’injustices qui ont marqué, peut être même traumatisé Danièle, qui devint l’ennemi acharnée de son père, qu’elle supportait de moins en moins. Ce fut la punition extrême, elle fut envoyée en France, pensionnaire chez les Bonnes Sœurs.

 

Contrairement à l’effet escompté ce fut le début d’une forme de liberté : elle n’aurait plus son père sur le dos pour l’empêcher même de respirer sans autorisation.

Dans un premier temps elle accepta de quitter son Maroc chaud et si beau pour cette France glacée qu’elle ne connaissait pas. Mais dans sa petite tête de mule, elle avait décidé de s’enfuir à peine arrivée .Il n’y aurait pas de chaouch pour la surveiller, puisqu’elle était d’accord pour partir. Le père avait donc dû écrire aux sœurs pour leur dire qu’elle vilaine fille elle était.

 

A dix huit ans qui était-elle ?devenu homme, femme ou oiseau ? Peut- être les trois à la fois.

Cette jeune fille si douce si tendre, avait la détermination l’autorité la patience la ténacité d’une adulte, l’amour de liberté, des oiseaux qu’elle affectionne particulièrement, sachant les apprivoiser tout le long de sa vie.

A autre dimanche, autre drame, cette fois elle s’était confectionné un bikini pour aller à la plage, un peu trop petit au goût de son père, comment une jeune fille de bonne famille peut-elle chercher à s’exhiber de la sorte,  ce qui n’était d’ailleurs pas son but.

Elle atterrit un jour à Villeneuve sur lot, les sœurs l’accueillirent avec beaucoup de chaleur humaine, elle accepta cet amour avec tant d’ardeur qu’elle se mit à les aimer à son tour alors qu’elle avait l’intention de s’enfuir, tant son père lui avait prédit que les sœurs réussiraient à la mater.

 

Le problème était que Danièle n’avait pas reçu d’éducation religieuse, sa seule religion était d’écouter et d’obéir à son tyran de père .Elle eut avec les sœurs, surtout avec la mère supérieure, des rapports de mère à fille. C’était si nouveau et si agréable, elle n’avait à  dix huit ans jamais encore été écoutée, personne n’avait essayé de la comprendre et à ce jour elle n’était plus seule. Les sœurs l’ont comprise,  l’on aimée en déchiffrant sa douleur  interne. Danièle commença alors à apprécier les êtres humains qu’elle croyait tous fait comme son père.

 

Ses qualités sportives et l'amour qu'elle avait à donner aux autres, commencèrent là, à Villeneuve.

 

Dans ce pensionnat, personne ne faisant de sport et il n’y avait donc pas de professeur,  à force de persuasion,  elle fit office de professeur d’éducation physique, cela lui allait très bien et toutes les internes l’adoraient. Elle dû user de sa ténacité pour que les futures sportives trouvent une tenue adéquate pour courir, sauter, jouer au ballon ou au tennis.

Après maintes discussions elle obtint l’autorisation du port du pantalon ou du short. Et oui, pour Danièle il n’était impensable de faire du sport en jupe plissée bleu marine : tenue obligatoire dans la pension. Les sœurs furent scandalisées quand Danièle demanda un short court pour être plus libre de ses mouvements, de guerre lassent, elles acceptèrent finalement le short avec la jupe par-dessus ! Par la suite le short fût porté sans jupe, Danièle avait gagné.

Elle se félicitait d’être venu à Villeneuve, l’école s’appelait ‘’velours’’, en effet c’était devenu pour Danièle une vie de velours.

 

Toutes les religieuses rassurées, lui octroyaient de nombreux privilèges, entre autres, de sortir seule en ville, d’accompagner les autres comme une vrai pionne, ou recevoir son courrier cacheté et non ouvert, ceci étant l’usage.

 

En son for intérieur, elle pensait avoir eu beaucoup de chance quand son père décida de l’envoyer en punition dans ce pensionnat, elle en était si heureuse, elle avait quitté le Maroc triste, mais avait trouvé la vie libre et saine désirée en France.

Tout n’était que leurre, son jeune prétendant, Hubert Couleuvre lui écrivait régulièrement, avec poésie,  fière de la confiance que lui témoignait la mère supérieure lui remettant son courrier cacheté, jamais elle n’aurait pu se douter…. Toute l’année scolaire se passa ainsi, un second souffle que Danièle respirait le bonheur.

 

Les grandes vacances arrivées, le retour Maroc, la joie immense de retrouver ses couleurs, ses senteurs, ses chants arabes, dans la rue (les youyous), les domestiques qui l’ont élevée, ses frères et sa mère et la peur au ventre de retrouver son père.

Persuadée que les choses pouvaient avoir évoluées entre elle et lui, elle essaya de l’affronter  avec calme.

 

Quand elle lui avoua à quel point elle était heureuse  avec les religieuses, le père jaloux et furieux de tant d’éloges lui remis un paquet de copies de toutes les lettres qu’elle avait reçu d’Hubert…  stupeur, tristesse, douleur devant tant de trahison et d’hypocrisie.

 Heureusement que Danièle n’avait rien à cacher, grande fut sa déception à l’encontre des adultes, elle réalisa d’un seul coup à quel point l’humanité peut être vile.

Elle tenta, dans un ultime sursaut de révolte de fuguer, encore une fois, vite elle fut rattrapée par les cerbères de son père, jusqu’à sa majorité, dans sa prison dorée, son  tyran l’empêchât de penser, d’exister et dans son for intérieur, elle avait décidé de subir, à son vingt et unième anniversaire… elle serait libre, elle le savait elle le voulait, elle gagnerait.

Comment faire pour prendre son envol, elle savait  faire beaucoup de chose, il fallait qu’elle gagne sa vie pour être libre, cet oiseau blessé cherchait, dans tous ses atouts quoi faire.

 

Elle savait broder, coudre, dessiner, faire la cuisine, arranger une maison, apprivoiser les oiseaux, hérissons, mulots et même les serpents. Jouer au tennis, faire du ski nautique, tirer aux pigeons d’argile, faire de la moto. Et puis finalement à force de chercher partout, à force de parler aux adultes, amis de ces parents, elle fut acceptée comme institutrice dans un orphelinat en remplacement seulement mais elle apprit, beaucoup de ces orphelins, de leur tristesse, de leurs angoisses. Elle commença à donner son cœur et ses compétences à tous ces pauvres petits et son grand cœur ne l’empêcha pas d’être déjà très rigoureuse .Ce cours moyen CM1 était très dur, les élèves dont la plupart étaient marocains avaient entre 15 et 18 ans .Certains étaient déjà des hommes et Danièle n’avait que dix neuf ans. Quand la directrice la vit arriver avec ses papiers officiels pour enseigner cette classe, elle s’est affolée avec ces mots : « mais ils sont fous à l’académie »

Comment cette gamine allait tenir cette classe en pleine guerre du Maroc où les marocains demandaient l’indépendance. C’était en 1953, les ‘’francaouis’’ (nom donné aux français du Maroc) recevaient des pierres avec fortes insultes à la marocaine.

La discussion fut rude avec la directrice, pour lui  prouver ‘’qu’aux âmes bien nées, la valeur n’attend pas le nombre des années’’. Et elle le prouva. A son arrivée, la classe n’était fréquentée que des garçons et elle était une jeune fille à l’air fragile, son entrée fut sifflements cris et chahut! L’autorité de l’institutrice Danièle était nulle, ni la voix de la gentillesse, ni le parlé en arabe qu’elle maniait parfaitement, ni les menaces de punitions n’eurent droit sur le désordre qui régnait dans cette classe. Dans d’autres salles quelques jours avant, les élèves avaient molestés les instituteurs en en venant aux mains, la directrice craignait le pire pour Danièle qui la rassurait arguant  que née au Maroc, elle les connaissait bien, et arriverait d’une manière ou d’une autre à les maîtriser. C’est alors que Danièle s’est sentie face à des fauves toutes griffes dehors, elle fit ce qu’aurait fait un dresseur  ’’ une main de fer dans un gant de velours’’ 

 Ce jour là elle avait reçu  une boulette de papier dans le dos pendant qu’elle expliquait une leçon de chose au tableau, le dos toujours tourné, elle demanda d’une voix douce :' qui a lancé cette boulette ?’’ Aucune réponse.

Elle demanda en arabe un peu plus en colère « Chkoun li dir adakchi ? »* pas de réponse

« Qui a fait ça ? Toi ? Toi ? n’ta ? n’ta ?»

 Elle s’approcha du plus âgé des élèves, le plus grand, le plus fort, comme il ne répondait pas non plus, elle lui administra de toutes ses forces deux gifles magistrales ! Il y eût un silence de mort et une petite main se leva : « Ana, mademoiselle, ana ! »

« C’est moi, mademoiselle, c’est moi, lalla ! »

Ils avaient cette fois bien compris combien Danièle était déterminée que ni les événements en cours dans le pays, ni leur machisme rien n’y changerait, la directrice en fut estomaquée.

A son départ de l’école, tous les élèves pleuraient. Grâce à toutes ces expériences, Danièle devenait de plus en plus solide et adulte gardant toujours ce cœur ’’gros comme ça’’.

 Chez ses parents elle prenait de l’assurance et craignait de moins en moins son père qui lui paya son brevet de pilote d’avion.

Dix neuf ans ! bien jeune à l’époque, pour voler de ses propres ailes,  pourtant  elle se  présenta à l’aéroclub du Souissi à  Rabat en 1953, et tous les matins à six heures, elle volait avant d’aller retrouver ses petits élèves  en sachant qu’un jour elle serait pilote de métier.

 Son moniteur, Mr Meleux avait tous compris très vite, la gamine qu’il formait voulait s’évader, s’enfuir de chez ses parents. Bien sûr il a œuvré pour lui faire comprendre qu’elle pouvait faire carrière, qu’elle en avait le profil mais impossible d’avoir l’accord paternel. Danièle avait pris sa décision envers et contre tous, elle serait pilote, elle trouverait l’argent. Avec elle, à l’aéroclub de Rabat Souissi, il y a Jean future pilote de ligne, Jean  apprend à piloter les avions privés et lui aussi est fou de voler.

Monsieur Meleux à qui elle avait posé la question quant à sa capacité devenir pilote de ligne lui répondit ceci :

« Bien sur que tu y arriveras, mais tu devras te battre et te défendre contre ceux qui ne peuvent imaginer, à ce jour, une femme pilote de ligne. »

 Jean n’avait pas la même chance ne possédant qu’un seul poumon, l’autre si malade, ne pourrait jamais être apte à la visite médicale du personnel navigant  (CEMPN) selon le moniteur à qui la même question fût posée par l’intéressé.

Et Jean de répondre avec une force incroyable : «  Mr Meleux, je joue au tennis, je suis classé, je monte à cheval, je fais des courses de voiture et tout cela à un très haut niveau !et je le fais avec un seul poumon,  cela veut donc dire que je suis plus fort que ceux qui en ont  deux ! Je serais pilote de ligne ! »

Et bien sûr, il fut pilote de ligne et Danièle en fit son idole

.

C’était il y a quarante cinq ans, comment une jeune fille pouvait prétendre, au Maroc, devenir pilote de ligne ! Elle prenait ses désirs pour des réalités, il n’y avait qu’une personne pour le croire, la comprendre, la soutenir ; son moniteur et le pater en discorde avec lui maugréant que tant que sa fille serait sous son toit, c’est lui qui commanderait.

Elle obtint son brevet le 8 Octobre 1953, elle avait récompensé plusieurs de ses élèves, en leur offrant un baptême de l’air sur le petit  53. Plus personne ne pouvait l’arrêter, pas même son tigre de père. Tenir tête jour après jour jusqu’à sa majorité, était intolérable… elle se mit en quête d’une chambre ville seule.

Fin novembre 1953, elle avait retenu chambre, l’avait réglée de ses deniers d’institutrice, il était grand temps d annoncer son départ de la maison à sa mère.

Un matin, elle s’y employa mais la mère, bien qu’elle comprenait le besoin  d’indépendance de sa fille, refusa catégoriquement son départ en la grondant fortement contrairement à son habitude. Le père fut interpellé par les éclats de voix s’élever et Danièle n’en pouvant plus osa traiter sa mère de complice de séquestration, rassembla ses affaires personnelles dans une valise pour s’enfuir de cet enfer.

Elle n’avait pas encore vingt et un ans, son père alors, la frappa pour la première fois, la blessant au visage. Danièle, prête à riposter vit cette fois son père abdiquer… elle avait gagné. Elle quitta la maison, le père, la mère, les frères  sans se retourner, se réfugia dans sa chambre de bonne, son havre de fraîcheur, sa vraie maison : l’oiseau était libre.

Elle allait pouvoir respirer agir, travailler et oublier, oublier, oublier le cauchemar des vingt premières années de sa vie aux chaînes dorées ; elle les avait brisées à tout jamais ? Personne ne pourrait plus la jamais l’emprisonner.

Jusqu’aux grandes vacances elle resta institutrice à l’école et vola dans son petit aéroclub où le moniteur la protégeait de tout comme un père ; son orgueil refusant le moindre sou .Elle trouva à faire en plus de l’école, la laborantine, puis maquettiste en bâtiment pour un architecte où elle aida à confectionner la maquette du palais de justice d’Oujda. Elle faisait la secrétaire à l’aéroclub pour voler gratuitement en contre partie.

 Que n’aurait elle pas fait pour cela…

 Vinrent les grandes vacances, elle abandonna le métier d’institutrice et grâce à ses salaires et à l’aide de son moniteur notre petite institutrice s’envola pour St YAN y faire un stage de perfectionnement.

Le nouveau moniteur avait aussi était pilote de chasse pendant sa jeunesse notamment en Normandie pendant la guerre. Ce fut l’extase. Voler sur stampe biplan à l’air libre, où il fallait s’équiper de combinaison  de vol et de lunettes ce fut « les ailes de la liberté »

 Elle  les admirait tant, tous ces moniteurs pilotes, impressionnants de connaissance, virevoltant dans les airs, au ras des pâquerettes. A les voir immédiatement, Danièle voulut les imiter,  évoluer comme eux, libre des contraintes de la terre en caressant les nuages avec volupté.

Elle s’exécuta, eut l’honneur et le privilège d’être formée par un champion du monde de voltige en Angleterre  en 1954, Alain HISLER, le retrouvera t elle un jour pour lui dire merci?

Et les autres, NOTTEIGEM, BERLIN, PASADORI, les week-ends à ski logée nourrie à l’œil. Elle fut emballée et attaqua le stage de St YAN avec ses vedettes extraordinaires qu'elle n'oubliera jamais. A partir de là rien ne pouvait plus l'arrêter, elle fut lâchée en voltige et l'aviation devint sa seule raison de vivre.

Ce jour la, Danièle est dans l’herbe avec ses camarades à attendre son tour pour voler ! Elle compulse les bouquins de l’E.N.A.C. pour passer son brevet théorique de pilote professionnel.

Surgit alors le chef pilote  Alain HISLER qui lui dit « que fais tu avec ces bouquins, tu fais semblant d’apprendre ! » Encore une agression verbale parce que Danièle était une fille ! Mais ! Ce chef pilote lui dit : monte dans le stampe et montre-moi ce que tu sais faire ! »

Danièle courre vite faire « la visite pré-vol », met son parachute, prend des coussins, s’installe dans le STAMPE et attend le moniteur : il arrive et lui dit : 

 -« as-tu fait la visite pré-vol ? »

-« Oui monsieur »dit elle 

- «eh bien, descend et recommence »

 Daniel descend refit la visite et  trouva une grande clef à molette dans le moteur du STAMPE, elle l'enleva, la montra au moniteur et lui dit :

-          «  elle n'y était pas à l'instant quand j'ai fait la première visite.

-          « eh  bien, tu n'avais qu’à le voir quand je l'y ai mise »

Et oui, il avait raison il m’avait eue et bien eue! On aurait pu sans que je ne m’en aperçoive, me saboter l'avion! Quelle leçon?

Pendant ce temps, le Maroc était loin, son père sa mère ses frères y pensait elle ?

 Elle n'en avait plus le temps, les jours passèrent si vite, de stage en stage, il y eut les championnats du monde de parachutisme, elle décida aussi de le passer.

 Ayant fait la connaissance de Pierre MAS l'as des as avec Monique LAROCHE, Gil DELAMARE, et tant d'autres as qu’elle admirait tant.

Elle demeurait en France oubliant le passé,  imita la signature de son père pour faire ce stage à Gisy sur NOBLE près de SENS.

Chaque saut est une jouissance, sentir sur ses joues le vent à deux cent kilomètres heures, atterrir avec un "rouler bouler" dans l'herbe verte qui colore sa combinaison de vol sur la fesse droite et l'épaule gauche ou vice versa, ce qui prouve la qualité de l'atterrissage.

Mais ce jour là ce n'était pas un "rouler bouler" classique c'était un "rouler bouler arrière" le vent étant très fort, la tête de Danièle cogna le sol si fort qu'elle resta par terre inerte, elle avait ce qu'on appelle "le coup du lapin" elle se retrouva dans un lit avec tous les copains affolés! Mais elle avait la tête dure et tout est rentra dans l'ordre à son réveil. Remise sur pied elle ressauta le lendemain comme si de rien n'était.

Le stage se termina le brevet de parachutiste en chute libre dans la poche pleurant de quitter tous ces amis si extraordinaires pour retourner à St Yan faire un stage de transformation sur avion lourd train rentrant hélice à pas variable du genre norecrin puis bi moteur Goéland.

Elle allait en vol de moniteur en moniteur, d'école en école, pourquoi s'arrêterait elle ?

Entre les vols il y avait les réfectoires, les piaules des filles et des garçons,  les fêtes,  les anniversaires des uns et des autres les sorties nocturnes et "l'emplumage de la statue" ceux de cette époque là 1954 s'en rappelleront  toujours : c'était le 18 juillet où dans les villages avoisinant St Yan, tout le monde s'amusait c'était la fête partout; tout le stage s'était donné la main pour  fêter. Michel BERLIN le chef pilote et bien d'autres moniteurs étaient des nôtres avec tant de modestie.

Il y avait aussi une pilote extraordinaire, Pompon (Reine LACOUR) une femme,  pilote avant Danièle, espiègle au possible pour s’amuser, elle ne trouva rien de mieux que le lendemain on emplume une statue pour "rigoler" tous ensemble, nous étions treize stagiaires .

Pompon trouva de quoi coller les plumes de nos polochons dans les ateliers de St YAN

Et dimanche soir treize juillet nous la suivions tous pour voir comment elle allait s'y prendre,  les garçons ravis que ce soit les filles qui mènent la danse, tout ce petit monde arriva au pied d'une statue montrant un beau buste de Diane les seins nus sculpté dans la pierre avec art, surmonté d'un joli visage. Pompon et nous tous, aidions à la chose, elle mit de la colle sur le dessus de ses lèvres et recouvrit le tout de plumes de polochon, lui faisant ainsi une belle moustache. Et tout ce jeune monde de rire aux éclats: la nuit se termina à danser et à rire et chacun rentra dans sa piaule jusqu'au lendemain sans penser aux conséquences de leurs actes de gosses.

Nous furent tous réveillés par un pilote avec le journal du jour dans les mains sur lequel en première page était écrit "Des vandales ont outrageusement souillés la statue de la résistance".

Sans le savoir, ils avaient souillé une statue de la résistance, ils n'avaient pas remarqué la liste des morts pour la France gravée sur les côtés, ils furent tous les treize condamnés à payer une amande pour remettre la statue en état, car n'ayant pas trouvé de colle dans les hangars, Pompon avait pris de l'émail lite ce qui avait un peu détérioré la statue.

Il  fallut réparer: ne parlons pas de la réaction du père de Danièle devant cette horrible bêtise de gosse.

Puis le stage de St Yan prit fin, adieu les copains, les moniteurs, retour au soleil à Rabat, retour aux sources.

Danièle fut accueillie comme une héroïne, elle revenait avec un beau petit bagage.

Elle revola dans son aéroclub, sauva de la noyade, un homme sur la plage des contrebandiers en lui lançant un canot depuis l'avion J3 de ses débuts, se posa dans un champ en revenant de Sati.

Le vent étant plus fort que prévu, plutôt que de survoler la grande ville de Casablanca, le temps étant trop court, elle posa l'avion sans radio à l'époque et sans rien casser .

Elle avait choisi un champ au bord d'une route, route sur laquelle elle savait qu'elle pourrait redécoller.

Ensuite une fois au sol, elle put grâce au  "téléphone arabe" prévenir son moniteur Melux afin qu'il vienne en voiture la ravitailler en essence. La gendarmerie ferma la route sur un kilomètre pour permettre au J3 de décoller. Ce fut son premier incident sans "bobo" après l'atterrissage en campagne qu'a-t-elle ressenti?

La seule chose qu’elle craignait était de paniquer au premier incident, celui-ci lui ayant démontré son contrôle, elle n’a jamais plus eu peur d’ailleurs il y eu plus tard un incident beaucoup plus grave.

Un après midi Monsieur VIDAILLAC appela Danièle pour une mission de photographie aérienne sur son BOISAVIA qu'elle ne connaissait pas du tout, il fallait décoller le lendemain matin.

Avec sa rigueur déjà notoire, elle demanda à faire un vol de prise en main de suite pendant lequel elle s'exerça à faire des encadrements en cas de pannes éventuelles. Elle mettait toujours toutes les chances de son côté, elle n'oubliait jamais qu'on l'attendait au tournant et qu'elle n'avait pas le droit à l'erreur sinon c'était la descente en flamme.

L’avion, une aile haute, train fixe, quatre places, équipé d'une trappe photo sous le ventre.

Elle connaissait le boulot: quadriller des hectares et des hectares de terre à photographier en verticale. Vers six heures le lendemain matin elle arriva au hangar  pour effectuer cette mission: les photographes étaient là tout était en place sauf que le propriétaire de l'avion, photographe aussi était en train de bricoler quelque chose au tour du capot moteur.

 -"Que faites- vous là! Monsieur VIDAILLAC? On ne doit laisser toucher l'avion que par le mécanicien »

- et lui de répondre «  écoute Danièle, je sais que tu es rigoureuse et soucieuse de la sécurité mais je vais t'expliquer, tu vois lui dit il la trappe par laquelle nous effectuons les prises de vues se tache d'huile parce que l'évacuation du reniflard d'huile se trouve à l'avant donc si on met un tuyau pour faire l'huile derrière il n'y aura plus de taches noires sur les photos! »  

- « vous auriez du le faire faire par le mécanicien! D'accord, d'accord ou est le danger? » Murmura t-elle

Donc à vingt quatre ans à l'époque, Danièle pensant qu'il n'y avait pas de danger et qu’elle saurait se tirer d'affaire au cas où! Après une heure de vol de Casablanca jusqu'à MIDELT  elle  commença à quadriller le terrain à photographier, en ligne droite à haute altitude : deux mille mètres heureusement, tout d'un coup, le pare brise devint noir de  l’huile du moteur s'échappait  par le moyeu de l'hélice, manifestement la bricole faite par Mr VIDAILLAC, n’avait pas tenu,  et maintenant elle n’avait même plus de visibilité! Elle coupa le moteur qui vidé de son huile risquait de prendre feu et chercha un champ pour atterrissage de fortune. Elle effectua un encadrement autour du champ qu'elle réussit très bien, la dernière ligne droite fut terrible, en virage facile de piloter en regardant à gauche mais pas en ligne droite…

En course finale elle n'y voyait plus rien,  plus d'horizon,  plus de hauteur au sol avec son pare brise noir d’huile.  C'était un terrain labouré et l'avion ayant une roulette de queue et non de nez, le risque était de se retrouver sur le dos si au dernier moment un caillou bloquait une roue.

La baraka était là, après une course un peu cahoteuse, il s'immobilisa sans encombres.

Elle avait  au préalable ouvert la porte pour un éventuel saut des passagers en cas de "pill off" position de l'avion planté le nez dans la terre,  tout s'était bien passé, plus de peur que de mal.

Elle était toujours étonnée son sang froid et de la maîtrise qu'elle avait déjà des avions.

Apres cette mésaventure on poussa l'avion sur la route que les gendarmes barrèrent let elle décolla encore une fois après le plein d’huile.

Et la voila repartie à CHALLES les eaux, quelques économies faites avec des  petits boulots.

Elle apprit à atterrir dans la neige cela changeait du tout au tout, à la place des immensités du désert du sud Marocain, ce furent de belles montagnes bleues, des cimes enneigées, des lacs, qu'elle survola en STAMPE (avion biplan de voltige) d'abord  puis a skis ensuite, grâce à monsieur GOURBEYRE le chef de centre de CHALLES les eaux et à sa famille. Ou lui fit chausser des skis et ce fut une jouissance quelle connaissait mal bien qu'elle ait déjà skié à OUKAÏMEDEN dans le djébel à TOUBKAL au MAROC. Elle mélangeait le plaisir d'apprendre la pédagogie  pour enseigner l'aviation en apprenant elle-même à skier sur les belles pentes de CHALLES LES EAUX, elle poursuivait donc son stage d'instructeur aidée par tous ces moniteurs Gérard PIERRE, DELPARTE, GOURBEYRE, LEGERON qui lui des heures entières de cours théoriques pour perfectionner ses connaissances en aérodynamique surtout. C'est lui qui lui trouva le moyen de gagner des sous en traversant le col de la DENT DU CHAT ou une école de bonnes sœurs avait besoin d'une "instit".

 Dans le froid d'un hiver glacé on voyait une espèce de martien habillé chaudement avec juste les yeux pour voir, un martien pilotant cette fois un scooter prêté par encore quelque bonne âme, faisant le trajet de l'école des pilotes à CHALLES à l'école des bonnes sœurs quelle adorait. Ce fut très difficile pour Danièle de passer de l'instit à la future instructrice elle-même étant à peine adulte, mais elle était née sous une belle étoile, une étoile filante ne restant jamais en place.

 Son dernier test fut mémorable: il fallait aller naviguer la tète à l'air dans le STAMPE avec les cartes sur les genoux de CHALLES LES EAUX à MACON; bien entendu cet oiseau des iles ne se promenait pas en voiture pour visiter le pays autour, son but premier étant de voler et non de faire du tourisme. Elle connaissait un peu la France et surtout par-dessus les nuages. Son testeur Gérard PIERRE la regardait dans le rétroviseur quand il la vit inquiète, très inquiète: elle avait bien survole tous les points de repaire, les avait bien reconnus mais en regardant sa carte au cinq cent millièmes puis le sol sous elle plus rien ne correspondait. Son sang ne fit qu'un tour elle se voyait déjà recalée. Elle s'était sans doute perdue… la honte!!! Que ce passait t'il? Qu'étaient-ce tous ces lacs? Logiquement elle aurait du être à MACON tout concordait… mais d’où sortaient tous ces lacs au dessous d'elle? Elle s'était perdue… ou était t'elle? Et le moniteur qui continuait à l'observer avec une certaine moquerie!!! Alors, dit-il "où sommes-nous? A MACON ou non" elle ne pouvait plus parler tellement elle était stressée! Pourtant ce n'était pas possible la navigation (NAV) s'était si bien déroulée jusque là; et tout d'un coup elle aperçu un hangar immense sur lequel était écrit : « MACON »,  elle comprit enfin quelle ne s'était pas perdue mais ne lisant pas les journaux du pays non plus, elle ignorait que toute la campagne environnante était inondée.

 Elle fut reçue, devint instructeur et examinateur, mais comme elle avait eu peur! A partir de là, les instructeurs lui firent comprendre qu'il fallait qu'elle se décide vraiment à gagner ses quatre gallons. Pour cela il fallait passer de l'amateurisme au professionnalisme, dur dur, et pourquoi pas? Que fallait-il sauter encore? Elle sauterait toujours plus haut, toujours plus loin il fallait surtout "monter à PARIS". Comment l'animal sauvage du bled MAROCAIN allait-il supporter l'enfer de PARIS, la grisaille et le métro…

 

Un beau jour grâce à Pierre MAS son moniteur de parachutisme, elle dut courir dans les locaux en bois du SFA 155, rue de la CROIX NIVERT 15ieme, dans la  froideur des couloirs interminables, frappant de porte en porte pour trouver un adulte capable de l'inscrire à un stage de pilote professionnel et ce fut en vain. Il fallait la théorie d'abord, comment faire, et où? Elle alla au BOURGET. Le plus dur fut de trouver à se loger pour cet oiseau qui semblait ne plus avoir d'ailes, les airs lui faisant défaut, chemin faisant sa bonne étoile, la Baraka, lui fait rencontrer Madame la Baronne de VENDEUVRE la présidente de l'aéroclub des IPSA (Infirmière Pilote Secourisme de l'Air) en même temps, elle trouva une chambre de bonne cher Madame KREMER quelle n'oubliera jamais.

 

Dans ce milieu extraordinaire d'infirmières Pilotes, Danièle eut encore la joie d'apprendre à soigner et même de passer son brevet de secourisme de l'air, en échange de cours d'aérodynamique et de mécanique du vol quelle donna à la Croix Rouge Française. Emerveillée par tous se quelle touchait et assoiffée d'apprendre, elle s'enrichissait tous les jours.

Entre temps elle avait renoué avec sa mère qui avait quitté le MAROC suite à l'indépendance. Elle put lui demander qui, en haut lieu pouvait l'aider à entrer à l'ENAC à ORLY SUD elle chercha dans sa mémoire le nom d'un haut fonctionnaire qui pourrait peut-être intervenir pour que, même en candidate libre, elle puisse suivre les cours au sol de l'ENAC.

 

Monsieur GROMMAND donc, le préfet de MELUN de l'époque avait connu sa mère et Danièle eu un rendez-vous avec lui. Le jour J arriva il fallut quelle aille au stage 1956 1957 déjà commencé depuis une semaine.

 

Ce jour la fut mémorable elle arriva dans les baraquements de l'ENAC à ORLY SUD après avoir eu beaucoup de mal à s'y rendre, le bus, le Métro cette sauvageonne ne savait vraiment pas se diriger dans PARIS.

 

En main une lettre du Ministre des TP GROMMAND pour suivre les cours de l'ENAC elle tapa donc à la salle de cour des EPL (Elève Pilote de Ligne), le professeur ouvrit et lui dit

-          "Mademoiselle les hôtesses de l'air c'est la porte en face"

-           et Danièle de dire "mais Monsieur…"

-          "Mademoiselle je vous dis que les hôtesses de l'air c'est en face"

-          "Mais Monsieur…" on ne la laissait pas parler, il fallut un bon moment au professeur pour comprendre qu'elle était venue pour suivre le stage des EPL.

Que ne fut la consternation de tous élèves et professeur de voire arriver une gamine de vingt trois ans!!! C'était en 1956, Eh oui, c'est loin pour elle aujourd'hui et pourtant c'était hier.

 

Durant six mois elle passait de la place des Gobelins à la place d'Italie pour se rendre à l'ENAC à ORLY SUD,  comme elle n'avait pas beaucoup de sous, tous les matins elle marchait a pied sur le grand boulevard entre ces deux places pour prendre le car qui l'amenait à l'ENAC passant devant les cafés collés les uns au autres ou les Parisiens prenaient leur « petit-déj » avant d'aller au boulot. Un jour Danièle fut arrêtée par une femme d'une cinquantaine d'années « où allez-vous comme ça mademoiselle lui dit elle? » et Danièle très fière lui répondit quelle allait a l'ENAC et quelle était pilote etc.… la femme la complimenta sur son charme exotique "comme vous avez de beaux cheveux, un joli visage et un joli corps!" bien sur Danièle était flattée, à l'habitude c'étaient les garçons et non les femmes qui lui disaient tout cela, et la dame de continuer en la questionnant de plus belle : «  avez-vous un petit ami? Avez-vous des parents? »,  Et la fière Danièle de lui répondre avec orgueil qu’elle était assez grande et capable de se débrouiller seule « comment gagnez-vous votre vie pour vous payer ces études là » dit cette femme encore? Danièle dût lui avouer quelle avait du mal à joindre les deux bouts et que pour ce faire elle effectuait des petits boulots. A cela elle lui rétorqua que si elle désirait gagner des sous elle devait se rendre a l'adresse quelle lui indiquait où son mari, sculpteur la paierait pour poser. Danièle se rebiffa en lui invoquant le fait quelle ne pourrait poser nue, la dame la rassura, son mari ne sculpterait que son visage aux cheveux si longs, et Danièle dit "oui" elle se voyait déjà se payer des "Qualifs" de type et encore des stages, tant l'offre était alléchante.

 

Apres cette entrevue! Elle arriva à l'ENAC et raconta cette aventure qu'elle croyait miraculeuse! Les garçons qui connaissaient bien Paris lui ôtèrent ses illusions en lui disant que c'était surement un traquenard! Danièle incrédule, comme d'habitude, n'écoutait qu'elle-même elle se rendit au rendez-vous; ses copains, devenus gardes du corps lui dirent "ok, nous t'accompagnons, d'abord, tu vas encore te perdre dans Paris et de plus nous possédons une voiture " bien sûr, Danièle était ravie elle les aimait tellement ses copains, ils étaient "sa Baraka à elle" ils étaient son étoile magique,  ses protecteurs malgré elle, où sont-ils ses sauveurs, elle ne se rappelle plus de leurs noms! Il faudrait quelle les retrouve un jour.

 

Les voila partis tous les trois avec Danièle, curieuse comme une chatte. L'arrivée dans l'immeuble d'un quartier coupe gorge fut déjà alarmant. Les copains: "tu ne va pas y monter!  Ton sculpteur ne peut pas habiter un endroit pareil!" c'était vrai, elle se rendait à l'évidence cet endroit était louche! Mais cette Danièle n'avait peur de rien! Il fallait qu'elle y monte et seule, elle demanda à ses copains de rester en bas de l'escalier. Elle tapa à la porte; on lui ouvrit, ce n'était pas la dame! Un homme à la mine patibulaire l'accueillit, elle commença à avoir peur! Ou était-elle tombée? derrière la porte d'entrée il y avait des "rideaux crado" et l'homme commença à lui demander d'enlever son tee shirt " il voulut la toucher en disant, ah oui, en effet tu es bien foutue" bien sûr, les forces de son corps sportif ont repoussé l'homme, elle descendit quatre à quatre les marches des escaliers pour se retrouver dans les bras de ses trois copains; elle n'a jamais su ce qui se passait là dedans, sa curiosité à failli lui coûter cher, sans ses potes!!! Que serait- elle devenue ?

 

Vite elle a tout oublié et fini son stage avec son brevet de Pilote Professionnel en poche ce fut ensuite le stage pratique au Secrétariat General de l'Aviation Civile à GUYANCOURT sur Nord 1100 et passa haut la main le test en vol avec Monsieur Jean SERVAIS.

 

C'était fait, elle avait gagné elle était enfin professionnelle, entre temps le MAROC était devenu indépendant et son père muté à Paris.

 

La famille habitait en face de la piscine Molitor, un jour Danièle appela sa mère pour lui annoncer son succès total PP, IFR, Instructeur: "Maman je peux gagner ma vie maintenant en faisant ce que j'aime, je suis libre et indépendante, mes rêves de jeunesse se sont réalisés et je voudrais en profiter pour enterrer la hache de guerre avec le pater, voulez vous que je vienne déjeuner un jour avec vous-même et lui. Le rendez-vous fut prit! Quelle journée! Danièle arriva ver onze heures trente pour y voir en premier sa mère et ses deux frères quelle n'avait pas vus depuis trois ans. Vers treize heures le pater arriva! Il toisa sa fille des pieds à la tête, froid et distant sans la prendre dans ses bras et sans effusion aucune, il lui dit " alors! Ta mère ma raconté que tu avais fait quoi ?" Danièle très fière lui expliqua quelle avait durant toutes ses années réussi ses examens, quelle était maintenant Pilote Professionnel instructeur.

Il lui cracha deux mots " et alors".

 

"Et alors" dit-elle "je l'ai fait sans votre fric, sans votre autorisation, sans votre piston! Au revoir et à jamais"

 

Profondément peinée de tant de froideur, elle s'éloigna définitivement pour oublier ce père tyrannique et inhumain.

 

Trois années s'étaient écoulées quelle n'oubliera jamais, jamais elle n'oubliera ceux qui l'on aidée, le petit aéroclub du SOUISSI à RABAT au Maroc où elle avait commencé ses premières heures de vol.

Elle reprit Air Afrique pour retourner embrasser son petit J3 de soixante cinq chevaux qui lui permettait de survoler le palais du Roi du Maroc et du Sultan de l'époque.

 

Dans son Maroc natal, elle commença sa vie de Pilote instructeur sur J3 et STAMPE avec son instructeur des débuts.

 

Voler le samedi et le dimanche ne lui suffisait pas, alors aidée de son moniteur, dotée de ses quatre gallons sur les épaules, de son nombre d'heures de vol et du haut de ses vingt quatre ans, elle alla poser sa candidature comme pilote d'avion taxi dans une petite compagnie à CASABLANCA sur l'avenue d'AMADE.

Le chef pilote le colonel RESSEGUIER était à la retraite, il aurait pu être son père et selon lui elle était trop jeune et peu expérimentée, de plus une jeune fille visiblement, cela ne faisait pas sérieux pour l'image de marque de la société O.N.A. (Omnium Nord Africain).

Elle a mis du temps à comprendre, elle connaissait ses qualités : travail, honnêteté, modestie, patience, persévérance, reconnaissance, elle avait eu de bonnes notes en stage elle avait gagné ses gallons sans piston, sa seule arme reposait sur sa valeur morale, il faudrait qu’elle joue et quelle gagne, elle jouait au tennis,  était classée,  pour être classée, il fallait jouer.

 Elle avait perdu et avait gagné quelques tournois avec quelques trophées bien mérités il fallait gagner ce match.

.Elle avait déjà failli perdre avec un 5/0 40/0 et avait tout remonté à force de ténacité, patience et persévérance!

Elle allait gagner ce match.

Elle revint donc à l'attaque, obtint un rendez-vous avec le sous directeur et le PDG quémandant une chance, en proposant même de piloter bénévolement et affirmant quelle ferait tout pour se faire respecter. Un poste lui fut offert, pas de pilote non, mais d'agent technique d'aviation avec un salaire de secrétaire. La belle affaire, ce n'était rien pour elle, elle piloterait en copilote sur de si beaux avions : PIPER APACHE et BEECH 18 elle se rappelle encore leurs immatriculations CNTTA et CNTTD.

En premier elle allait à MARRAKECH "perle du sud" avec des français, elle survolait la Mosquée KOUTOUBIA pour permettre aux touristes de rapporter toutes ces beautés, dans leurs bagages.

Une fois posée, elle servait de guide faisant visiter la place DJAMA EL FNA, la fontaine BAB EL JDID, les porteurs d'eau aux mille timbales de cuivre, les charmeurs de serpents, le Jardin de MAJORELLE.

Tous les touristes la photographiaient en souvenir.

Ensuite avec le BEECH c'était AGADIR, CAP JUBY (Tan Tan) les Canaries, l'Espagne, les Baléares et puis le SUD MAROCAIN SAHARIEN "OUARZAZATE et (Mourir), TAROUDANT BOUSKOUR" avec soixante degrés à l'ombre. On ne pouvait se poser qu'avant dix heures et décoller qu'après seize heures aucun décollage n'étant possible à cause de la faible densité de l'air à cette température.

Elle posa aussi tous ces beaux avions, train classique à BOUSKOUR où sur des pistes de fortune, n'importe où, a côté des mines de manganèse, de cobalt et de cuivre.

Pendant tous ces mois, ce fut le rêve éveillé, se faire respecter et aimer par ces Messieurs Pilotes souvent plus âgés qu’elle de plus de vingt ans, elle apprenait beaucoup d’eux et ils étaient surpris de la voir piloter, faire l’hôtesse  et donner sa spontanéité à tous .Elle les aimait tous, mais sa naïveté lui réserva quelques surprises alors qu’elle commençait à se prélasser dans une sorte de bonheur inespéré.          

Elle était heureuse, elle commençait à croire que « tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil ».

Ils étaient plusieurs pilotes à qui, chaque jour, on attribuait un itinéraire pour s’occuper des touristes et un jour le chef pilote la convoqua et lui dit :

-« Ma petite, nous allons à Marrakech cet après-midi »

-« ok » dit-elle ravie car elle adorait cette ville plus que toutes les autres du Maroc

« Et qui emmenons nous ? »

-« Personne »déclara le chef pilote

-« OK, alors qui allons nous chercher ? »

-« Personne » dit –il

-« Mais que va-t-on faire à Marrakech ? » répondit Danièle interloquée

-« Ah, mon petit, on y va tous les deux, je vais te faire connaître la Mamounia » (hôtel de luxe qu’elle connaissait déjà  pour y être allée avec son père).

Voilà l’oiseau inoffensif  devenir tigresse puis lionne, elle refusa catégoriquement ce vol malgré la menace de mise à pied de ce supérieur malotru, il était tout de même colonel !

Ce petit oiseau d’aspect et de cœur si fragile avait courageusement repoussé cet homme dur

Et puissant, elle avait gagné définitivement car elle ne fût jamais licenciée, bien au contraire, elle gagna sa nomination de commandant de bord sur ce Beech 18  avec des copilotes encore une fois plus âgés qu’elle.

Chaque semaine elle faisait donc le vol Casablanca – Agadir - Tan Tan (cap Juby), pour le « crew change » des pétroliers qui foraient en face de Cap Juby.

Pendant que ces passagers allaient en hélicoptère sur le Derrick en mer, elle se promenait sur la grande plage de Tan Tan avec son équipage : le copilote, le radio et le mécano -nav.

GIARD, FIORELLI, MORIRISSON, elle n’oubliera jamais leurs noms, il y avait de grosses pierres sur cette immense plage de sable fin autour desquelles des cordes étaient fixées et allaient dans l’océan. Une fois encore piquée de curiosité, qu’y avait –t-il au bout de ces cordes ?

Les anciens, bien sûr, lui disaient : « eh bien, tire dessus et tu verras bien ! »

Elle tira …et au bout il y avait des homards vivants !!!

En fait les pêcheurs du coin avaient organisé de cette façon un vivier sans que jamais personne n’ait l’idée de les dérober.

Le temps s’écoulait, les heures  remplissaient peu à peu son carnet de vol, le bonheur

S’installait gommant le passé triste de son adolescence.

Ce jour là, le colonel l’appela pour lui dire : « Danièle, demain il faudra aller à Marrakech pour une EVASAN (évacuation sanitaire), tu prendras l’Apache CRTTA et ce sera BARBOU et Yvette Mazelier  qui te remplaceront sur Agadir sur le Beech 18.

« OUHA HA chef »dit-elle et elle prépara son vol pour Marrakech sachant qu’elle y dormirait de même que l’équipage qui l’avait remplacée dormirait à Agadir.

Le lendemain ce fût le tremblement de terre à Agadir qui fit dix mille morts et l’hôtel SAADA où nous avions l’habitude de dormir s’écroula sans y laisser de survivant.

Très longtemps affligée par la mort de ses deux camarades ensevelis vivants, sa baraka l’avait épargnée !!!

Tous les jours qui suivirent elle fit l’aller retour pour ramener les blessés à Casablanca.

Jamais Danièle ne comprendra pourquoi cette chance insolente accompagnait sa vie.

Il fallut qu’elle aille de l’avant sans se retourner, elle continua à voler, à transporter les cadres de l’ONA jusqu’au jour où ce fut le tour du chef de personnel de cette société.

Elle volait sans cesse, les samedis, dimanches et ses jours de relâche dans les aéroclubs, elle communiquait déjà si jeune, à ses élèves le virus du vol à Tit MELLIL.

Certains ont fait carrière de pilote de ligne et sont maintenant à la retraite, ils n’ont jamais oublié leur instructrice, quelques uns le lui ont avoué quarante ans plus tard ! Elle en a pleuré d’émotion (Jean Jacques SAHUT).

Sa passion de piloter remplissait entièrement sa vie qu’elle menait toujours au présent, elle en oubliait même qu’elle était femme et qu’elle était jeune, elle ignorait même les avances de ses camarades amoureux, pour elle les hommes étaient tous calqués sur son père autoritaire et tyrannique.

Elle avait décollé pour être libre rien d’autre ne l’intéressait sinon n’en faire qu’à sa tête …
mais le chef de personnel de l’O.N.A. qu’elle transportait souvent d’un bled à l’autre du Maroc arrêta net un jour, sa course folle .Il lui remit un peu les pieds sur terre, un peu seulement, il était beau, intelligent, il avait tout pour la faire craquer et il parvint à la persuader qu’il n’était pas comme son père. Souvent en se remémorant le passé elle se trouvait égoïste même égocentrique mais ne souhaitait aucun obstacle sur la route de sa liberté chérie ! Elle n’avait que vingt quatre ans !c’est si peu ! Tous ses amis la pressaient à accepter d’épouser cet amour de garçon ! Daniel ! Coïncidence…les deux Daniel se sont mariés un jour de 1959.

Encore une fois elle aurait souhaiter grâce à cet évènement renouer avec son père, hélas ! Monsieur le Contrôleur Civil Administrateur au Maroc devant qui tout le monde

S’inclinait ne l’entendit pas de cette oreille : « De quel droit te maries-tu sans me demander  la permission ? Fais ce que tu veux mais j’ai donné  l’ordre à ta mère de ne pas assister à ton mariage ».

La cérémonie s’est déroulée au Maroc en toute simplicité, l’absence de ses parents lui ayant évité un mariage en grandes pompes, finalement Danièle trouva cela bien mieux, elle détestait les « salamaleks » .Elle s’attachait de plus en plus à la vérité, la simplicité et la modestie, elle était très pudique.

 Six mois plus tard Madame Bourgouin, sa mère, a manifesté le désir de voir sa fille malgré toutes ses suppliques, le père demeura inflexible, il s’opposa à ce qu’elle retourne au Maroc.

Sa mère dût user de stratagème et de la complicité de son dernier fils Gérard pour quitter SCEAU et se rendre à Casablanca. Elle traversa l’Espagne par train, le détroit de Gibraltar par bateau n’ayant pas pu économiser suffisamment pour prendre l’avion Paris Casablanca.

Quelle ne fût la surprise de Danièle en ouvrant sa porte de voir sa mère débarquer chez elle sans l’autorisation de son père !

Affolée sa réaction première fût de lui dire : « Mais Maman vous êtes folle, il vous tuera à votre retour pour lui avoir fait un coup pareil ! »

Danièle et ses deux frères vouvoyaient leurs parents depuis toujours ce qui érigeait un mûr entre eux.

La maman avait décidé qu’elle rentrerait chez elle quand elle le voudrait… elle demeura six mois au Maroc. Elle retrouva sa vie, ses amis du temps préfectoral, les colons qu’elle aimait beaucoup étaient tous partis en Espagne ou au Portugal planter leurs choux depuis l’indépendance.

Pendant ce temps, le père furieux du comportement de son épouse entama une procédure de divorce pour abandon de domicile conjugal.

A son retour en France madame Bourgouin obtiendra la séparation de corps aux torts du mari.

Et voilà, Danièle était devenue MADAME, elle en imposait un peu plus ! Qui sait si elle ne s’est pas inconsciemment mariée pour cela !!!

Elle était fière, un peu trop orgueilleuse au point qu’un incident (qu’elle raconte à tous ses élèves) la fit revenir à plus de modestie.

Il y eu un jour un meeting aérien organisé par les Américains à BEN GUERIR, une fête aérienne où son mari, son chef pilote voulaient l’emmener, ils souhaitaient qu’elle se mesura aux autres pilotes tant ils étaient fiers d’elle et elle le savait mais elle n’aimait pas du tout qu’on la mette en avant comme un singe savant. Elle refusa de s’inscrire à la compétition, elle les accompagna en spectateur avec un TRIPACER de la compagnie O.N.A.

L’ambiance était chaude quarante degrés à l’ombre en plus de l’excitation dans les tribunes.

Le soleil de plomb, les cumulus partout, les rafales de vent rendaient le pilotage des petits avions très délicat. Les hauts parleurs hurlaient pour annoncer le décollage de chaque pilote qui adorait ressentir ce trac avant l’effort, la poussière rose de latérite de la piste, les têtes à queues des avions à train classique ; quelle jouissance pour tout le monde !

Le spectacle commença, chaque pilote masculin bien sûr, portait un numéro dans le dos, ils décollaient tous en faisant vrombir leurs petits moteurs pour ensuite atterrir sur un mouchoir de poche, un minuscule carré de piste délimité par les organisateurs ; pour gagner il fallait se poser dans ce carré et s’arrêter en trois cent mètres sans freiner.  

Les uns derrière les autres les avions se présentaient s’inclinant dans tous les sens et nul n’arrivait à poser ses plumes dans le carré. Danièle sautillait sur sa chaise, observant leur façon de faire : il fallait adopter une autre tactique, amener l’avion en P.T.U., prise de terrain en V glissée dans le vent ainsi les rafales seraient mieux maîtrisées mais pour le savoir il fallait avoir suivi quelques stages de perfectionnement et de voltige. Elle avait fait St YAN et CHALLES LES EAUX, elle avait tout appris !

Et ne voilà t-il pas que son mari, son chef pilote et tout ceux qui étaient là savaient qu’elle pouvait réaliser ce qui n’était pas un exploit pour elle.

Le Président de l’aéroclub de MARRAKECH était venu en J3 petit avion de 65cv avec lequel elle avait fait ses premières armes, « prend le » dit le président « vas y et fais le » ; aussitôt dit, aussitôt fait, les hauts parleurs annoncèrent qu’une jeune femme rentrait en compétition.

Tous me prirent à bras le corps pour me mettre dans le PIPER J3 sans me laisser le temps d’effectuer ma visite pré vol !

La foule était en délire et Danièle n’y était pas insensible, tout ce monde allait la regarder, il fallait les satisfaire, elle n’avait pas volé sur ce petit avion depuis ses débuts trois ans avant, elle pilotait des avions bimoteurs à train rentrant beaucoup plus maniables finalement.

Envahie d’une fougue insensée elle monta dans le J3 biplace en tandem  et réfléchit à la meilleure procédure à suivre pour réussir un posé court : P.T.U. glissée. Combien de fois l’avait-elle fait avec le STAMPE à St YAN avec Hisler, Passadon où Berlin qu’elle n’oubliera jamais. La vitesse d’approche mini ? Elle se rappelait 60MPH 55MPH, si c’est bien fait elle attaque donc son dernier virage en U 180°de secteur gauche. Comme elle se sentait bien avec l’avion de ses débuts, elle ralentissait même jusqu’à 50MPH, pourquoi pas ?

Tout se présentait à merveille, le plan, la hauteur, le carré visé, c’était gagné.

Le vent s’était levé en rafales brutales mais ce n’était rien, elle continuait jusqu’à 1m du sol et là à cheval sur le carré prévu, l’avion décroche, amorti par des sandows en caoutchouc lâchât

…Tous les spectateurs avaient commencé à applaudir et ils criaient tous de joie : l’avion était dans  le carré, oui, posé et arrêté en 50m… et pour cause, plus d’amortisseur, l’avion était cloué au sol, il ne pouvait plus bouger, il était cassé.

L’incident fût expliqué par une rafale plus forte que les autres mais elle ne pouvait croire à cette version.

Elle cherchait à comprendre pourquoi la rafale l’avait eue ! Ce n’était pas possible ! Qu’avait elle fait de mal, elle Culpabilisait. Il fallait absolument qu’elle comprenne et pendant que son entourage la consolait, elle retourna à l’avion afin de vérifier un détail : le BADIN, indicateur de vitesse par rapport à l’air !!! Et le piège fût décelé le badin était gradué en km/h et non en mph ! L’horreur ! La honte ! Tout cela signifiait que sa vitesse d’approche était trop lente 50KM/H au lieu de 50M/H soit 90KM/H .c’était de sa faute, sa très grande faute, elle aurait dû voir ce détail, elle n’avait pas pris le temps de tout vérifier!

Ce fût sa plus belle leçon et sa vigilance de pilote s’en est accrue heure après heure encore une fois, elle fût épargnée par sa bonne étoile.

Elle raconta cet épisode à tous ses élèves par la suite pour qu’ils soient plus attentifs. .

Quelle belle leçon !

  Sa vie se poursuivait doucement en vol,  de temps en temps à la maison, armée de sa fermeté pour concilier les deux, en plus être une bonne épouse et une bonne maîtresse de maison qu’elle avait su décorer et donner une âme

Elle savait dessiner et aménager son jardin, suivre leur floraison : dahlias, poinsettias, bougainvillées, roses zinnias, soucis tant de fleurs magnifiques qui poussaient si bien sous le soleil de son Maroc natal .Elle profita de ces privilèges pendant quelques années entremêlant vie privée et vie professionnelle mis elle se rendait bien compte que «voler » était essentiel pour elle.

Ne volant pas assez à cause de sa vie privée, elle s’étourdissait de compétition de tennis en compétition de ski nautique en passant par le tir au pigeon …son couple n’y résista pas.

Son époux lassé d’avoir une femme oiseau l’abandonna et il fallût longtemps à Danièle pour comprendre que tout cela était sa faute, elle n’était pas vraiment faite pour la vie de famille, elle n’y pouvait rien. 

Elle n’était pas une femme normale, sa grande sensibilité la rendait coupable de cet échec, son mari ne le méritait pas ! Pour se consoler, oublier et avancer dans sa vie elle vola de plus belle.

Entre temps un terrible accident de ski nautique è Fedalah faillit lui coûter un bras :

Elle ne skiait pas au moment de l’accident, elle enroulait autour de son bras la corde qui tirait un skieur quand un bateau passa à fleur d’eau.

Elle fût éjectée de son bateau, fit un bon dans l’air à tel point que dans la foule, les gens qui la connaissaient pensèrent que c’était encore une de ses exhibitions ; elle s’en tira biceps et triceps sectionnés et la main ouverte sur trois métacarpes ; ce fût ensuite une course folle vers la clinique. Le chirurgien, une de ses connaissances avait assisté à la scène, il lui a sauvé son bras sans lequel jamais elle n’aurait pu revoler. Vingt huit jours de soins de rééducation par un ami kinésithérapeute ont suffit à lui redonner ses ailes et sa course effrénée vers l’avenir reprit de plus belle. Le divorce prononcé, la rupture fût très dure, il fallût meubler sa vie d’ascension pour oublier. Pourquoi ne pas passer encore un examen, quitter le Maroc pour un temps et aller en Amérique ? Comment faire ? Pas d’argent pour se payer le billet d’avion…au culot, elle arpenta  le port de Casablanca à la recherche d’un bateau pour s’y rendre à moindre frais, sur place elle irait jusqu’à Los Angeles conseillée par ses amis Jacques Sistel et Philippe Mari .

Elle usa de tous ses charmes et un capitaine américain, commandant un porte container accepta de l’amener à Norfolk au sud de New York, quelle aventure !

Le bateau de fret  appareilla de port  Hyautey pour Norfolk avec une seule femme à bord, une seule passagère ! Vingt et un jours de traversée mêlée à une équipage extraordinaire, elle en profita pour parfaire son anglais dans le but de suivre les cours IFR, Instrument Flying Rules soit vol aux instruments donc vol de nuit. Pendant  le voyage elle pût voir les oiseaux se poser sur le pont et la neige le recouvrir de son manteau blanc ; elle avait froid, froid au corps mais son cœur était chaud, si chaud pour tout oublier derrière elle et encore avancer plus loin, plus haut, plus vite.

Elle se prenait pour Christophe Colomb découvrant la terre d’Amérique pour la première fois de sa vie être allée si loin !…

Elle prit un avion de ligne pour faire le saut sur la côte ouest : Los Angeles elle ne se rappelle plus comment elle a pu payer tout cela, tous les petits boulots qu’elle faisait quand elle ne volait pas.

Il fallut qu’elle se loge, seule, toujours, mais se faisant des copains le long de sa route .Ici c’était le dédalle d’autoroutes à six voies, émerveillée par la dimension des choses, tout était démesuré : les maisons, les buildings ! Son cœur battait à la découverte de toutes ces beautés.

Elle décida de se rapprocher de son aérodrome Van Nuys air port où se trouvait l’école IFR, elle

Loua un « single » appartement simple genre HLM mais à l’américaine tout le confort dans cet appartement pour quatre sous. Il y avait une seule pièce coquette avec rideaux, canapé, moquette, baignoire dans la salle de bain et dans la cuisine plaque chauffante, le réfrigérateur congélateur, et surprise elle n’avait jamais vu cela un broyeur dans l’évier…c’était en mai 1968.Elle  était stupéfaite de l’avance fantastique de ce pays. .

Après s’être installée, elle entama ses cours théoriques, puis vola de nuit pour son IFR pratique, les mois passèrent, elle se fit « coller »  pour la première fois au théorique « goofed » comme ils disent. Elle persévéra, elle ne quitterait pas les Etats-Unis sans son IFR mais les finances manquaient cruellement ; les copains américains lui trouvèrent une place de « house keeper » : bonne à tout faire à Beverly Hills quelle aubaine !

Elle se présenta devant une superbe villa avec jardin non clôturé couvert de gazon et de fleurs avec des jets d’eau automatiques, les écureuils étaient si effrontés que l’on pouvait les croire apprivoisés.

Mr et Mme Markovitch l’engagèrent de suite, ils avaient un petit garçon et une très belle jeune fille, très vite elle devint la dame de compagnie de cette dernière l’accompagnant  à Hollywood en Cadillac décapotable, cette jeune fille suivait des cours d’art dramatique, le petit garçon adorable lui donnait des cours d’anglais.

Elle voyait la maîtresse de maison tous les jours sauf le mardi, elle fût très heureuse dans cette somptueuse maison et prenait son travail de domestique à cœur, elle se fît aimer c’est sûr à tel point que le samedi et le dimanche les patrons lui prêtaient la Cadillac pour aller a VanNuys voler et parfaire son IFR.

Un samedi elle a rampé dans les herbes tout au bord de la piste d’envol pour voir décoller le U2, avion planeur qui a la particularité de décoller dans une pente presque à la verticale.

Un autre samedi elle était à l’école des pilotes avec les autres et un des stagiaires lui demanda : 

-          « es-tu déjà allée à Las Vegas ? »

-          « Ah ! non » dit elle

-          « veux tu qu’on y aille avec mon AZTEC tout de suite ? »

-          « mais je ne suis pas habillée, je suis en combinaison de vol, il faut que j’aille me changer »

-          « non, ce sera trop long, l’avion est là et à Las Vegas on fait ce que l’on veut » dit il   

.Et hop sans réfléchir davantage la voilà dans l’ AZTEC du gros Georges qu’elle connaissait à peine, rien n’effrayait Danièle, ni l’ avion qu’elle connaissait bien ni le pilote puisqu’elle était instructeur.

Sortir de la zone de Los Angeles était assez fabuleux, quitter cette ville immense quadrillée d’artères se coupant toutes à angles droits, elle n’avait jamais vu une ville aussi étendue, quel plaisir !ses yeux scrutaient l’horizon pour garder en mémoire ce tableau toute sa vie.

L’avion quitta la civilisation pour survoler le désert de la mort jusqu’à Las Vegas, ville encore plus inattendue perdue au milieu des sables ; elle adorait ces grands espaces et revoyait le Sahara Africain, elle pensait à Nouakchott en Mauritanie les dégradés de roses du sable qui devient violet au crépuscule, elle ressentait la même attirance pour cette immensité désertique dont elle était profondément éprise. Ils atterrirent à l’approche de la nuit, accompagnés d’un coucher de soleil féerique. La grande avenue centrale de Las Vegas fut l’objet de notre première visite elle brillait de toutes ses enseignes lumineuses gigantesques, puis

De spectacles en spectacles, de boites de nuit en boites de nuit, à l’échelle américaine, des danseuses presque nues superbes, vêtues de plumes évoluant comme des oiseaux sur des scènes gigantissimes !ses yeux écarquillés, elle rêvait !c’était vrai !elle y était à Las Vegas !elle y était en Amérique !ce n’était pas un rêve !non, ce n’était pas un rêve !

 Pendant ce temps, le gros Georges buvait bière après bière !il était ivre !que faire !ce n’était pas prudent de le laisser décoller dans cet état.

 Dans une situation aussi  délicate, Danièle se trouva obligée de convaincre le gros Georges de passer la nuit sur place et partir le lendemain quand il irait mieux, et les voilà à la recherche d’un hôtel ; ce  n’était pas vraiment un problème, il y en avait tous les dix mètres.

Bien sûr le Georges grisé par l’alcool, s’imaginait déjà dans le même lit qu’elle ! Elle s’est encore bien démenée pour avoir sa chambre à elle.

Après une bonne nuit elle essaya de joindre Georges pour rentrer à Los Angeles mais oh, surprise ! Il avait passé la nuit à jouer « gamble and gamble all the night » aux machines à sous ; il lui était encore impossible de piloter, sa décision fût vite prise, elle prendrait les commandes pour le chemin du retour.

Après toutes les formalités d’usage de douane et de police, elle eût enfin l’autorisation de décoller de Las Vegas en place gauche avec bien sûr l’accord de son « co-pi toujours bourré ».

Jamais encore, elle n’avait été « lâchée » en vol dans cette grande zone aérienne, elle avait un peu le trac, mais elle commençait à bien parler l’anglais et de toutes façons elle n’avait pas le choix. A Los Angeles, le trafic c’était  autre chose ! Des avions partout, des files d’attente pour atterrir, « ça ira » se dit-elle, elle avait le plein d’essence et avait tout mis de son côté pour réussir ! Sa bonne étoile veillerait bien sur elle comme d’habitude.

Après une heure de vol sans difficultés l’arrivée dans la zone aéroportuaire fût moins aisée, elle n’avait pas tout prévu, en tout cas, pas ce qui arriva…

Avant d’atterrir, il faut passer sur les réservoirs principaux, (manœuvre facile en temps normal) les commandes se trouvant au plancher de l’avion entre  les deux sièges des pilotes, trois positions des manettes : milieu pour les réservoirs principaux, off et en arrière pour les auxiliaires. Après son accident de ski, il lui restait une petite faiblesse aux doigts de la main droite, elle passa facilement sur le réservoir principal gauche et pour passer sur le droit il y avait un cran plus dur, sa main handicapée avait du mal à faire la manœuvre, Georges s’en

apercevant, connaissant son avion mieux qu’elle a voulu intervenir mais sa cuite lui ayant ôté tout « feeling » il cassa la manette, la laissant sur la position « off », le moteur droit n’étant plus alimenté, le résultat immédiat fût que le moteur droit était mort. Bien sûr elle mit en drapeau immédiatement et se retrouva avec un seul moteur ! La belle affaire, petit incident sans gravité, elle assumerait encore, sa bonne étoile…

S’intégrer dans ce trafic serré sur un seul moteur donc avec une vitesse réduite est une difficulté supplémentaire de pilotage ; elle s’annonça donc à la tour de contrôle pour une « clearance »(autorisation) à l’atterrissage, elle s’attendait à avoir un temps d’attente, forcément d’autres avions étaient prioritaires, elle annonça quand même qu’elle était en monomoteur  « single engin » in « english » et là, bonne surprise, on lui accorda toutes les priorités : « you are number one to land » elle fût donc numéro un à l’atterrissage et s’entendit dire en français cette fois : « numéro un pour la dame pilote » par les contrôleurs avec beaucoup de gentillesse. Après tout cela ils sablèrent tous le champagne à la tour de contrôle et Georges maintenant totalement dégrisé n’en revenait pas de la « french lady », comme il disait.

Elle quitta ce pays fantastique  avec cette épopée à raconter à ses copains, non sans avoir visité Disney Land à Maryland of the Pacific y voir les dauphins.

Elle regagna le Maroc, berceau de sa vie, où d’autres aventures l’attendaient.

A Casablanca, elle fût embauchée à l’ONA (Omnium Nord Africain) une compagnie de transport aérien : Agricolair, recherche de sauterelles, poudrage des rizières, désherbage des propriétés sur Afwagon, Twin Comanche, deux types d’avions bimoteurs de Casa à Agadir en se reposant certaines nuits au Club Med.

 

Pour trouver les sauterelles, il allait décoller à six heures du matin car, embuée de la rosée de la nuit, elles attendaient de sécher au soleil pour s’envoler ; Danièle signalait leur emplacement géographique avec précision par radio pour que les Afwagons agricoles aillent les traiter ensuite ils se retrouvaient tous à l’hôtel Saada à INEZGANE jusqu’au lendemain.

 

C’était la belle vie, tennis, piscine, en outre les vols touristiques pour le Club Med, quelle vie extraordinaire ! Elle en était consciente, heureuse, privilégiée et libre…pas pour longtemps !

Parmi tous ces pilotes il y avait aussi un beau mécanicien, jeune et grand, et malgré sa grande indépendance, elle se laissa séduire, il devint son deuxième époux. Il fallait bien que jeunesse se passe elle avait trente cinq ans et lui vingt deux…

Elle continua à vivre pleinement sa passion de voler toujours plus haut et plus loin, après les nombreuses missions dans le sud Marocain de Ouarzazate à Bouskour, Taroudant, OuledTeima, Agadir, Tan Tan, Cap Juby, les Canaries.

Aux Ouled Teima vivait un colon et sa famille pour qui Danièle traitait les orangers, ce jour là  sur la piste de fortune, dans ce bled immense, elle tomba en panne et dût rejoindre à pieds l’habitation grandiose de madame Eliane Cachet, surprise de voir cette jeune femme tombée du ciel.

Une grande amitié naquît entre elle et vingt ans plus tard elles se retrouvèrent en Guadeloupe.

 

Un jour l’oncle de son mari manifesta le désir de faire la connaissance du phénomène qui avait épousé son neveu, pendant son séjour il persuada ce dernier à rentrer en France pour l’embaucher.

Pendant quelque temps, l’oiseau du soleil mis la tête sous l’aile pour ne pas voir autour d’elle, le béton partout, les odeurs de fumée et le ciel aussi gris que son cœur, elle avait le droit d’avoir quelques élèves en aéroclub ! Rien à voir avec l’Afrique.

Mais ses souffrances ne duraient jamais longtemps car sa « baraka » la suivait à la trace …

Le Maroc ressurgissait dans sa mémoire : l’aéroclub de Rabat, Henry Meleuse, son instructeur bien aimé et ses copains des premières heures de vol, ceux qui lui servaient de repaire.

Jean de Castelbajac était le plus mordu, elle l’avait poussé à faire carrière, c’était le playboy qui était devenu pilote de ligne, fils du directeur de la banque d’état du Maroc qui roulait en jaguar blanche.

Sa bonne étoile lui fit retrouver le beau Jean qu’elle admirait tant ; elle lui conta sa détresse…

Il lui acheta carrément un CESNA 152 immatriculé FSI.B et fonda pour elle l’aéroclub de la Continental Air Service.

Pendant deux ans elle forma bon nombre de pilotes dans la grisaille de la région Parisienne et avait acquit un mobile home ne voulant plus vivre dans les HLM de Lagny sur Marne. Cette habitation de nomade l’aida à supporter sa triste vie loin des horizons Africains, des immensités Sahariennes, des bleds du sud Marocain.

Cette période fut certainement la plus déprimante de son existence.

Son ange gardien descendit des nuages sous la forme d’un CHEYENNE, avion bimoteur avec comme pilote, un ami qui avait fait son stage d’instructeur à CHALES LES EAUX en 1955 :

Etienne Costa ! Il atterrit avec cet avion immatriculé 6V.

 

Danièle sut de suite que le Sénégal venait à elle. Ses yeux se remplirent de larmes, elle se jeta dans les bras de son copain Philippe, surpris de la retrouver en France.

 

Devant une telle détresse, il lui proposa de venir à Dakar où il avait une petite compagnie aérienne. Elle n'allait pas laisser passer une telle chance. C'était mektoub, trois mois après tout était réglé, elle partit à Dakar, suivie par son mari, où comme le font tous les oiseaux elle commença par installer son nid, sous la forme d'une jolie maison au bord de l'océan. Elle installa une paillote pour les oiseaux, bengalis, coucoupés et cardinaux jaune et rouge qui venaient y manger et boire, sous les yeux à nouveau émerveillés de leur hôtesse. Elle se réconciliait avec la vie, plantant des arbres, semant des fleurs, au milieu des chiens, chats, hérissons et paons qui élisaient domicile dans le jardin. Chaque matin elle prenait son petit déjeuner sur sa terrasse, observant les aigles pêcheurs au jabot blanc qui plongeaient dans les vagues et ramenaient dans leurs griffes les poissons bleu argent. Après les aménagements de sa maison, elle s'attaqua à l'amélioration et au décor du club house aidée par Mohamed, le barman, elle entreprit le nettoyage du comptoir en cuivre du bar, qui retrouva rapidement sa rutilance. Elle confectionna ensuite pour les salons en rotin des coussins en tissus africains aux couleurs chaudes, et accrocha des rideaux assortis.

 

Elle forma encore pléthore de pilotes. Elle fit la rencontre du directeur du Parc National du Sénégal, pour qui elle vola avec un Reims Rocket jaune rayé de noir, l'avion du parc. Elle survola les réserves du Niokolo Koba, dans l'est du Sénégal, le pays Bassari. Elle quadrillait le Sénégal, du sud mauritanien à la Casamance, traversant le Siné Saloun, et la Gambie, au-dessus des animaux en liberté. Après chaque atterrissage dans les réserves du Parc, M. DUPUY, le directeur, lui montrait la brousse sillonnée par les ornithologues en Land Rover. Elle pouvait approcher les éléphants, elle participait au comptage, et même aux soins des animaux sauvages, lions, panthères, et hyènes. Elle eut même l'occasion lors d'une visite à Port Etienne, dans le nord du Sénégal, de s'approcher d'un couple de lions, et prit leur lionceau de 3 jours dans ses bras. Elle mesura alors l'intensité de ses émotions, elle oubliait alors ses tristesses passées, et ne voyait que sa bonne étoile qui l'avait amenée jusqu'ici, dans ces terres d'une beauté sauvage. Les années passaient, elle avait du mal à répondre quand on lui demandait son âge, non pas par coquetterie, mais il lui fallait réfléchir 40 ans ou 41, peu importait. Dans son corps, dans sa tête, dans son cœur, elle avait 20 ans. Et elle soignait toujours sa forme physique par la pratique du tennis ou de l'équitation.

 

Lors d'une visite de pré vol de l'avion du parc à Dakar, elle aperçut avec joie un couple de gendarmes, oiseaux jaunes et noirs, perchés sur la dérive. Elle y vit comme un signe de bonheur, une marque d'affection, tels les oiseaux qui se posaient sur ses épaules dans son jardin à Yoff. Pendant plusieurs jours, elle vit les oiseaux amoureux sur la dérive, c'était pour elle une manifestation d'amitié. 15 jours après cette rencontre inattendue, elle entendit un matin des cris d'oisillon quand elle approcha le CESSNA. Guidée par les piaillements, elle découvrit un nid dans le plan fixe de la profondeur de l'appareil. Aidée du mécanicien, elle sortit délicatement le nid de leur cachette volante, en extase devant cette minuscule nichée. Elle leur offrit dans son jardin un endroit plus calme et mieux adapté, réalisant avec émotion qu'elle avait volé plusieurs jours avec les oisillons dans la cellule de l'avion. Elle ne saura jamais comment ils avaient pu résister aux températures à haute altitude.

 

Pendant ses heures de repos, elle se promenait dans Dakar, visitant le marché typique de sandaga, ou le village artisanal de Soubédioune, admirant le port royal des Sénégalaises dans la rue. Un jour elle conduisit dans le Niokolo Koba une jeune anglaise Stella Brewer, spécialiste des chimpanzés. Elle observa avec admiration l'amour que cette jeune femme portait à ces singes. Son travail consistait à remettre en liberté ces primates nés en captivité, et à observer leur réinsertion dans leur milieu naturel. Danièle put ainsi s'assurer de la bonne santé d'un couple de chimpanzés de 7 ans, ces deux animaux manifestèrent une sympathie immédiate pour Danièle qu'ils n'avaient jamais vue, en lui caressant les cheveux dès son arrivée. Son séjour au Sénégal sans une ombre dans cette vie idéale dut se terminer, car son mari fut muté à Abidjan. Malgré ses réticences elle le suivit. Après tout c'était toujours l'Afrique, elle ne serait pas trop dépaysée. En effet elle découvrit un pays intéressant, avec ses marchés envahis à la tombée de la nuit par de gigantesques chauves-souris, sur la grande place d'Abidjan. Elle fit à l'Aéro-club d'Abidjan quelques vols lui permettant d'observer la brousse ivoirienne avec la rivière aux éléphants, les crocodiles et les hippopotames. Mais cette nouvelle aventure ne dura que 6 mois, car son mari fut ensuite affecté à Brazzaville, au Congo. Ce séjour s'annonçait moins paradisiaque, dans ce pays politiquement instable. Elle eut rapidement un poste de pilote attitré auprès de l'architecte du Président de la République. Brazzaville était encerclée par les militaires, des conflits internes au pays éclataient souvent. Elle retrouva un jour son ami Jean de Castelbajac, qui était envoyé à Brazzaville en mission officielle pour l'aviation civile française. Il devait tester en tant que Pilote Inspecteur les qualités d'un pilote de ligne de la compagnie congolaise. Danièle l'attendait pour dîner le soir, inquiète de son retard inhabituel. Il la fit prévenir de son arrestation sur l'aérodrome de Maya Maya. Très rapidement, elle contacta le Consul de France qu'elle connaissait et tout rentra dans l'ordre. Jean avait été pris pour un espion. Une autre fois, Danièle fut elle même arrêtée et conduite au poste de police, accompagnée d'un de ses élèves, le Docteur Saint Marc, mitraillette dans le dos. Il lui fallut expliquer de longues heures qu'elle était commandant de bord. A partir de ce jour, elle vola avec les galons sur les épaules. Mais les tensions dans le pays s'aggravaient, le docteur avait reçu des menaces de mort et ils quittèrent tous les deux le Congo pour toujours. Elle ne se fit pas prier pour partir, d'autant plus que son couple volait en éclat, son mari l'ayant délaissée au profit de la fille du président de l'aéro-club de Brazzaville. Les deux amis posèrent leurs valises à Bordeaux, et Danièle trouva un poste à l'aéro-club d'Andernos. Mais Danièle n'arrivait pas à s'adapter aux rigueurs climatiques de la France. Le Docteur Saint Marc la voyait souffrir en silence, et il l'enleva sans résistance aucune et l'emmena en Guadeloupe, Elle retrouvait avec bonheur le soleil, la mer et la flore qui lui rappelaient l'Afrique.

 

Elle fut rapidement accueillie à l'aéro-club local, présidé par Christian Dormoy, puis intégra Locaribair, dirigé par André de Saint Peters bourg, à la tête d'une flotte de l'aérospatiale composée de TB10, TB20, Rallye, puis Antilles Aircrafts avec Laurent de la Garrigues et son magnifique Cesena 152. Elle survolait les magnifiques îles de la Caraïbe, telles la Désirade, Marie-Galante, les Saintes, la Dominique, la Martinique, et toutes les îles du Nord, Saint-Martin, Saint-Barthélemy, Antigua et Montserrat avec son volcan sans cesse en activité. Elle se rendait aussi en Guyane, où il fallut un jour allé cherché un rallye 100 CV. Le mécanicien Maurice Cohen l'accompagnait. Ce fut une expédition de 17 heures de vol, dans cet avion qui n'avait pas volé depuis longtemps. Danièle avait du rester plusieurs jours à Cayenne pour tester ses qualités de vol. Ensuite il fallait survoler la forêt tropicale, munie 22 long rifle et des cartouches, en prévision d'un éventuel crash en brousse. L'avion devait aussi être équipé pour le survol de l'océan de gilets, canots de sauvetage, etc.... sans oublier les autorisations préfectorales. La guerre grondait entre le Guyana et le Surinam, où elle devait se poser, sachant qu'il n'y aurait pas d'essence. Voler avec des jerricans à bord étant interdit, elle avait du obtenir l'accord des autorités du Surinam. Elle dut en contre partie accepter l'escorte des Migs jusqu'à l'atterrissage à Maharuma, qui la surveillaient pendant qu'elle remplissait son réservoir, et elle put enfin repartir en Guadeloupe, traversant le Venezuela, Trinidad et Tobago, Barbade, Sainte Lucie, la Martinique et la Dominique. Cette expédition fut épuisante, mais reste à ses yeux une très belle aventure. Elle avait du pendant cette longue route aérienne volée très bas, dans la zone intertropicale de convergence, apercevant des crocodiles, des baleines, et des aigles.

 

Elle partageait maintenant son temps entre ses élèves et son ami médecin, qui était son « repos du guerrier ». Elle était amoureuse, et la rupture la laissa meurtrie, et malade. On lui découvrit un cancer du sein. Elle refusa tout d'abord l'évidence, elle ne pouvait être malade, elle n'en avait pas le temps. Mais il lui fallut partir en métropole, à Bordeaux, subir une opération, suivie d'épuisantes séance de chimiothérapie. Tout s'effondrait, elle ne pourrait jamais plus voler, elle se sentait perdue, elle allait mourir. Ne plus vivre lui importait peu maintenant, vivre sans voler, sans jouer au tennis, sans son énergie n'était plus vivre. Il valait mieux en terminer. Elle ne pouvait plus supporter dans le miroir de voir tomber ses cheveux, ses ongles ne poussaient plus, son teint devenait grisâtre, et elle avait beaucoup maigri. Ces médicaments qu'on lui administrer pour tuer ses cellules cancéreuses la détruisaient entièrement à petit feu. Elle était tentée d'avaler la boîte entière, et d'en finir. Mais cela aurait été faire preuve de lâcheté, et Danièle s'était toujours montrée courageuse. Elle prit donc la décision d'arrêter de prendre ces poisons, et se cacha deux longs mois dans son appartement de la Marina de Pointe à Pitre, comme les oiseaux en fin de vie. Mais contre toute attente, elle recommençait à vivre, à reprendre du poids, ses cheveux repoussait, son teint se clarifiait, et elle retrouvait des forces. Quelques mois plus tard, une visite médicale ne trouva plus trace de sa maladie. Elle mit du temps à réaliser les conséquences, elle pouvait revoler !

 

Ses forces décuplées, elle pouvait envisager une autre vie, renforcée moralement. Aidée par la Chambre de Commerce, elle quitta la Marina pour s'installer sur l'Aéroport du Raizet, derrière le hangar, les avions à 5 mètres de son bureau et logement, dans un jardin ressemblant à une minuscule forêt vierge remplie d'oiseaux des îles. Elle pouvait voler tous les jours, et vivre libre encore à son âge, pouvant donner toute son affection à ses pilotes stagiaires, ses animaux, et ses avions. C'était cela, le vrai repos du guerrier qu'elle fut, c'était cela les ailes de la liberté.

 

Elle est guérie, elle revole, et retrouve alors son beau ciel de l'archipel de la Guadeloupe, avec ses îles fabuleuses, les Saintes, la Désirade, Saint-Martin et Saint-Barthélemy. Elle transporte de nombreux passagers dans tous les avions qui se présentent à elle.

 

Mais son métier d'instructeur lui manque, ce plaisir de faire partager ce bonheur de voler, transmettre à d'autres ce savoir. Ainsi, elle est accueillie à l'aéro-club du Raizet par son président Christian Dormoy. Elle travaille avec une équipe soudée, fait voler des ingénieurs de l'aviation civile, fait connaissance avec les aiguilleurs du ciel.

 

Pour mieux découvrir la beauté de la Guadeloupe, elle réalise de nombreuses photos aériennes, par exemple l'arrivée de Florence Arthaud lors de la route du Rhum, qui a bravé sur son voilier la traversée de l'Atlantique en solitaire. Chapeau !

 

Entre deux vols, elle doit garder la forme, et se remet donc au tennis. Inscrite au Club de la Marina, elle s'inscrit à quelques tournois.

 

Et puis il y a la mer, dont les couleurs vont du turquoise à l'émeraude suivant l'ensoleillement. Pendant ses heures de repos, elle part nager avec ses palmes et découvre ainsi un autre monde aussi fascinant que le ciel, les fonds sous-marins, avec les récifs coralliens qui abritent de multiples espèces de poissons, tels les « diodons », poissons au gros ventre et si peu farouches. Un jour où elle nageait avec son frère, elle aperçut plusieurs murènes enfermées dans une nasse abandonnée, et autres poissons agonisant sans nourriture ! Depuis combien de temps ces pauvres créatures étaient là sans pouvoir manger ni sortir de là. Danièle ne put le supporter, elle retourna chercher une pince et libéra tout ce pauvre monde, après avoir coupé les mailles de ce piège. L'une des murènes lui tournoyait autour, sans doute voulait-elle lui manifester sa reconnaissance. Danièle lui offrit un petit poisson, qui le prit doucement ouvrant sa gueule pleine de dents, en effleurant doucement la main de l'offrande. Cette aventure lui donna envie d'explorer tous les fonds à proximité des îlets, à Caret, à Cabris. Elle vit aussi une jolie tortue, manifestement jeune, la ramena au bateau pour la montrer à ses amis, avant de lui rendre sa liberté.

 

Mais elle revenait vite à sa passion première, ses avions. Elle fit connaissance d'un pilote hors pair, André de Saint-Pétersbourg, qui rachetait des avions de l'aérospatiale, et embaucha Danièle pour les gérer. La « baraka » ne l'avait pas quittée.

 

On lui proposa un jour d'aller chercher un avion rallye 100 CV à Cayenne, en Guyane. Le Club souhaitait en faire l'acquisition, et naturellement c'est Danièle qui fut sollicité pour effectuer ce long périple. La préparation de ce long périple dix sept17 heures de vol, 1500 kilomètres à 90 km/h, en plusieurs étapes, n'était pas facile. Il fallait réfléchir aux endroits où se poser pour effectuer les ravitaillements, le Surinam, le Guyana, le Venezuela, et Trinidad et Tobago, Saint-Vincent et Sainte-Lucie. D'après ses calculs, il lui fallait se poser au Guyana, à Mabaruma, évidemment il n'y avait pas d'essence à cet endroit. La seule solution consistait à emporter deux jerricans, seulement le transport de carburant était soumis à autorisation préfectorale, qu'elle obtint, bien sûr ainsi qu'une autorisation de port d'arme, un fusil 22 long rifle dans l'éventualité où elle se cracherait au dessus de foret équatorial.

 

Après avoir préparé son voyage, réuni ses autorisations et envisagé tous les obstacles éventuels, elle partit en avion de ligne jusqu'à Cayenne, où elle fut reçue avec beaucoup de chaleur par son ôte Monsieur Blanchard, le temps de tester l'avion avant son long périple de retour. Décollage à Cayenne puis Georgetown, Mabaruma au Guyana, jusque là aucun problème, elle aperçoit même des crocodiles, quel plaisir! Elle se préparait à se poser pour son ravitaillement, quelle ne fut pas sa surprise à l'entrée de l'espace aérien du Guyana de voir deux « migs » qui tournaient autour d'elle si près qu'elle pouvait apercevoir le visage des pilotes. Mais que voulaient-ils donc ? Elle supposa qu'ils l'escortaient car il y avait la guerre entre le Guyana et le Surinam. Elle se posa normalement, remplit son réservoir avec ses deux jerricans et redécolla, toujours escortée par les migs qui lui faisaient des battements d'aile, jusqu'à la sortie de leur espace aérien. Tout fut ensuite normal jusqu'à Trinidad, si ce n'est l'obligation de voler très bas, en raison de la zone intertropicale de convergence, la ZIC, zone de mauvais temps. Mais cette altitude minimale lui convenait parfaitement, elle avait l'impression d'aller plus vite et elle voyait mieux sous elle. C'est en héros qu'elle arriva au Raizet avec ce petit avion qui fut dorénavant son avion d'école en Guadeloupe.

 

Malheureusement les Antilles subissent fréquemment des tempêtes tropicales, des cyclones, et le Rallye lors d'un trajet vers Fort-de-France, se perdit peu après la Dominique, et ne fut jamais retrouvé. Danièle n'eut plus d'avion, un temps pendant lequel avec Bernard Hôpital et Laurent de la Garrigue ils décidèrent de construire un club house. Pourquoi pas ? On pourrait tous se retrouver, parler d'aviation, fêter les lâchés, les brevets. Ainsi est né « le Pont Sup », grande salle avec baie vitrée d'où on pouvait voir les ballets aériens des Jumbos. Claudine, Zazou et d'autres jeunes filles animaient le club le soir entre 17 h et 23 h. Cela dura trois mois seulement, hélas, car Hugo, ce cyclone dévastateur, balaya tout sur son passage, le Pont Supérieur, les hangars, les avions, et les jardins. Heureusement Laurent de la Garrigue avait acheté un avion Cesena pour remplacer le Rallye perdu, et l'avait mis à l'abri dans le hangar des militaires, le sauvant sans aucune casse. Dès l'achèvement de la reconstruction par la Chambre de Commerce et d'Industrie, la vie aéronautique de Danièle reprit, elle revola, forma à nouveau des pilotes.

 

Laurent de la Garrigue devant repartir de Guadeloupe proposa à Danièle de racheter le Cesena. Elle n'osait même pas y penser, sans un sou qu'elle était comme toujours, mais un prêt bancaire et l'aide d'un autre ange gardien Michel Parmeggiani lui permit de le faire. C'est ainsi que naquit son école de pilotage « BRAVO DELTA » des mêmes initiales que Danièle, aidée par les conseils avisés d'André de Saint-Pétersbourg.

 

Aujourd'hui Danièle continue de former des pilotes, des grands et des petits, certains font carrière, on les retrouve parfois dans les compagnies antillaises, ils n'oublient jamais de saluer d'un mot gentil leur maître féminin salut Danièle, ou plus familièrement bisous Tatie Danièle, son surnom maintenant. Et elle joue de tout son cœur à être la vraie tatie de tous ses pilotes, ce qui lui fait chaud au cœur, en prenant de l'âge ce sont tous ses enfants, ou ses neveux, telle Caroline, qu'elle a formé et qui est maintenant copilote à AIR BRITANIA.

 

Bravo Delta a ses bureaux sur l'aéroport sud du Raizet et Danièle à tout décoré pour pouvoir y vivre, disponible pour tous. Et puis, l'aéroport a fait peau neuve, Pôles Caraïbes s'ont construit à hauteur des Guadeloupéens, l'inauguration a donné lieu à une belle fête aérienne. Toute la journée, une vingtaine d'avions ont fait des démonstrations de pilotage, Danièle a pris son bel oiseau et effectué une PTS à virage serré 700 mètre verticale avec plusieurs virages en descente à 600 d'inclinaison, à droite à gauche de l'axe, pour se poser devant M. Juppé, président cette magnifique manifestation. Danièle ne voulant pas qu'on la médiatise, par pudeur, est très fière de sa lettre de remerciements du Président de la CCI, Monsieur Adelaïde.

 

Et les années passent si vite, Tatie Danièle est toujours là, et on l'appelle encore. Elle va être la Tatie d'une association « Fanm Doubout », présidée par Mme Maud Molongo. Elle a participé avec émotion à une journée avec d'autres clubs pour faire voler des enfants handicapés, cela s'est appelé 1.2.3. ENVOLE-TOI.

 

Elle n'oubliera jamais tous les pilotes qu'elle forme depuis 25 ans en Guadeloupe, tous ceux qui sont pilotes de ligne aujourd'hui,

 

Et maintenant la tatie à 70 ans, vole encore et n'a pas dit son dernier mot.